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Courtoisie de Disney

Le Manoir Hanté – Critique du Film Disney

Le Manoir Hanté vous ouvre ses portes. « Bienvenue pauvres mortels ! » Vingt années après un premier coup d’essai, Disney obtient enfin un film inspiré de son attraction iconique The Haunted Mansion qui fonctionne. Mais, en dépit d’un ton à la fois moderne et respectueux du matériau d’origine, tout n’est pas forcément parfait dans cette nouvelle adaptation…

Visitez le (nouveau) Manoir Hanté de Disney

Le Manoir Hanté est donc le deuxième film de Disney à rendre hommage à l’attraction The Haunted Mansion. Demeure souvent lugubre et mystérieuse imaginée dans les années 1960 par Walt Disney et ses équipes, elle reste à ce jour un incontournable des destinations Disney à travers le monde, présente sous différentes formes dans cinq d’entre eux. Walt Disney lance le développement d’un premier concept de manoir hanté Disney près de vingt ans avant la construction de son parc. Des croquis préliminaires sont apparus dans les premiers concepts arts lors de la planification initiale de ce qui allait devenir Disneyland. Walt avait alors prévu de construire un petit « parc à thème » sur une parcelle de terrain en face de ses studios de Burbank. Le directeur artistique de Disney, Harper Goff, a créé un croquis conceptuel pour le parc alors souhaité, baptisant son attraction « Church, Graveyard, and Haunted House », qui représentait une maison hantée gothique sur une colline. Mais voilà, les plans du nouveau parc dépassaient le terrain de quatre hectares de Walt. Ce dernier a donc acheté un terrain beaucoup plus grand à Anaheim et a utilisé les talents d’artistes de l’industrie cinématographique pour créer un parc très imaginatif. Ces artistes et ingénieurs – les Imagineers – ont d’abord projeté d’implanter un manoir hanté sur une ramification du land Main Street, U. S. A. dans une impasse. Par la suite, ils ont l’idée de le situer à Frontierland. Mais finalement, tout le projet est mis en pause.

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Disneyland a ouvert ses portes le 17 juillet 1955, sans manoir hanté. En trois ans, Walt a décidé d’agrandir son parc, pour inclure une nouvelle zone appelée « New Orleans Square », qui contiendrait de nouveaux magasins, restaurants et… une attraction de type « maison hantée », son thème se prêtant totalement au folklore de la région mise en avant. Le début du chantier de la façade du manoir débute en 1962. Pour correspondre à la Louisiane, l’architecture s’inspire des bâtisses Antebellum, caractéristiques du sud des États-Unis du XIXe siècle, marqué par les plantations. Les premiers concepts d’une maison à l’aspect négligé sont alors remplacés par la préférence de Walt, par une façade propre et bien conservée, qui correspondait à l’aspect immaculé du reste du parc. Walt avait alors déclaré avec humour : « Nous nous occuperons de l’extérieur et laisserons les fantômes s’occuper de l’intérieur ». Mais si la façade a été vite achevée, elle resta une coquille vide pendant des années en raison de problèmes de scénario et d’autres événements telles que l’Exposition universelle de New York de 1964-65, où Disney s’est concentré notamment sur la première version de « it’s a small world ». Le 15 décembre 1966, Walt Disney s’éteint. Avec la perte de leur grand visionnaire, les Imagineers ont débattu encore un peu plus des concepts à retenir pour l’attraction The Haunted Mansion, pour déterminer par exemple si l’expérience proposée devrait être effrayante ou amusante. À la fin, les Imagineers Marc Davis (connu surtout pour son goût des traits d’humour) et Claude Coats (prônant davantage l’horreur) ont combiné leurs idées, de sorte que l’attraction commence avec des décors angoissants et des concepts effrayants, et finit par devenir « un sillage oscillant », plein de fantômes burlesques et de gags fantomatiques. Après des années de travaux, l’attraction The Haunted Mansion à New Orleans Square ouvre ses portes le 9 août 1969. Pendant ce temps, le Magic Kingdom de Walt Disney World était déjà planifié et en cours de construction en Floride. Ainsi, des doublons de chaque accessoire et scène de manoir ont été construits, l’un restant en Californie et l’autre allant en Floride, pour être stockés jusqu’à ce que l’itération floridienne de l’attraction puisse ouvrir.

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The Haunted Mansion à Walt Disney World est située sur Liberty Square et sa façade reflète l’architecture coloniale de style néo-gothique, propre à l’histoire de la région, tout en rendant hommage au manoir particulier situé à Jim Thorpe en Pennsylvanie, appelé The Harry Packer Mansion. Le manoir floridien a été achevé à temps pour l’ouverture de Walt Disney World en 1971. Une autre attraction The Haunted Mansion a été construite à Tokyo Disneyland. Il possède le même style architectural que le manoir de Walt Disney World, mais il est situé à Fantasyland. Il est également connu pour enfreindre la « règle » de Walt Disney de « prendre soin » de l’extérieur, ayant une apparence quelque peu négligée. Une nouvelle version est imaginée pour l’ouverture du Parc Disneyland à Disneyland Paris en 1992, connue sous le nom de Phantom Manor. Elle ignore tout d’abord complètement le décret de Walt selon lequel l’aspect extérieur ne devrait pas paraître en état de décrépitude, et revient au concept original de Harper Goff d’une maison victorienne délabrée sur une colline. Ce manoir hanté situé à Frontierland, est aussi caractérisé par son isolement du reste de la ville fictive de Thunder Mesa à laquelle elle est intimement liée. Contrairement aux autres manoirs hantés de Disney, Phantom Manor suit une intrigue spécifique, celle d’une mariée abandonnée et d’un hôte machiavélique. Le dernier manoir en date de Disney a ouvert en 2013 à Hong Kong Disneyland au sein de Mystic Point. Totalement innovant dans la technologie comme le scénario, il s’adapte davantage au public local avec de multiples références historiques et mythologiques tout en poursuivant le thème de la Société des Explorateurs et des Aventuriers, commun à plusieurs parcs Disney. Son histoire met en scène Lord Henry Mystic et son petit singe Albert dans une demeure inspirée de la Bradbury House qui était située dans les Pacific Palisades de Los Angeles.

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Disney présente un bilan tout à fait singulier dans sa liste d’adaptations cinématographiques et télévisées des attractions cultes de ses parcs à thèmes. Pirates des Caraïbes reste à ce jour le joyau de la couronne, constituant encore aujourd’hui l’une des plus grosses franchises de la firme et s’étendant sur cinq films tout en ayant rapporté des milliards au box-office et changé la face de l’univers de la piraterie dans la culture populaire. Alors qu’un autre projet d’envergure est en préparation avec Scarlett Johansson, l’attraction The Twilight Zone Tower of Terror a déjà eu droit par le passé à son adaptation télévisée avec Le Fantôme d’Halloween. Un film Jungle Cruise sorti durant la période pandémique n’a finalement pas tant marqué que cela (mais Disney prévoit déjà une suite), et un film inspiré de l’attraction Country Bear Jamboree a également vu le jour et la plupart des fans de Disney choisissent de l’oublier. N’oublions pas la formidable proposition artistique de Brad Bird en 2015, À la Poursuite de Demain, qui rendait un vibrant hommage au Tomorrowland idéalisé par Walt Disney tout en nous invitant dans l’attraction « it’s a small world » à la Foire internationale de New York. Cette « attractions mania » en demi-teinte, vous l’aurez compris, n’empêche clairement pas Disney d’user jusqu’à la mœlle ses franchises disneylandesques puisque des films inspirés des attractions Space Mountain et Big Thunder Mountain sont eux aussi à l’étude. Et bien sûr, il y a eu il y a près de vingt ans Le Manoir Hanté et les 999 Fantômes, porté par un Eddie Murphy déluré, sorti la même année que Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl, mais qui n’a pas eu le même héritage…

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Cette comédie familiale n’a pas été un désastre au box-office, mais son accueil de la part des critiques et des fans lui a conféré une mauvaise réputation. C’est une comédie sans réelle ambition humoristique, situant son action dans un manoir qui n’est pas vraiment hanté, et surtout, offrant très peu de connexions avec l’attraction emblématique de Disney que tant de gens ont appris à aimer au fil des décennies. Disney a donc bien évidemment voulu retenter l’essai à l’ère du « tout franchises » en essayant cette fois-ci de créer un univers bien plus engageant. La firme s’est d’abord tournée pour cela au début des années 2010 vers le cinéaste mexicain Guillermo del Toro, qui prévoyait avec le scénariste Matthew Robbins un film au ton horrifique assumé (déconseillé aux moins de 13 ans). Les années ont passé et alors que les studios Disney n’avaient toujours rien décidé après lecture du script, on a appris que le film mettrait en avant le fameux Hatbox Ghost de l’attraction et serait porté par Ryan Gosling.

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En 2013, Del Toro quitte le navire même s’il reste co-scénariste et producteur. En 2016, D.V. DeVincentis est embauché pour réécrire le script mais il est de nouveau jugé trop effrayant par les pontes de Disney, qui ont encore alors comme point d’ancrage la saga familiale Pirates des Caraïbes et visent clairement la même ambiance. On entend plus parler de ce projet qui semble définitivement enterré jusqu’en 2020. En effet, il fut alors annoncé que Katie Dippold (Les Flingueuses, SOS Fantômes en 2016) avait signé pour écrire un nouveau scénario pour le film, totalement différent de la vision de Del Toro. Dan Lin et Jonathan Eirich (les producteurs des remakes d’Aladdin et Lilo & Stitch pour Disney) sont engagés sur le projet et Justin Simien (Dear White People, Bad Hair) en devient le réalisateur en juillet 2021.

Justin Simien rend un vibrant hommage à l’attraction de Disneyand

Le cinéaste décide alors de resituer le film au cœur de la Nouvelle Orléans et de rendre un hommage direct à l’attraction de Disneyland Resort en Californie. Il effectue pour cela avec son équipe de nombreuses visites dans le « dark-ride » pendant les heures de fermeture du parc, relevant quantité de détails qu’il pourrait injecter par la suite visuellement ou d’une autre manière. Au final, le visionnage du film montre à quel point Justin Simien a voulu se rapprocher autant que faire se peut de l’ambiance de l’attraction, plutôt que de façonner autre chose. Les fans en seront ravis. Une partie du public probablement aussi, même s’il ne saisira pas toutes les subtilités. Est-ce que ce respect quasi-strict des codes du manège suffit pour faire un bon film ? Pas vraiment mais c’est déjà un grand atout. Le Manoir Hanté offre une bouffée d’air frais à tous ceux qui ne supportent plus les récentes productions Disney ces derniers temps manquant cruellement d’un supplément d’âme. De leur côté, les fans inconditionnels du manoir qui ont supplié de voir un film donner à l’attraction l’amour qu’elle mérite, en auront pour leur argent.

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Le nouveau (Le) Manoir Hanté de Disney raconte une histoire originale remplie de personnages inédits, mais imprégnée de l’héritage de l’attraction. Le film s’articule autour de deux arcs différents : Ben (LaKeith Stanfield), un guide touristique paranormal veuf, qui a un avis pas vraiment tranché sur la question des fantômes, et le duo mère-fils formé par la physicienne accomplie Gabbie (Rosario Dawson) et le jeune solitaire (mais intelligent) Travis (Chase Dillon), qui a récemment emménagé dans un manoir vétuste de style colonial en périphérie de la Nouvelle-Orléans en Louisiane pour s’offrir un nouveau départ. Gabbie et Travis découvrent bientôt que leur nouvelle demeure est définitivement hantée (c’est d’ailleurs peut-être un peu trop expéditif), mais un défilé de fantômes (dont certains faisant de l’auto-stop) les empêche de partir ou d’avoir la paix. Ils sont obligés de rester au risque d’être poursuivis bien au-delà des murs (c’est une caractéristique inédite par rapport à l’attraction qui a tendance à laisser ses fantômes prisonniers en son sein), et commencent à chercher de l’aide pour maîtriser ces esprits. Cette aide intervient avec Ben Matthias, un ancien scientifique converti en guide expert en paranormal dans le quartier français de la Nouvelle-Orléans (mais qui ne croit pas au paranormal), Père Kent, un prêtre aventureux et peu orthodoxe qui manie aussi bien l’exorcisme que la hachette (Owen Wilson), Harriet, une médium excentrique et apparemment confiante qui évolue elle aussi dans le quartier français de la ville (Tiffany Haddish) et Bruce Davis, un historien excentrique et grincheux qui cherche depuis des années la fameuse maison hantée de la région (Danny DeVito).



Une « dream team » fantasque visite le Manoir Hanté

Tout ce petit monde atypique se retrouve dans une sorte de quête (et d’enquête) pour se sauver eux-mêmes d’une situation à risque, dont ils ne peuvent se défaire. En effet, empêchés de quitter (trop longtemps) les lieux de la Maison Hantée sans devoir en déceler tous ses secrets, ils sont confrontés à de nombreux défis, défis auxquels ils doivent faire face absolument, comme les visiteurs de l’attraction, qui, une fois à bord d’un Doom Buggy ne peuvent revenir sur leurs pas et sont entraînés dans une aventure qui pourrait s’avérer dangereuse. Alors que le début du film s’attache à prendre le temps de réunir toute la bande sans que cela ne paraisse trop artificiel, tout en présentant les enjeux, la deuxième partie est une véritable course contre la montre, où s’enchaînent explorations dans les différents lieux du manoir (d’une salle à manger glauque au salon de spiritisme en passant par un sombre grenier ou des couloirs sans fin), découvertes surprenantes (et parfois macabres) et pêche aux indices. Le spectateur suit avec intérêt cette enquête suffisament consistante, d’autant que chaque personnage apporte sa pierre à l’édifice, comme une sorte de grand jeu de rôle finalement ou tout simplement de visite d’un manoir en groupe… Tout est fait pour rendre à la fois ces séquences presques ludiques mais aussi terriblement haletantes avec une bonne dose d’humour. Certaines d’entre elles offrent d’ailleurs de beaux moments d’effroi mais auraient peut-être méritées de bénéficier d’un montage un peu moins saccadé et plus posé par moments pour créer une atmosphère plus angoissante. Le film mérite bien ses deux heures et trois minutes.

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Comme de nombreuses histoires de fantômes, Le Manoir Hanté aborde de front la question du chagrin et ce que signifie survivre lorsque vous perdez un être cher ou quelque chose que vous aimez beaucoup. Ce lien fondamentale avec le surnaturel est quelque chose qui manquait cruellement dans la comédie du même nom en 2003. Ce n’est pas parce que quelque chose est « convivial pour la famille » qu’il doit éviter complètement les sujets de la mort et de la perte, un sujet que le scénario de Kattie Dippold analyse en profondeur et embrasse à la fois. Cela permet au film de garder un certaine ambition comique exigée par Disney et intrinsèquement liée au scénario de l’attraction dont il s’inspire – et qu’un large éventail du public voudra voir – sans abandonner l’ambiance effrayante qui émane de celle-ci. Ajoutez à cela des moments d’émotion sincères et vous obtenez un film finalement très frais pour l’été.

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Ainsi, Le Manoir Hanté, s’ancrant véritablement dans l’univers folklorique de l’attraction du parc de Walt Disney, atteint l’équilibre parfait entre comédie, aventure et horreur que Justin Simien vise. Il y a de véritables moments de frayeurs dans ce film (surtout au début), qui satisferont tous ceux qui espéraient que Le Manoir Hanté plongerait dans le monde de l’horreur. C’est aussi un film avec un noyau émotionnel fort – s’appuyant fortement sur les performances de LaKeith Stanfield – qui se trouve être implacablement équilibré tout au long. En ce qui concerne l’humour lui-même, la distribution ne pourrait pas être plus amusante. Tout le monde a le droit à sa part d’hilarité. Tiffany Haddish et Owen Wilson font évidemment le job de ce côté-là, mais c’est probablement Danny DeVito qui offre certaines des scènes les plus drôles. Le jeune Chase W. Dillon se distingue dans cette distribution de talents vétérans et brille de mille feux avec ses passages comiques et émouvants à plusieurs reprises tout au long du film. Rosario Dawson qui incarne sa mère amène la tendresse, la détermination mais aussi la cohésion dont cette « dream team » a besoin. Immense déception en revanche pour la participation de Winona Ryder qui aurait mérité beaucoup mieux qu’un rôle ultra-secondaire mais surtout totalement raté.

Of course, there’s always my way !

Ce ton équilibré permet au film de de saisir l’essence de la balade bien-aimée de Disney, et les plus grands fans de l’attraction tireront probablement le meilleur parti lors de leur visionnage en s’amusant à déceler les dizaines de références à cette dernière (bien qu’un second visionniage ne soit pas de trop). De son dispositif scénaristique à ses arrière-plans et décors en passant évidemment pas sa musique, une grande partie du film Le Manoir Hanté est liée au manège qui l’a inspiré. L’idée des fantômes faisant de l’auto-stop « vous suivant chez vous » est un élément clé de l’histoire de la première moitié du film. Les forces maléfiques de la maison qui ont besoin d’une âme de plus à ajouter aux 999 qui l’habitent déjà participent en grande partie du coup d’envoi donné à toute l’action. Bien sûr, la Mariée – Constance Hatchaway – a un rôle à jouer et toute une séquence se déroule dans la salle d’étirement, la fameuse « Stretching Room ».

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Bien d’autres personnages de la galerie spectrale du manoir (ou plutôt des manoirs dirons-nous) bénéficient d’un temps d’écran plus ou moins important. Il s’agit certaines fois de simples hommages subtils ou de vrais personnages secondaires qui ont une importance dans le fil du récit. Citons pêle-mêle Maître William Gracey (marié à une certaine Eleanor Gracey), le Marin ou capitaine Culpepper Clyne (un personnage présenté dans l’attraction du Magic Kingdom et de Tokyo Disneyland), le Gardien, le Chevalier Décapité, les Duellistes, les Fantômes Auto-Stoppeurs Phinéas Plump, Ezra Beane et Gus, le Fantôme à la Hachette, les Trois Hommes s’enfonçant dans les sables mouvants, Alexander Nitrokoff, la Funambule Sally Slater, Madame Léota, Mini-Léota, le Bourreau, Pickwick, l’Organiste Victor Geist, les Danseurs du Bal… On notera enfin l’absence de cinq fantômes iconiques…

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Deux esprits ont la part belle plus que les autres. Tout d’abord, Madame Léota (jouée par Jamie Lee Curtis) est une nouvelle fois un personnage clef dans l’intrigue, et surtout un personnage dans le camp du bien, s’inscrivant comme une guide pour nos visiteurs. Mais le film va un peu plus loin ici que par rapport à 2003 ou même l’attraction, en tentant d’expliquer pourquoi et comment ce fantôme est piégé dans cette fameuse boule de cristal. Ses apparitions sont d’autant plus intéressantes puisqu’elle noue une relation particulière avec Harriet, elle aussi voyante. Méchant convaincant, Alistair Crump alias HatBox Ghost, autre personnage animatronique phare de l’attraction originale réapparu en 2015 suite à une réhabilitation après quatre décennies d’absence, a monté une véritable entreprise pour parvenir à ses fins (on évitera de vous en révéler davantage) et joue au chat et à la souris avec Ben, Gabbie et le reste de la bande. Le personnage, sorte de spectre âgé courbé sur une canne et tenant une boîte à chapeau dans laquelle apparaît son visage, jouit d’une interprétation très inspirée de la part d’un Jared Leto totalement méconnaissable derrière les effets visuels ainsi que d’une « origin story » absolument passionnante, qui lui octroie suffisament de profondeur et d’arguments pour légitimer son entreprise machiavélique.



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Mais les références ne s’arrêtent évidemment pas là, le film nous offrant une ode à cette attraction, de ses décors à ses accessoires en passant par ses répliques cultes. Le fameux Doom Buggy, véhicule Omnimover de l’attraction tirant son nom de Dune Buggy, des véhicules motorisés qui se déplacent sur les plages, a droit à son propre homage dans une scène clef. Des éléments phares de l’ambiance de l’attraction sont présents, comme son papier peints aux motifs typiques, son candélabre flottant dans le couloir désert, ses armures menaçantes, ses portraits énigmatiques, ses pièces aux dimensions étourdissantes… Notons en revanche le trop plein de CGI et de fonds verts. Même si les décors paraissent somptueux et détaillés, tout en respectant les codes de l’attraction, ils n’ont clairement pas la grandiloquence et le charme de ceux créés pour Le Manoir Hanté et les 999 Fantômes en 2003.

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Bref, vous l’aurez compris, à chaque scène du film, vous trouverez quelque chose à relier à l’attraction originale, mais cela ne signifie pas que vous devez être un fan de Disney pour profiter ou même suivre le film. Toutes ces allusions et représentations servent l’histoire et les personnages du film, mais ils n’occupent jamais le devant de la scène. Ils peuvent être un plus à l’expérience pour les fans de The Haunted Mansion, mais ils ne perturbent pas le fil principal. C’est souvent un reproche que l’on peut faire à certaines franchises adaptées au cinéma, mais Le Manoir Hanté parvient à éviter complètement ces pièges et permettre au plus grand nombre d’en profiter sereinement.

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Contrairement à la version de 2003 de Rob Minkoff, le film de Justin Simien fait en fait un grand usage du cadre de la Nouvelle-Orléans. Que ce soit comme outil pour intégrer davantage d’éléments surnaturels dans l’histoire ou pour se concentrer sur l’architecture époustouflante de la ville, le Berceau du jazz se mêle dans une partie de l’intrigue du filmjusqu’à ses fondements. La maison qui nous est présentée s’inspire de ce style architectural, ainsi que du manège de Disneyland, lui permettant de paraître à la fois fastueuse, effrayante et authentique. Il aurait été facile de créer simplement quelques pièces aléatoires qui sont censées exister dans une vieille maison hantée effrayante, mais l’équipe en charge de la direction artistique a clairement mis beaucoup d’amour et d’efforts pour créer quelque chose qui nous permet réellement de profiter d’un univers à part entière.

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Côté photographie, tout est plutôt de très bonne facture là aussi. L’ambiance magique et lugubre des lieux mais aussi les plans des extérieurs du manoir ou de la Nouvelle-Orléans apportent une atmosphère délicieusement étrange à l’ensemble, qui justifie à elle seule un deuxième visionnage lors de la période d’Halloween. Les effets visuels sont quant à eux très soignés. Soulignons la qualité de réalisation de chaque fantôme ou encore les nombreux artifices permettant de créer de nombreuses illusions à l’écran dans un manoir toujours plus étourdissant par ses pièces empruntes de magie. Tout est fait là encore pour célébrer de la plus belle façon le travail artistique (mais aussi technique) des Imagineers dans les attractions The Haunted Mansion à Disneyland Resort mais aussi à Walt Disney World Resort. Certaines scènes sont visuellement splendides comme la séance de spiritisme ou la balade dans le couloir des portraits. L’univers musical du film est plutôt bien senti. Le compositeur Kris Bowers (Secret Invasion, La Méthode Williams, Bridgerton) rend d’éminents hommages au travail de Buddy Baker et X. Atencio sur la bande originale de l’attraction, tout en développant des mélodies permettant de servir au mieux les temps d’émotions ou d’action du récit. On notera d’ailleurs l’utilisation d’instruments typiques du « dark-ride » comme l’orgue et l’intervention de chœurs symbolisant le plus souvent les centaines de fantômes du film. Le musicien aura même réussi à placer l’air d’une autre attraction culte de Disney dans le film.

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La partie la plus difficile d’un film comme celui-ci est d’atterir de manière cohérente. Vous pouvez mettre toutes les pièces en place et inclure de nombreux clins d’œil à tout ce qui l’a inspiré, mais en fait, modeler un troisième acte satisfaisant est un tout autre effort. Le Manoir Hanté est capable de proposer un final bien meilleur que beaucoup d’autres productions récentes. On reste scotché sur notre Doom Buggy ! Les histoires de Ben et de Travis sont non seulement directement liées les unes aux autres, mais elles réussisent à se rattacher d’une certaine manière à l’intrigue de la demeure, qui reste le personnage principal du récit. Tout est enveloppé dans un bel arc satisfaisant, sans disperser de manière brutale les graines d’une éventuelle suite. Dans le paysage actuel des blockbusters à franchises, Le Manoir Hanté est plus rafraîchissant que vous ne le pensez.

Hurry back…

Le film n’ayant pas bénéficié d’une promotion digne de ce nom, privé notamment de ses acteurs lors de son avant-première mondiale, peinera sûrement à se faire une place au box-office ce été. Confronté à de la grosse concurrence mais aussi à un public de moins en moins engagé dans les salles, Le Manoir Hanté devrait probablement bénéficer d’une seconde vie lors de la période d’Halloween, où il sera vraisemblablement diffusé sur Disney+ à peu près partout dans le monde. Car le film ne part clairement pas avec beaucoup de chances dans sa botte pour percer au cinéma en plein été, un sacrifice qui ne dit pas son nom souhaité par Disney ? C’est ce que beaucoup pensent actuellement… Avec un budget de production estimé à 157,8 millions de dollars, Le Manoir Hanté devra limiter la casse d’un été déjà très maussade pour Disney après les (semi)échecs successifs de La Petite Sirène, Élémentaire et surtout Indiana Jones et le Cadran de la Destinée.

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L’attraction The Haunted Mansion obtient enfin l’adaptation cinématographique qu’elle a toujours méritée – deux heures amusantes, effrayantes et étonnamment émouvantes portées par une distribution de choix et une direction artistique impeccable. Il ne s’agit peut-être pas là d’une réalisation révolutionnaire comme le fut le premier film de Gore Verbinski mettant en scène Jack Sparrow, mais c’est certainement à ce jour le meilleur film adapté d’une attraction de Disney depuis les trois premiers films Pirates des Caraïbes. Mais le scénario de Katie Dippold (aidée de Bryan Cogman, Guillermo del Toro, D. V. DeVincentis, Micah Fitzerman-Blue, Noah Harpster, Justin Haythe, Jeff Nathanson, Matthew Robbins, Justin Simien, Steven Thompson et Chris Weitz qui sont tous non crédités) permet à chaque personnage de trouver sa place dans un récit plus complexe et riche qu’il n’y paraît. À une époque où nous avons de nouveau besoin d’évasion pour quelques heures de pur plaisir – ou comme beaucoup l’appellent un « film à pop-corn »Le Manoir Hanté correspond parfaitement à cette description.

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1 commentaire

Fred 16 août 2023 at 22 h 00 min

Le film n’était pas désagréable à regarder, mais le défaut à pointer du doigt est avant tout un trop grand nombre de personnages principaux, ce qui diluait l’intérêt qu’on pouvait porter à chacun, et côté humour ce n’était pas aussi délirant que Beetlejuice. Je pense qu’il aurait été plus réussi si Tim Burton avait été de la partie (après tout, c’est un spécialiste des films traitant de la mort avec humour). Peut-être aussi, à force d’avoir trop de monde participant au scénario on aboutit à quelque chose de trop « médium », à force vouloir faire un film d’horreur mais pas trop horrifiant on obtient quelque chose de « tiède ». Si on veut faire quelque chose de bien délirant, il ne faut pas hésiter à en mettre une bonne couche (peut-être aussi que trop d’effets spéciaux numériques tuent les effets tout court…)

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