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Jungle Cruise – Critique du Film Disney

L’avantage d’un blockbuster d’aventure à la Disney et qu’on a toutes nos chances d’amortir le prix d’un billet de cinéma avec le spectacle qui nous est offert, même en étant déçu du scénario. Par chance, Jungle Cruise réussit à prendre son envol dès ses premières minutes et remplit son contrat haut la main, celui d’offrir un divertissement digne de ce nom, à destination des familles principalement et qui arrive à ne jamais lasser durant deux heures, même la durée se fait légèrement sentir sur la fin. Le film est mené tambour battant par un duo de choc, composé de Dwayne Johnson et Emily Blunt, des partenaires qui ont du mal à s’associer l’un et l’autre et qui prennent plaisir à bouleverser l’autre. Cette alchimie doucement répulsive de ce couple fait l’énergie du film.

66 ans d’héritage dans ce film

Lancez-vous avec eux à la recherche du légendaire arbre de vie, qui pourrait entraîner des progrès importants en médecine, et pour y parvenir, vous devrez surmonter de nombreux défis. Après Haunted Mansion (avec Le Manoir Hanté et les 999 Fantômes), The Twilight Zone Tower of Terror (avec le téléfilm Le Fantôme d’Halloween), Country Bear Jamboree (avec Les Country Bears), Tomorrowland (avec À la Poursuite de Demain) et bien évidemment Pirates of the Carribean (avec la saga de films Pirates des Caraïbes), un autre grand classique des Parcs Disney se voit donc adapté sur grand écran en 2021.

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Cette fois-ci, il ne s’agit pas de la croisière la plus heureuse du monde… Jungle Cruise, créée pour la première fois à Disneyland en Californie le 17 juillet 1955, jour d’inauguration du parc, fut l’une des attractions les plus en vogues à l’époque compte-tenu des tonnes de publicité qu’en a fait Walt. Le papa de Mickey a toujours rêvé d’emmener les invités de son parc dans une jungle luxuriante, à bord d’un vrai bateau, pour découvrir une vraie faune sauvage. Aux débuts du projet, l’imagineer Harper Goff et le jardinier Bill Evans sont d’abord missionnés pour transformer un paysage désertique californien en un paradis tropical luxuriant. Inspiré par son travail mené sur les documentaires de la série True-Life Adventure, Walt souhaite offrir le même niveau de réalisme dans son propre lieu touristique. Mais les animaux dormant surtout en journée, il est contraint de revoir ses plans et proposer finalement des sculptures le long des différents fleuves du monde entier. Il faut dire que pour son époque, cette aventure était très novatrice si bien qu’elle fut adoptée par les visiteurs comme un incontournable, qui a fini par s’exporter en 1971 au Magic Kingdom en Floride, en 1983 à Tokyo Disneyland au Japon et enfin en 2005 à Hong Kong Disneyland (sous un autre nom pour cette dernière version, Jungle River Cruise). Bien évidemment, l’aventure évoluera. Plus sérieuse dans son ton au début, elle changera progressivement avec le temps et le progrès des technologies et l’histoire sera plusieurs fois remaniée notamment en 1962, où l’Imagineer Marc Davis apporte des gags et modifie considérablement les tableaux, avec notamment l’ajout de la fameuse scène des éléphants indiens, puis en 1964 avec celles du safari piégé et le veld africain. En 1976, l’attraction originale comptait sept scènes et 31 personnages.

Pirates des Caraïbes a engendré Jungle Cruise

L’idée d’adapter cette attraction en film remonte  à l’année 2004, où à l’époque, les scénaristes Josh Goldstein et John Norville sont chargés d’écrire un premier script amenant cet univers emblématique des Parcs Disney au grand écran. Le projet reste en gestation durant de longues années tandis que Disney continue de capitaliser sur la saga Pirates des Caraïbes, préférant attendre le bon moment pour lancer un nouvel univers aux codes similaires. En 2011, Tom Hanks et Tim Allen sont approchés pour jouer dans cette adaptation mais les négociations n’aboutissent pas. Il faudra attendre finalement août 2015 pour que les studios Disney lancent à nouveau la machine, officialisant le nom de Dwayne Johnson à la barre. Le scénario est entièrement réécrit par John Requa et Glenn Ficarra , et le film produit par John Davis et John Fox : cette équipe souhaite avant tout revenir aux origines de cet univers et apporter une forme d’authenticité à l’écran, en restant fidèle au sens de l’humour kitsch caractéristique de l’attraction tout en livrant une réinterprétation contemporaine.

La réalisation de Jungle Cruise est confiée à Jaume Collet-Serra en 2017. Né à Barcelone en 1974, il déménage à l’âge de 18 ans à Los Angeles et fréquente le Columbia College Hollywood, travaillant en parallèle comme monteur. Il commence par la suite à réaliser des vidéoclips et des publicités télévisées pour des entreprises. En 2005, il se voit confier la mission d’offrir un remake au film La Maison de Cire de 1953. Malgré une critique négative, le succès est là et il peut enchaîner avec Goal II : La Consécration en 2007, puis Esther en 2009. Il a ensuite réalisé Sans Identité en 2011, un thriller d’action réunissant Liam Neeson et Diane Kruger. Il s’essaye à la réalisation de séries télévisées dès 2013 avec bsur ABC. En 2014 sort son nouveau film Non-Stop toujours avec Liam Neeson. Montant sa propre société de production de films d’horreur, il sort The Shallows en 2016, un thriller avec Blake Lively. Il enchaîne avec la production de Jungle Cruise dont le tournage se tient en 2018 à Hawaï et Atlanta.

Dwayne Johnson et Emily Blunt, le duo gagnant

Dwayne Johnson (Maxi Papa, La Montagne Ensorcelée, Vaiana, La Légende du Bout du Monde) est fantastique dans le rôle principal du capitaine Frank Wolff. Ce skipper à l’esprit vif possède sa propre entreprise de navigation touristique sur le fleuve Amazone dans la jungle, où il emmène les touristes dans des promenades en bateau remplies d’événements soit disant surprises mais en réalité tous planifiés, un peu comme la promenade de Disneyland sur laquelle le film est basé. sur. Cependant, ce sont ses interactions avec le Dr Lily Houghton jouée par la divine Emily Blunt (sorte d’Indiana Jones au féminin avec la philantropie en plus) qui rendent le film vraiment spécial. Sans leur alchimie, de nombreuses scènes comiques pourraient être vues comme assez lourdes et l’action paraître ennuyeuse, mais ces éléments s’épanouissent grâce à ce duo à la fois tonitruant et élégant. Néanmoins, nous apporterons une remarque sur le traitement du personnage de Lily. Ce traitement semble tout à fait cohérent durant les deux premiers tiers du film, s’appuyant sur un message fort d’héroïne londonnienne en quête d’aventure, désireuse d’émancipation de son carcan bourgeois, et n’ayant pas besoin forcément de son Skipper pour survivre. Dans le dénouement, toute cette construction tombe à l’eau avec un renversement étrange au ton romantique assumé, flirtant avec un Hollywood du passé. Certains apprécieront ce virage, d’autres seront sûrement déroutés compte-tenu des habitudes de Disney depuis plusieurs années avec ses personnages féminins forts. Par ailleurs, le film puise très clairement son ambiance dans le folklore des Indiana JonesA la Poursuite du Diamant Vert et autres (L’) Odyssée de l’African Queen. Le duo à l’écran rappelle évidemment celui d’Indy (Harrison Ford) et Marion (Karen Allen) dans Les Aventuriers de l’Arche Perdue (1981) mais aussi celui de Charlie (Humphrey Bogard) et Rose (Katharine Hepburn) dans L’Odyssée de l’African Queen (1951). Les costumes portés à Dwayne Johnson et Emily Blunt sont d’ailleurs fortement inspirés de ceux du duo précédent.

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Ce ne sont pas seulement les acteurs principaux qui offrent des performances mémorables dans Jungle Cruise ; Paul Giamatti brille en tant que capitaine de port qui se met en rogne contre Frank dès le début. L’acteur n’a finalement pas assez de temps à l’écran pour vraiment révéler le potentiel de son personnage mais l’acteur arrive malgré à tout à tirer son épingle du jeu quand il intervient dans certaines scènes cocasses.

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Jack Whitehall est également très amusant car le jeune frère de Lily, MacGregor, devient dans cette croisière le fameux assistant maladroit qui a le mal du pays, et qui adopte une posture à contre-emploi de ce que l’on attend d’un aventurier en pleine jungle, ce qui offre là encore des scènes absolument tordantes. Au-delà de cela, il permet à Disney d’inclure un personnage ouvertement homosexuel même, et c’est encore le gros paradoxe à relier avec le traitement du personnage de Lily, le studio semble encore très timide à l’idée d’assumer clairement une prise de position forte dans un film aussi impactant que celui-là. Au cours du film, les scénaristes, comme commandés par les exécutifs de la compagnie, semblent faire plusieurs pas en arrière tout en dévoilant la sexualité de leur personnage. La manière dont des personnages homosexuels sont representés dans des blockbusters hollywoodiens pose encore question visiblement. Le personnage de MacGregor ne peut en effet pas imaginer dîner sans sa malle pleine de smokings et il préfère de loin paresser et s’amuser plutôt que de travailler. Il est décrit comme égocentrique (même jusqu’à la fin du film), paresseux et ne modifie en rien le cours de l’intrigue ou presque. On pardonne ce traitement à moitié assumé du personnage car Jack Whitehall est tout à fait charmant dans ce rôle.

De plus, le film révèle une nouvelle fois le talent de Jesse Plemons qui campe un méchant allemand dérangé, du nom de Prince Joachim, certes caricatural au premier abord mais finalement assumé et très bien exploité dans l’histoire. Autre second rôle un peu moins charismatique pour le coup, celui du mystérieux Aguirre joué par Édgar Ramírez, mais qui sert à faire avancer l’intrigue là encore.

Jungle Cruise est un blockbuster efficace

L’arbre de vie n’est que le premier élément surnaturel introduit ce film et il y a beaucoup d’autres révélations au fur et à mesure que Lily et Frank descendent la dangereuse rivière à la recherche de l’arbre sacré. Bien que nous ayons surtout appréci » les rebondissements et l’authenticité apportée à cette aventure, l’arbre est probablement l’élément qui divise le plus. En fin de compte, il ne s’agit que d’un prétexte à cette quête dangereuse. Il reste l’objectif principal du film mais quand il est découvert, n’impressionne pas plus que cela. Ce sont bien les étapes qui mènent à lui qui sont bien plus appréciables dans l’ensemble. Alors, oui, ce film est évidemment comparable aux sagas Pirates des Caraïbes, La Momie et à degré moindre Indiana Jones, en en empruntant des codes visuels ou scénaristiques, mais dans cette hybridation narrative, il réussit malgré tout à trouver sa propre voie. Il est malgré tout dommage que l’univers exposé ne réussisse jamais à s’émanciper des précédents sus-mentionnés, d’autant que Disney espère installer une franchise – on le présume – de films dans le temps. Une ouverture sur une fresque plus élargie aurait été la bienvenue en guise de conclusion surtout quand on sait que Disney+ planche parallèlement sur plusieurs séries basées sur l’organisation fictive de la SEA connectant plusieurs Destinations et Attractions Disney entre elles.

Concernant la réalisation du film, la conception de la production et les efforts déployés pour imaginer et construire la ville portuaire de Porto Velho sont à saluer. Beaucoup de séquences du film ont été tournées en décors réels pour le plus grand plaisir du spectateur lassé depuis des décennies par une surplein de CGI sur grand écran. De même, l’attention portée à la conception d’accessoires, aux cheveux et au maquillage adaptés à l’époque et aux cultures présentées en pleine Amazonie est assez incroyable. La construction du bateau à vapeur, La Quila, qui est aussi l’habitat principal du personnage de Dwayne Johnson, Frank, est clairement une énorme réussite logistique. L’authenticité est de mise et le résultat n’en est que plus intéressant. Et puis il y avait les effets visuels complexes, en particulier le travail numérique de pointe utilisé pour créer le féroce jaguar Proxima, et pour donner une ambiance surnaturelle aux personnages de conquistadors qui ont été piégés dans la jungle depuis très longtemps.

Une mythologie picorée sans vraie subtilité

La célèbre Jungle Cruise a conquis le cœur des fans des Parcs Disney à travers le monde. Si vous faites partie des nombreux admirateurs aventureux de ce grand classique de Disneyland, vous aurez sans nul doute l’envie de revoir au moins une fois l’adaptation cinématographique tant les références à l’attraction – toutes bien senties – sont nombreuses tout au long de l’histoire. Hélas, si les films Pirates des Caraïbes rendaient hommage de manière subtile à l’attraction dont ils s’inspiraient, le film Jungle Cruise fait davantage dans le poussif en appuyant un peu trop les références si bien qu’elles deviennent davantage des effets de marketing que de véritables touches nostalgiques. Le fameux gag de « The Backside of Water » de l’attraction est évidemment présent tout comme la compagnie fluviale Jungle Navigation Company ou le personnage de Sam Trader, pour ne citer que ces « Easter Eggs ».

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Nommé neuf fois aux Oscars,  le compositeur prolifique James Newton Howard a pris la barre pour la musique de Jungle Cruise. Il permet d’apporter une couche supplémentaire à la narration et de l’étoffer d’un point de vue sonore. Le vrai film d’aventure est là avec ces cuivres retentissants et ses musiques plus tribales (avec hang drums, flûtes étranges et chants) qui enrichissent toute la mythologie découverte à l’écran. Le compositeur offre au final une musique orchestrale généreuse avec trois thèmes qui se distinguent. Le premier qualifié d’héroïque est une fanfare qu’on entend tout au long du film, plus spécifiquement au moment du générique d’ouverture et dans les séquences d’action. Le second est celui de Frank, qui est utilisé dans certaines des actions menées par le personnage incarné par Dwayne Johnson ou dont il est l’instigateur. Il fonctionne à la fois de manière humoristique et héroïque. Le troisième thème est davantage axé sur l’émotion pour les scènes impliquant Frank et Lily et leur amitié naissante. La bande-originale comprend également une reprise de la chanson « Nothing Else Matters », revisitée par Metallica et James Newton Howard.

Le film sort trois ans après son tournage

Présenté en grandes pompes à la D23 Expo, Jungle Cruise est initialement prévu le 11 octobre 2019 dans les salles américaines avant d’être déplacé au 24 juillet 2020, Maléfique : Le Pouvoir du Mal prenant sa place. Mais la grave crise sanitaire mondiale bouleverse totalement le calendrier des sorties cinéma de The Walt Disney Company. En plein remaniement et alors que les cinémas restent fermés pour une durée indéterminée, la firme aux grandes oreilles, qui mise évidemment gros avec ce blockbuster dont le budget de production est estimé à un peu plus de 200 millions de dollars, ne souhaite pas le saborder ou l’offrir directement à Disney+. En avril 2020, elle annonce décaler sa sortie de pas moins d’un an ! Les fans s’arment de patience. Nouveau rebondissement en mai 2021 cette fois-ci : si le film n’est plus décalé, son mode de sortie change. Disney annonçe que plusieurs films retardés par la crise sortiront simultanément en salles et sur Disney+ en Accès Premium : c’est le cas de Jungle Cruise. L’équipe de production du film a décidé de s’arrêter sur cette stratégie après avoir reçu toutes les options de Disney, en raison de la fermeture continue des cinémas dans certains pays comme le Brésil et l’Europe, en raison de la flambée des cas de COVID-19. La France, de par la loi de la chronologie des médias, présente le film exclusivement au cinéma le 28 juillet 2021.

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Avec de solides performances offertes par ses deux protagonistes charismatiques, des séquences d’action mémorables, de l’humour bien dosé (et parfois même jubilatoire) mais aussi des moments dramatiques plus intéressants qu’il n’y parait pour un blockbuster, Jungle Cruise est la superproduction estivale la plus efficace des studios Disney depuis l’ère des premiers films de la saga Pirates des Caraïbes et John Carter. Le film réalisé par Jaume Collet-Serra tire le meilleur parti de son casting étoilé et ne traîne quasiment jamais en longueur, ce qui est un exploit impressionnant à ce niveau. Au final, c’est un condensé d’adrénaline qui nous est livré et le film vaut d’abord pour son expérience en salles, même si son histoire n’en reste pas moins convaincante. Le duo formé par Blunt et Johnson rend la plus modeste des scènes agréable à regarder et permet en outre d’apporter suffisament de grands battements dans l’histoire, si bien que celle-ci finit par marquer le spectateur. Le film souffre en revanche d’une réelle crise d’identité ayant du mal à s’émanciper d’autres univers cinématographiques dont il s’inspire. Il manque aussi clairement de subtilité dans la manièr de rendre hommage à l’attraction originale de Disneyland. Sans atteindre la maestria de Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl, Jungle Cruise permet malgré tout d’installer durablement une nouvelle franchise cinématographique au sein du label en prises de vue réelles de Mickey. Fort à parier qu’il ne s’agisse là que d’une introduction…



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