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Le Retour de Mary Poppins – Critique du Film

À Londres, au temps de la Grande Dépression. Michael Banks, aujourd’hui veuf et père de 3 enfants – Annabel, John et Georgie – occupe un emploi temporaire au sein de la banque qui employait jadis son père et son grand-père. Mais les temps sont durs et l’argent se fait rare. Jane, la sœur de Michael, leur vient en aide dès qu’elle le peut, mais confrontés aux dures réalités de la vie, Annabel, John et Georgie sont forcés d’assumer des responsabilités qui les font grandir beaucoup trop vite. Quand le directeur de la banque M. Wilkins entame une procédure de saisie de la maison des Banks, le vent tourne enfin et Mary Poppins, la gouvernante qui transforme par magie n’importe quelle tâche ordinaire en une épopée fantastique et inoubliable, réapparaît dans leur vie… Avec l’aide de son ami Jack, l’allumeur de réverbères, elle va entraîner les enfants dans des aventures extraordinaires et leur faire découvrir des personnages hauts en couleurs – à l’image de sa cousine, l’excentrique Topsy – afin de ramener vie, amour et rires au sein de leur foyer…

Le Retour réussi de Mary Poppins

Le Retour de Mary Poppins véhicule joie et espérance tout simplement parce qu’il tient sa première promesse, celle d’offrir un moment de pure magie durant un peu plus de deux heures. Il anticipe et évite miraculeusement tout cynisme et vous laisse dans un état de joie second. C’est bien simple, les Walt Disney Studios tiennent là un objet à part, à plus d’un titre car il s’agit non seulement d’une œuvre cinématographique aboutie mais aussi d’une suite réussie d’un film culte sorti il y a 54 ans de cela. Offrir un vent de fraîcheur à cet univers n’était pas sans risque et le pari est relevé haut la main, notamment grâce à la vision parfaite qu’en a fait Rob Marshall et au casting impeccable et soigné.

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Mary Poppins est un film, et plus largement, un univers culte par excellence. Sorti en 1964, il tient une place à part dans le panthéon filmographique des studios Disney, si bien que l’inconscient collectif le plus populaire comme le plus élitiste l’a érigé au rang de hit sacré du Cinéma, tant pour son aura que ses qualités. Il est vrai, Mary Poppins, a, en son temps, provoqué une petite révolution dans le monde du septième art. Plus innovant que jamais, il représente sans aucun doute à lui seul toute la maestria de l’artisan Walt Disney, qui quelques années avant sa mort, a pu accoucher de l’un des plus beaux chefs-d’œuvre de tous les temps. On ne reviendra pas sur l’immense talent du maître à avoir su allier images animées et en prises de vue réelles dans un seul et même film, se voulant musical avant tout. Réunissant des thèmes universels et poignants, ce film, multi-oscarisé, a traversé les générations au point d’en devenir quasi-intouchable. Après cinq décennies de ressorties en salles dans 17 langues différentes, de nombreuses émissions télévisés dédiées, une exploitation sur support vidéo ayant généré au moins 180 millions de dollars et d’innombrables téléchargements numériques, une mise en avant toujours intacte dans tous les Parcs Disney du monde, Mary Poppins est sans nul doute l’un des films les plus appréciés de toutes les jeunes et moins jeunes générations qui se sont succédées.

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Qu’elle ne fut pas la surprise des Fans du monde entier, il est vrai, quand une suite fut officialisée le 14 septembre 2015. A cette époque, l’opinion publique n’avait jamais été autant méfiante à l’égard d’un projet de film « live-action » des studios Disney, qui avaient pourtant déjà bien habitué leur public à multiplier les projets d’adaptations ou de réadaptations d’histoires qui avaient fait leur gloire par le passé. Pour une raison principale et probablement légitime quand on connait l’estime que porte les spectateurs de toutes les générations pour ce monument cinématographique devenu intouchable en cinq décénies comme ce serait le cas pour Autant en Emporte le Vent, Titanic ou Le Seigneur des Anneaux. Mais cette crainte assumée s’expliquait, encore jusqu’à seulement quelques semaines avant la sortie du film, par le remplacement d’actrice dans le rôle vedette. La Légende Disney Julie Andrews est une des figures emblématiques du Cinéma  hollywoodien qui a la chance d’être vénérée autant par le monde cinéphile que par la communauté Disney. Et pour beaucoup, il était tout bonnement inenvisageable de la remplacer par n’importe quelle actrice dans ce rôle culte. Enfin, Mary Poppins est profondément rattaché à l’enfance de tout un chacun qu’il en devient pénible de se dire qu’une suite pourrait venir entacher cette part d’innocence. Par ailleurs, Le Retour de Mary Poppins s’inscrit directement dans cette industrie inébranlable de remakes « live-action », débutée en 2010 avec Alice au Pays des Merveilles, à ceci près qu’il ne s’agit pas d’un remake mais bel et bien d’une suite totalement inédite. Une peur qui a sans doute du régner aussi du côté de Disney, ramener sur grand écran sa célèbre nounou était chose pour le moins ardue. Qui pour la mettre en scène ? Qui pour l’incarner et remplacer Julie Andrews, à peu de choses près, parfaite en tous points ? Et que faire surtout ?

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Chose toujours étonnante de la part du public. Celui-là même qui, en 2015, pointait du doigt, une fois encore, la fainéantise et la facilité des studios Disney à vouloir encore et toujours s’auto-vampiriser en réutilisant ses plus belles marques dans le cadre de réadaptations, est le même public qui plébiscite largement la sortie du film aujourd’hui. Le battage médiatique autour de ce dernier a été quelque peu exceptionnel. Dernier maillon d’un trio de films « live-action » issus du même label (Jean-Christophe & Winnie et Casse-Noisette et les Quatre Royaumes pour ne pas les citer) sortis en fin d’année 2018, Le Retour de Mary Poppins est celui des trois qui a profité le plus et le mieux de la stratégie publicitaire de Disney, basée à la fois sur l’impact nostalgique qu’il engendre et ses qualités sans pareille lui conférant l’étiquette officieuse de film de Noël. Deux facteurs qui ont joué en la faveur de sa promotion, lui offrant un terrain propice pour attirer les foules et notamment les familles.

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Une suite rêvée par Walt Disney

Concernant le projet de suite en lui-même, il ne date pas d’hier loin de là. Le développement de nouvelles aventures au cinéma pour la célèbre nounou était en gestation depuis… 1964, l’année de sortie du premier volet. Le succès aidant, Walt Disney tenta en effet d’en produire une suite en 1965, projet ouvertement rejeté par P.L. Travers, l’auteur à succès des nouvelles de Mary Poppins, déjà très amère de l’adaptation qu’en avaient fait les studios un an auparavant. Il faudra attendre une bonne vingtaine d’années pour qu’un autre nabab de la maison de Mickey tente de relancer la machine. Jeffrey Katzenberg, alors patron des Walt Disney Studios, aidé par Martin Kaplan, vice-président de la division des films en prises de vue réelles, proposa à P.L. Travers une suite se déroulant des années après les événements du premier volet, les enfants Banks étant plus âgés. Mais P.L. Travers refusa sur toute la ligne. On parlait même pour ce projet de l’intervention de Michael Jackson dans le rôle du frère du ramoneur Bert. Néanmoins, P.L. Travers était pour le retour de Julie Andrews dans le rôle iconique, mais seulement pour un film se déroulant un an après le premier. Une mission trop compliquée à gérer pour les exécutifs de l’époque, qui finalement abandonnèrent l’idée.

Dans les années 2000, l’aura de la nounou britannique se retrouve sur les planches théâtrales. Comme l’avait expressément stipulé l’auteur P.L. Travers, pour que Disney puisse adapter sur scène le film, il fallait que ça se fasse avec la participation exclusive de scénaristes anglais, qu’aucun scénariste du film original ne soit mêlé au projet tout comme les frères Sherman, compositeurs des chansons célèbres, les excluant directement pour composer de nouvelles chansons. Cependant, les chansons d’origine et l’univers du film de 1964 pouvaient figurer dans le musical. C’est le producteur Cameron Mackintosh (Les Misérables, Le Fantôme de l’Opéra) qui se chargera de mettre sur pied ce projet au Royaume-Uni en 2004 puis aux Etats-Unis en 2006.

En 2012, Alan Horn prend la tête des studios Disney et les relations entre les héritiers de Travers et son studio ne sont pas au beau fixe. Le projet d’un film axé sur le travail et les rencontres entre Disney et Travers se fait malgré tout avec l’accord des successeurs de l’écrivain. En découle en 2013 le film Dans l’Ombre de Mary – La Promesse de Walt Disney, qui, bien que très émouvant, omet volontairement certains détails de ce qui a pu se passer véritablement lors de la pré-production du film Mary Poppins au début des années 1960.

L’Histoire se répète

Peu de temps après, l’idée d’un nouveau film sur la nounou la plus célèbre du Cinéma, renaît de ses cendres. Sean Bailey, président de la production aux Walt Disney Studios, met sur le coup les producteurs John DeLuca et Marc Platt. La machine est lancée quand le cinéaste Rob Marshall est engagé, non sans appréhension, mesurant l’enjeu énorme qui s’annonçait, pour réaliser cette suite. Les producteurs et le réalisateur viennent d’accoucher d’un autre film musical chez Disney, Into the Woods – Promenons-Nous dans les Bois, leur ayant permis de prouver leur potentiel à réimaginer des histoires célèbres en alliant magie Disney et numéros chantés. Qui plus est, deux stars du (Le) Retour de Mary Poppins, faisaient également partie du casting de ce film sorti en 2014, à savoir Emily Blunt et Meryl Streep. On ne change pas une équipe qui gagne ! Avec l’approbation des successeurs de la maman de Mary Poppins, la suite du film culte se monte, en présentant, c’est le postulat de départ, un récit autonome inspiré des sept autres livres restants de la série publiée à partir de 1934. Le scénariste David Magee offre une vision un poil moderne de l’univers très ancré dans son époque de Mary Poppins. Le titre du film, reprend d’ailleurs celui d’un des romans de la série. L’histoire, reprend plusieurs éléments narratifs de ce livre, comme le fait que les enfants Banks vont jouer au début au cerf-volant dans le parc et que Mary Poppins en personne apparaît au bout de la ficelle. Les ballons de baudruche et les manèges enchantés sont également des symboles repris dans le livre Le Retour de Mary Poppins.

Jack Mary poppins Returns

Et comme le premier film, Le Retour de Mary Poppins est d’abord et avant tout un film pensé comme un spectacle musical. Reprenant l’essence même du film de Robert Stevenson, Rob Marshall réussit à son tour à véhiculer à travers une balade lumineuse et joyeuse des messages forts, certes convenus mais tout à fait adaptés et dans la droite lignée du film de 1964. C’est en cela que la continuité est assurée avant tout. Le film est d’ailleurs si riche scénaristiquement qu’il serait fort hasardeux de pouvoir en réaliser une synthèse de but en blanc après un seul visionnage. Les nouvelles aventures de la famille Banks respirent la nostalgie dans l’innocence qu’elles amènent. La recette miracle opère car tous les ingrédients scénaristiques du premier film ont été réutilisés pour faire de ce nouvel opus une franche réussite. L’histoire va un peu plus loin en offrant un véritable antagoniste cette fois-ci. Le choix d’imposer cette figure détermine quelque peu le dénouement du film, qui offre de véritables moments d’action héroïque, sans pour autant calquer un rythme d’un quelconque blockbuster. Ici, tout est pensé de manière à se retrouver dans une époque révolue, celle de la Grande Dépression et visuellement, l’utilisation prononcée de vrais plateaux de tournage à décors réels, s’en ressent tout autant.

Mais l’essence des livres est préservée comme pour le premier film. L’ellipse temporelle proposée par le scénariste est une valeur ajoutée au récit et l’on comprend mieux à quel point Mary Poppins est un être à part entière, qui n’intervient qu’en cas d’extrême nécessité. Sa rareté en fait sa grandeur.

Mary poppins Can You Imagine

Luminomagifantastique !

Pour réécrire une suite, il a fallu enrichir l’univers musical mis en place à l’époque par les frères Robert et Richard Sherman pour les chansons et Irwin Kostal pour la partie orchestrale. Ici, c’est Marc Shaiman et Scott Whitman (Hairspray) qui se sont collés à la composition et l’écriture de nouvelles chansons. Tandis que Marc Shaiman a également signé la partition orchestrale du film. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces deux artistes se sont surpassés pour offrir au film ces notes de noblesse. Tout le travail investi dans chaque chanson revêt une allure de perfectionnisme dans la mélodie et la rythmique, toujours omniprésent tout le long. Grâce à eux, le film tient sur des bases solides alors que le défi était forcément immense de succéder aux tubes accrocheurs et éternels des Sherman. C’est une douzaine de chansons qui offre des couleurs bien senties à chaque tableau du (Le) Retour de Mary Poppins. Prologue et épilogue du film, la chanson « Votre Jour de Chance » (« Underneath the) Lovely London Sky ») interprétée par l’allumeur de réverbères Jack (joué par Lin-Manuel Miranda – doublé en français par Pascal Nowak) se prête parfaitement à la contextualisation, l’ouverture et la fermeture du récit, sur fond de poésie londonienne. « Une Conversation » (« A Conversation ») fait également partie de ces morceaux que l’on pourrait retrouver dans beaucoup de musicals scéniques. Elle permet de mieux cerner la psychologie pas si effacée que ça d’un Michael Banks qui a grandi et qui croule sous le poids des responsabilités et de son ascendance. Toute en émotion et en justesse grâce au talent de Ben Whishaw (doublé en français par Jean-Christophe Dollé), elle nous dévoile les enjeux de l’histoire. « A-t-on jamais vu ça ? » (« Can You Imagine That? ») est le premier véritable numéro grandiloquent du film. Très enlevée et magique, elle est chantée par Emily Blunt  (doublé en français par Léovanie Raud) et le jeune casting incarnant la troisième génération Banks. Peut-être un cran en dessous de toutes les autres, elle n’en reste pas moins mélodieuse à souhait et fantasque. La partie animée du film se paye le luxe de non pas une mais deux chansons. Tout d’abord, « The Royal Doulton Music Hall » qui présente le nouveau monde dans lequel se plongent nos héros. Elle n’a d’intérêt que de servir le récit à un moment où il faut nécessairement amener une note joyeuse. « Méfiez-vous des apparences » (« A Cover Is Not the Book ») chantée par Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda et l’ensemble d’animaux est le clou du spectacle. Il amène ce que « Supercalifragilisticexpialidocious » amenait en son temps, la dynamique, le message bien senti, le jeu des mots chantés. C’est l’une des chansons les plus abouties du film. « Où vont les choses » (« The Place Where Lost Things Go ») est l’ode à l’espoir amenée avec émotion par une Emily Blunt toute en finesse et en élégance. Cette douce balade berce le spectateur et tout l’amour de Mary Poppins pour les enfants dont elle est responsable, s’en ressent. « Le monde est devenu fou » (« Turning Turtle ») est le numéro le plus fou du film, inattendu presque par le personnage très singulier qu’incarne Meryl Streep, doublée par Isabelle Ferron en français : une belle surprise offrant du relief musical. La chanson qui résume à merveille toute la poésie du film est sans aucun doute « Luminomagifantastique » (« Trip a Little Light Fantastic »), un slogan à part entière du film même. Reprenant les plus beaux effets artistiques du premier film dans « Chem Cheminée » et « Supercalifragilisticexpialidocious », cette chanson est la valeur sûre de ces deux heures dix d’émerveillement. Elle offre également à Lin-Manuel Miranda sa plus belle prestation, lui qui a tant officié sur les planches auparavant. C’est bien simple : tout y est beau dans cette séquence ! Enfin, « La Magie des Ballons » (« Nowhere to Go But Up ») est un hymne irrésistible comme avait pu l’être « Laissons-le s’envoler » (« Let’s Go Fly a Kite ») en son temps. La chanson rend d’ailleurs un hommage à sa « génitrice » dans ses accords et sa mélodie. On ne peut qu’adhérer à la magie qui en découle grâce notamment à la divine Angela Lansbury appelée à la rescousse pour fermer dignement le ballet musical des chansons du film. Enfin, Marc Shaiman trouve toujours les bons moments pour illustrer musicalement des passages clefs du film avec des airs bien connus du premier film. Ça n’est jamais trop appuyé, toujours amené avec délicatesse qu’on savoure chaque note comme une friandise à la bouche. Le tout permet de lier musicalement l’univers et d’apporter de la cohérence au récit.

Le Retour de Mary Poppins Luminomagifantastique

Que seraient des numéros chantés sans une chorégraphie pointue digne des plus beaux shows de Broadway ? Là encore, Le Retour de Mary Poppins convainc et n’a même rien à envier à son prédécesseur sur ce point. Le travail de Marshall et DeLuca, couplé à celui du chorégraphe Joey Pizzi (Chicago) est tout bonnement incroyable. Le numéro phare du film, « Luminomagifantastique », rend un fier hommage aux grands shows de Fred Astaire et Ginger Rogers. On n’avait pas vu pareille qualité dans l’écriture chorégraphique au cinéma depuis des lustres.

Mary Poppins Emily Blunt

Un casting 5 étoiles

Le casting de la suite de Mary Poppins n’a pas à rougir de son travail. Un choix épineux, il est vrai, s’était posé naturellement. Quelle actrice aurait pu remplacer Julie Andrews sans dénaturer le personnage iconique qu’elle avait créé, au passage, personnage légèrement modifié par rapport aux livres (plus humain) ? Le choix s’est porté sur Emily Blunt, britannique au demeurant, qui avait déjà convaincu dans Into the Woods – Promenons-Nous dans les Bois. Légèrement maniérée par moment dans son interprétation, Blunt excelle malgré tout en succédant à la figure sacrée de Julie Andrews. Quiconque s’inquiète du fait que la jeune actrice tente de rentrer dans les escarpins légendaires de Julie ne devrait pas l’être. Blunt prend le personnage de Mary Poppins à bras le corps et fait d’elle une femme à la fois nouvelle et très familière. C’est très perturbant pour le spectateur qui a presque l’impression de retrouver une vieille amie laissée des années en arrière. La passation de témoin est réussie et c’est sans doute ce qui contribue grandement à la réussite du long-métrage. Même physiquement, c’est troublant ! Certes, il s’agit de Mary Poppins mais son personnage amène quelque-chose de nouveau, de plus profond peut-être par moment et de moins austère aussi à certains endroits du film. En revanche, la codification extrême du mythe demeure : Mary Poppins n’explique jamais ses petits tours et mène la danse pour sauver à nouveau les Banks.

Mary Poppins Emily Blunt 2

 

Julie Andrews avait été amenée de Broadway. C’est aussi le cas en 2018 de Lin-Manuel Miranda, une nouvelle personnalité incontournable du monde de Disney, compositeur des chansons du film d’animation Vaiana, La Légende du Bout du Monde, co-compositeur du remake en « live-action » de La Petite Sirène avec Alan Menken. Son interprétation de Jack, allumeur de réverbères très bohème, amusant et charismatique n’est pas sans rappeler le personnage de Bert dont il se réclame par ailleurs, avec une petite dose de folie en moins peut-être. Les interventions de ce personnage, très bon ami de Mary Poppins, élèvent chaque moment du film au sommet. Lin-Manuel Miranda vient de la scène et ça se ressent à l’écran. Il est sans aucun doute l’acteur le plus à l’aise dans son rôle et se fond littéralement dans la Londres des années 1920.

Mary Poppins Returns Cast

Le paternel Banks n’est plus George mais Michael cette fois-ci. Ben Whishaw offre une prestation digne de ce nom, qui n’a, là aussi, rien à envier à celle de David Tomlinson. C’est sans aucun doute l’acteur qui émeut le plus par sa justesse de jeu, labile et poignant. Il est lui aussi le digne fils successeur de M. Banks et ça se ressent à l’écran. De son côté, Mme Banks n’est plus et n’est pas remplacée. En revanche, Jane Banks est bel et bien présente et assure, d’une certaine manière, la continuité avec sa mère. Emily Mortimer excelle elle aussi dans ce rôle de grande sœur nostalgique et lucide à la fois, qui trouve sa place dans le récit et ne sert pas de faire-valoir, bien au contraire. Elle se complète d’ailleurs à merveille avec son frère.

Ben Whishaw Mary Poppins Colin Firth

On retrouvera également la nouvelle fratrie Banks Junior. Michael a trois enfants à sa charge, Annabel, John et Georgie, joués respectivement par Pixie DaviesNathanael Saleh et Joel Dawson. On ne peut que se prendre d’affection pour ces trois bambins, aux personnalités bien distinctes et aux devenirs très intéressants. Eux aussi ne sont pas là simplement pour servir la soupe au récit des adultes, bien au contraire ! Un personnage fait son retour, celui de la servante Ellen, plus cocasse et pétillante que jamais, jouée cette fois-ci par Julie Walters.

Pixie Davies Mary Poppins

Mais le personnage le plus iconoclaste du film Le Retour de Mary Poppins, reste, à n’en point douter, celui campé par l’immense Meryl Streep, qui incarne la cousine Topsy (d’origine russe) de Mary. L’actrice oscarisée s’amuse véritablement dans ce rôle de composition, qui n’est pas sans rappeler évidemment celui de l’oncle Albert incarné par Ed Wynn dans le premier film. Meryl Streep livre un moment délicieux et très original, confirmant, s’il fallait encore le rappeler, qu’elle peut surprendre encore et encore après des décennies de carrière prestigieuse. M. Wilkins est un personnage de belle stature, joué par un Colin Firth, lui aussi en grande forme. Son rôle de directeur de la Fidélité Fiduciary Bank lui colle à merveille.

Meryl Streep Mary Poppins

Parlons de Dame Angela Lansbury, ô combien attendrissante dans son magnifique rôle de la Dame aux Ballons. La voix originale de Madame Samovar dans La Belle et la Bête offre un tournant ultra-poétique au film et déclame tout son amour pour cet univers qui lui va si bien.

Angela Lansbury Mary Poppins

Comment ne pas aborder enfin le caméo admirablement bien amené par Dick Van Dyke, éternel infatigable du haut de ses 93 printemps, qui retourne littéralement le film à sa première apparition. Celui qui a personnifié plus de 50 ans en arrière le fameux Bert dans la version originale, est de retour, cette fois dans le rôle du propriétaire de la banque où travaille Michael, devenu adulte, Mr Dawes Jr, le fils de Mr Dawes (Déjà incarné par Dick Van Dyke dans le film original de 1964). Il offre une scène mémorable, qui charmera certainement les fans de la première heure. Avec lui, et même sans la participation de Julie Andrews qui a décliné non sans classe, l’invitation de Rob Marshall pour ne pas voler la vedette à Emily Blunt, la boucle est bouclée.

Dike Van Dyke Mary Poppins Returns

Une réalisation so british

Comme c’était le cas en 1964, les studios Disney ont encore préféré jouer la sécurité plutôt que prendre le risque de trop s’éloigner d’un univers finalement bien défini. Rob Marshall succède donc à Robert Stevenson pour mettre en scène les nouvelles aventures de la nounou de P.L. Travers. La vision qu’il en offre ne sort pas des sentiers battus : il se limite à filmer de manière très classique et sobre pour mieux mettre en valeur ses sujets et ses numéros. Certains penseront qu’il s’agit là d’une réalisation un peu ennuyeuse. D’autres y verront le soucis d’un cadrage élégant ancré dans une époque révolue, avec une photographie lisse et ombrée, qui n’est là que pour servir le propos. C’est plutôt bien senti et un trop gros décalage avec le premier film de ce point de vue là, n’aurait peut-être pas été adapté. La réalisation est, on peut le dire, marshalienne, précise, sobre, efficace et sans fioritures. Finalement, c’est toute la magie disneyenne qui peut, dès lors, s’épanouir sur grand écran, avec une réalisation en retrait. On ne peut qu’apprécier l’explosion de couleurs, de fantaisie, d’humour et d’émotion qui traverse l’écran sans aucun trait forcé. On sent que le film puise dans tout ce qui a pu faire la renommée des studios Disney pour en proposer le meilleur cinématographiquement parlant.

Le Retour de Mary Poppins Rob Marshall

De la Magie Disney à l’état pur

Dans ce même esprit, il convient d’aborder la séquence d’animation de ce long-métrage. Dans les pas du premier film, l’hommage rendu passe d’abord par la réutilisation – il faut le souligner dans cette époque du tout-3D au 2D. Voilà qui rendra l’auteur des livres encore amère, d’où qu’elle regarde ce film, Disney réemploie l’animation et à bon escient encore une fois. Tant les personnages que les décors sont savamment créés avec soin. Là encore, la nostalgie prédomine. Les Studios d’Animation Walt Disney ne se sont, en revanche, pas penchés sur ce projet, étant aujourd’hui définitivement portés vers la 3D. C’est donc le Duncan Studio, créé par l’animateur Ken Duncan, qui a justement travaillé pour Disney, qui s’est impliqué dans cette tâche. Soixante-dix animateurs ont travaillé sur le projet. Certains des meilleurs animateurs 2D de Disney se sont affairés à la tâche. Plusieurs sont même sortis de leur retraite pour travailler sur le projet tels que James Baxter (Le Bossu de Notre-Dame) ou Glen Keane (La Petite Sirène) en qualité de consultant. D’autres, encore en activité, comme Eric Goldberg (Aladdin), ont pu participer à la création de cette séquence qualitative. Le résultat aux notes impressionnistes est splendide et nous rappelle combien la 2D manque au Cinéma et à Disney plus généralement. Le travail de la profondeur de champ, des détails, des teintes ou des motifs, transporte le spectateur dans un univers resplendissant, qu’on n’avait pas vu depuis belle lurette. Et même si, en son temps, Walt avait impressionné son public en mélangeant acteurs en chair et en os avec un environnement animé, et qu’aujourd’hui, cette prouesse ne surprend plus, on ne boude pas notre plaisir à revoir des personnages attachants évoluer dans un cadre enchanteur comme celui du Royal Doulton Music Hall par exemple.

Mary Poppins Returns Animation

Dans la même veine, la célèbre costumière Sandy Powell et ses équipes ont créé pour Le Retour de Mary Poppins pas moins de 448 costumes originaux en neuf mois. Il faut revenir sur les éclatantes nouvelles tenues de la nounou des Banks, ne jurant pas avec celles que portait Julie Andrews. Un juste milieu a manifestement été trouvé pour garder une harmonie esthétique propre au personnage tout en marquant la chronologie de la garde-robe (vingt années se sont écoulées). Décrivant à merveille l’Angleterre idyllique et romanesque de Mary Poppins et l’époque de la Grande Dépression, tous les costumes du film trouvent un équilibre visuel qui colle à merveille avec l’environnement du film et notamment ses décors. Le spectacle est garanti. Du Big Ben londonien recréé à l’échelle d’un studio pour les besoins du film à la reconstitution parfaite d’une Allée des Cerisiers magique en passant par les allées pavées d’un Londres en profonde mutation sociale ou la banque d’Angleterre, tous les décors font dans la démesure dans une super-production digne des plus grands films de l’Âge d’Or d’Hollywood, sans pour autant passer pour artificiels.

Le Retour de Mary Poppins Londres

Le Retour de Mary Poppins ne propose pas d’effets spéciaux grandiloquents mais joue avec son passé en proposant des effets visuels minimalistes et techniquement très simples pour une production datant de 2018. Mais c’est ce qui fait aussi son charme, ce plaisir de retrouver des petits trucs ici et là, ces petits instants de magie si propres à cet univers, et qui lui confèrent toute sa dimension dépaysante. Le retour de petits effets techniques comme le parapluie parlant de Mary Poppins ou les objets volants sont suffisants pour nous transporter littéralement. On se laisse bercer dans un autre monde et comme le ferait un bon cru Disney animé, Le Retour de Mary Poppins nous emporte sans mal dans sa féérie envoûtante.

Le Retour de MARY Poppins Cherry Tree Lane

Jouissant d’une promotion hors-normes, le film, proposé pour les fêtes de fin d’année 2018, est prêt à conquérir les nouvelles générations et surtout émerveiller. Car s’il est un film qui se doit d’être vu pour sa capacité à nous extirper de notre quotidien parfois morose, c’est bien celui-là tant il regorge d’espérance, de magie et de foi en la vie et l’avenir. « Rien n’est impossible, même l’impossible ! » Voilà sans aucun doute ce qu’il faut retenir de cette nouvelle aventure, légitimement oscarisable tant ses qualités visuelles et scénaristiques surabondent. Il y a des films comme ça, qui par leur soucis constant de rester populaire et de toucher la grâce artistique, nous permettent de mieux redéfinir les codes essentiels du septième art. Mary Poppins en son temps est devenu un phénomène culturel mondial et un objet cinématographique connu et reconnu, à plus d’un titre. Le Retour de Mary Poppins ne compromet en rien la filiation qu’il impose naturellement avec ce dernier. Tout y est superbe et bien senti ! Rien n’est suranné mais tout y est nostalgique et hommage. La nouvelle génération porte à merveille une histoire dans la droite lignée de ce que l’oncle Walt avait fantasmé puis concrétisé. C’est là sans doute la plus-value du film de Rob Marshall, marcher dans les pas d’un chef d’oeuvre sans en prendre sa place, rendre hommage à toute l’étendue des talents des studios Disney en véhiculant magie, émotion et espérance à travers un savoir-faire exemplaire et qui fait, 54 ans après le premier film, toujours force de loi dans le Cinéma hollywoodien. Le Retour de Mary Poppins est un bijou à voir et à revoir et sans doute le plus bel hommage au Papa de Mickey, dans tous les aspects de sa carrière.

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