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Nous, Toujours – Critique du Court-Métrage Disney

Nous, Toujours (Us Again en version originale) raconte l’histoire d’un homme âgé et de son épouse, qui vivent dans une ville pleine d’effervescence. Ensemble, ils ravivent leur passion de jeunesse et leur appétit de vivre lors d’une nuit magique. Les années s’estompent mais la joie de danser les propulse à travers le paysage urbain de leurs premières années d’union et ravive de bons souvenirs et de belles aspirations.

Une histoire de vieillesse racontée à travers la danse

Quel âge avez-vous réellement dans votre tête ? Êtes-vous en phase avec votre âge réel ? Pensez-vous avoir manqué quelque-chose dans votre jeunesse ? Tant de questions que se posent les sexagénaires et plus. Et dès la trentaine, l’envie de rajeunir se ressent fatalement. Le sujet est exploré de manière poétique à travers la musique et la danse dans le court-métrage Nous, Toujours produit par les Studios d’Animation Walt Disney.

nous toujours

L’idée de ce film naît de l’imagination de l’artiste Zach Parrish. Il fait ses premiers pas dans la réalisation de court-métrages d’animation indépendants en 2006 avec Bananas puis 2007 avec Carried Away. Après avoir travaillé sur l’animation du film Tempête de Boulettes Géantes de Sony Pictures Animation, il rejoint Disney à la fin des années 2000. Engagé d’abord au département des effets visuels pour le film Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton, il entame sa carrière d’animateur au sein des studios de Mickey avec le film Raiponce, puis enchaîne avec Lutins d’Élite : Mission NoëlLutins d’Élite : Méchants Contre Gentils, Zootopie, Vaiana, La Légende du Bout du Monde, Ralph 2.0 et La Reine des Neiges II. Il est également superviseur de l’animation sur Les Mondes de Ralph et chef de l’animation sur Les Nouveaux Héros. En 2020, il signe son premier film chez Disney, Flaques d’Eau, un court-métrage animé faisant partie du programme expérimental Short Circuit, disponible sur Disney+.

Nous, Toujours, l’histoire de famille de Zach Parrish

Si l’on met de côté les courts du programme Short Circuit, qui ont bénéficié d’une exploitation limitée au El Capitan Theatre aux États-Unis, Nous, Toujours constitue le premier vrai court-métrage d’animation de Disney destiné au cinéma depuis cinq ans, le dernier en date étant Joyeuses Fêtes avec Olaf. Disney souhaite en effet renouer avec le genre en profitant de la sortie de Raya et le Dernier Dragon dans les salles de cinéma outre-Atlantique notamment, en lui adjoignant un cartoon en première partie. Nous, Toujours est ensuite mis à disposition des utilisateurs de Disney+ dès le 4 juin 2021 partout dans le monde.

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Le projet est soumis à Jennifer Lee, directrice des Studios d’Animation Walt Disney, qui le sélectionne parmi d’autres, pour être produit. Avant même que cette opportunité se présente à lui, le réalisateur a déjà en tête ce projet un an à l’avance et s’inspire de sa propre vie pour imaginer l’histoire relatée sur un plus de six minutes. Zach Parrish se remémore alors un moment de sa vie où il déplorait voir son corps vieillir. Il converse ensuite avec sa mère au sujet de ses grand-parents. Dans sa tête, un sujet de réflexion sur le temps qui passe et la signification de la vieillesse mûrit. Par ailleurs, il fait le constat d’une dichotomie évidente entre ses grand-parents maternels et paternels – les uns ont vendu leur maison et acheté un camping-car pour voyager aux États-Unis et aller découvrir les parcs nationaux, tandis que les autres sont restés plutôt sédentaires sur la fin de leur vie. Ces souvenirs lui ont permis d’imaginer une histoire qui examinerait ce que veut dire selon lui la vieillesse et le sens de la vie.

Keone et Mari Madrid donnent vie à Art et Dot

Pour rendre son propos plus lisible et universel, le cinéaste fait le choix de ne pas utiliser de dialogues ni de paroles chantées, en privilégiant l’image et l’animation des corps. On suit alors un couple âgé dans leur appartement dans une ville vibrante à la New York. Le mari, Art, se sent trop fatigué pour utiliser sa canne et sortir dehors et préfère rester dans son fauteuil inclinable devant sa télévision (qui glisse un Easter Egg au passage) alors que sa femme, Dot, a encore l’énergie pour sortir. Par une nuit pluvieuse s’abattant sur la ville, chassés de leur appartement, ils découvrent qu’ils peuvent redevenir jeunes tant qu’ils restent sous le nuage de pluie enchantée. Leur corps rajeunit et ils se mettent à revivre leurs plus beaux souvenirs de jeunesse, rappelant au spectateur que la vieillesse se passe aussi beaucoup dans la tête.

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Art et Dot

L’écriture parlée laisse donc la place à l’écriture chorégraphique. Nous, Toujours allie pantomime animée à une danse expressive dans une séquence très bien évoquer le final d’Un Américain à Paris ou une suite de La La Land. C’est donc un monde de danse qui nous est présenté ici, où tout se passe par le mouvement des corps à en devenir presque aliénant si l’on se place du point de vue de la version âgée de Art, qui n’a plus le goût pour ce petit brin de folie. Sorte d’exacérbation des émotions, la danse, principalement d’inspiration modern-jazz et hip-hop. Les chorégraphes et danseurs primés Keone et Mari (qui ont participé à l’émission World of Dance et sont réputés pour leurs collaborations avec les plus grands talents tels que Justin Bieber et Billie Eilish) ont apporté leur talent à cette création expérimentale. Couple à la scène comme à la ville, leur narration dans les corps du couple permet de soutenir l’émotion avec des moments de transe, de grâce ou de douceur, des simples mouvements de tête ou de main à de vrais pas plus athlétiques. Et il n’y a en effet pas besoin de mots.

Un hommage appuyé à Chantons sous la Pluie et d’autres films

La musique est le deuxième élément fondamental qui vient remplacer le dialogue conventionnel. C’est la compositrice Pinar Toprak (Captain Marvel) qui s’est chargée de mettre en musique Nous, Toujours. Comme les chorégraphes, elle se sert à la fois du décor de ville vibrante d’énergie et du regain de jeunesse des personnages pour apporter un style jazz contemporain, rendant l’ambiance optimiste et rythmée.



La ville elle-même est tout aussi vibrante, avec une chaussée mouillée reflétant les lumières colorées qui brillent sur les bâtiments et des enseignes. Évoquant quelque peu la ville de San Fransokyo des (Les) Nouveaux Héros, film sur lequel Zach Parrish a justement travaillé, Il y a une belle dichotomie entre l’énergie de la ville et la musique juxtaposée aux corps subissant le cours du temps et aux limitations qu’impose votre esprit.

La ville face à l’art

Visuellement, le court-métrage reste très sobre. C’est tout le paradoxe. Les décors citadins semblent grandiloquents mais s’effacent toujours pour mettre en avant le couple de danseurs qui remontent le fil de leur vie. Le film rend hommage au passage durant quelques secondes à la séquence « Rhapsody in Blue » du long-métrage Fantasia 2000 et vous pourrez même apercevoir l’arcade des (Les) Mondes de Ralph dans le générique de fin.

Nous, Toujours a beaucoup à dire sans utiliser un seul mot. Dans une tempête de pluie enchantée inexplicable comme le symbole d’une fontaine de jouvence, un couple de personnes âgées se souvient de leur exubérance juvénile dans un tourbillon de vie métropolitaine, un cadeau rare à un moment où ils en ont le plus besoin. L’ensemble se tient à merveille. Le contraste entre l’art et la ville a toujours fonctionné en prises de vue réelles et marche également ici en images de synthèse, nous plongeant à la fois dans une atmosphère nostalgique et irréelle et une réflexion sur le sens de ce que veut dire grandir mentalement autant que physiquement.

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