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Raya et le Dernier Dragon – Critique du Film Disney

Après les succès rencontrés par Les Mondes de Ralph, Les Nouveaux Héros ou encore Zootopie, les Studios d’Animation Walt Disney renouent pour leur neuvième décennie de production de long-métrages avec le genre de l’action dans Raya et le Dernier Dragon, qui se paye également le luxe d’offrir une nouvelle fresque fantastique. Inspiré par les cultures et le folklore de l’Asie du Sud-Est, ce film se présente aux premiers abords comme une sorte de mélange entre une aventure à la Vaiana, La Légende du Bout du Monde et certains des films les plus audacieux du studio Ghibli, en particulier Nausicaä de la Vallée du Vent et Princesse Mononoké. Mais le 59e Grand Classique produit par les studios de Walt garde malgré tout une signature disneyenne offrant des moments inspirants et une galerie de personnages adorables. Si l’ensemble se tient, il ne laisse pas pour autant un souvenir impérissable au spectateur.

Dragon Empire, l’ébauche de Raya et le Dernier Dragon

Il faut remonter à l’année 2018 pour entendre parler pour la première fois de ce projet des studios Disney, déjà à l’étude depuis quelques années. Baptisé à l’époque Dragon Empire, ce film est alors développé par les réalisateurs Paul Briggs et Dean Wellins.

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Ayant étudié à la Kansas City Art Institute, Paul Briggs démarre sa carrière au sein des Studios d’Animation Walt Disney en 1997 en tant que stagiaire en travaillant sur les effets visuels du film Hercule ; il est par la suite embauché à plein temps. On le retrouvera aux effets visuels de Mulan, Tarzan, Lilo & Stitch et Frère des Ours. Il s’oriente ensuite vers la supervision de l’histoire dès Volt, Star Malgré Lui. Après avoir participé à la création des intrigues de La Princesse et la Grenouille, Raiponce, Gnoméo & Juliette, Winnie l’Ourson et Mickey, A Cheval !, il se voit confier la tâche de superviser le storyboard de La Reine des Neiges et Les Nouveaux Héros. Il revient après travailler sur l’histoire de Ralph 2.0. Il s’adonne également au doublage de personnages secondaires chez Disney notamment Marshmallow dans la saga La Reine des Neiges et ses films et jeux dérivés et Yama dans la série Baymax et les Nouveaux Héros.

Accepté au sein du programme d’animation de personnages à la prestigieuse CalArts, Dean Wellins fait ses classes dans les années 1990 dans plusieurs studios. Crédité comme animateur sur Richard au Pays des Livres Magiques, le jeu vidéo Gargoyles, Les 101 Dalmatiens, La Série, il rejoint la production du (Le) Géant de Fer de Warner Bros. en tant qu’animateur superviseur. Ça n’est qu’au début des années 2000 qu’il fait ses premiers pas en tant qu’artiste des Studios d’Animation Walt Disney, participant tout d’abord à l’animation du personnage de Jim Hawkins dans La Planète au Trésor, Un Nouvel Universe. Il participe ensuite à la création de l’histoire de Chicken Little et Volt, Star Malgré Lui. Il revient à l’animation dans La Princesse et la Grenouille, plus précisément sur le personnage du Dr. Facilier. En 2007, il signe son premier court-métrage pour Disney, Tick Tock Tale. En parallèle, il continue de travailler sur les histoires de Raiponce, La Reine des Neiges, Les Nouveaux Héros, Zootopie, Vaiana, La Légende du Bout du Monde et Ralph 2.0.

Une producton tumultueuse

Les rejoignent sur le projet la scénariste Kiel Murray (Cars, Quatres Roues et Cars 3) et la productrice Osnat Shurer. Dès le départ, Raya et le Dernier Dragon ou plutôt Dragon Empire est envisagé comme un Disney non musical et une histoire qui n’est pas basée sur un conte de fées existant. L’héroïne imaginée s’appelle Jan-Nin, et est accompagnée dans son périple d’un mentor âgé de 900 ans, Bolin, et d’un personnage masculin secondaire, Katsu. Le film, rendant hommage à plusieurs pays asiatiques, est alors planifié pour 2020, année de sortie également du remake de Mulan en prises de vue réelles. Cependant, dès 2018, le scénario se voit profondément remanié avec l’arrivée d’Adele Lim (principalement connue pour avoir signé le scénario de Crazy Rich Asians) au poste de co-scénariste. L’année suivante, l’équipe créative vient présenter le projet à la convention D23 Expo.

On constate alors que les personnages ont changé et la jeune héroïne est officiellement rebaptisée Raya. Le casting vocal original est révélé : Cassie Steele prête sa voix à la protagoniste principale tandis que Awkwafina est Sisu, le dragon mythique qui l’accompagne dans sa quête. Le titre officiel du film, Raya and the Last Dragon, est dévoilé et les premières images sont révélées lors du panel consacré aux Walt Disney Studios. L’histoire nous est enfin présentée : dans un monde fantastique, Raya tente le tout pour le tout, raviver la lumière, sauver son royaume de Kumandra, composé de cinq régions et ancien domaine des dragons aujourd’hui tous disparus. Kumandra est envahi par des forces maléfiques et la jeune guerrière Raya se donne pour mission de retrouver le dernier dragon pour défendre sa patrie. S’en suit une épopée fantastique.

La production d’un film d’animation, qui plus est labellisé Disney, est loin d’être un long fleuve tranquille, si bien qu’en août 2020 – en pleine pandémie mondiale, Disney annonce plusieurs changements dans la production de Raya et le Dernier Dragon. Tout d’abord, l’héroïne perd sa voix originale au profit de l’actrice Kelly Marie Tran (qui incarne le personnage de Rose Tico dans Star Wars : Les Derniers Jedi et Star Wars : L’Ascension de Skywalker), afin d’apporter plus de légèreté et de « swagg » à ce personnage, jugé beaucoup trop stoïque dans les premières ébauches du scénario. Kelly Marie Tran avait d’ailleurs passé les auditions originales pour incarner Raya et a dû passer par un processus d’apprentissage, une fois embauchée, afin d’être mise en confiance avec les équipes créatives, puisqu’on lui avait refusé le rôle au départ. De plus, la refonte ne s’arrête pas au personnage principal. C’est bien une grande partie de l’histoire qui est revue. En conséquence, on apprend que Don Hall (réalisateur de Winnie l’Ourson et Les Nouveaux Héros) est engagé comme réalisateur principal sur le film. Il est rejoint par Carlos López Estrad , ce dernier ayant démarré chez Disney en 2019. Ils prennent les rênes du projet tandis que Paul Briggs reste à bord en tant que simple co-réalisateur. L’animateur et storyboardeur John Ripa (Vaiana, La Légende du Bout du Monde, Zootopie) rejoint lui aussi le projet en qualité de co-réalisateur. La production du film reprend à vive allure, avec des bases plus créatives moins floues et une direction artistique plus claire. Pour conforter cette idée, Jennifer Lee, directrice des Studios d’Animation Walt Disney, décide d’engager Qui Nguyen pour aider Adele Lim à peaufiner le scénario tandis que Peter Del Vecho (La Reine des Neiges) est adjoint à la production.

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Don Hall et Carlos López Estrada à la rescousse

Don Hall n’est donc clairement pas un inconnu chez Disney. C’est son profil chevronné qui permet à la production de Raya et le Dernier Dragon d’être finalisée dans les temps. Les aspirations de Don Hall à travailler pour Disney se sont développées à un âge précoce. Il a étudié l’histoire de l’animation et réalisé ses premiers films sur une caméra d’animation Oxbury tout en étudiant le dessin et la peinture à la fin des années 80. Après avoir obtenu son baccalauréat en beaux-arts en 1991, il a déménagé pour obtenir un diplôme du California Institute of the Arts en 1995 et prendre un emploi dans son entreprise préférée, Disney. Il est devenu artiste d’histoire pour les films Tarzan, Kuzco, L’Empereur Mégalo et Chicken Little. Il a également été responsable de l’histoire de Bienvenue chez les Robinson et La Princesse et la Grenouille. En 2011, il fait ses débuts en tant que réalisateur avec Winnie l’Ourson et voit son projet rêvé d’adaptation du comics Big Hero 6 être accepté par son supérieur John Lasseter. Le film Les Nouveaux Héros sort en 2015 et obtient l’Oscar du Meilleur Film d’Animation. Il vient enfin prêter main forte à Ron Clements et John Musker à développer Vaiana, La Légende du Bout du Monde.

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Carlos López Estrada démarre sa carrière en signant le court-métrage Identity Theft présenté au Festival international des Court-Métrages de Palm Springs. C’est son premier long-métrage en prises de vue réelles Blindspotting avec Daveed Diggs, qui lui permet de se faire un nom en 2017. En 2018, il réalise le deuxième épisode de la dernière saison de la série Legion. En octobre 2019, il rejoint les Studios d’Animation Walt Disney pour épauler Don Hall et ses équipes à la réalisation de Raya et le Dernier Dragon. Il est également chargé de développer un remake de Robin des Bois en images de synthèse et de mettre en scène un nouveau long-métrage original pour Disney toujours.

Le Disney de la pandémie de la COVID-19

Sans que cela ait été intentionnel, le film Raya et le Dernier Dragon sonne au final comme un vibrant message face à l’actualité de 2020. Il offre à voir plusieurs niveaux de lecture dont un forcément évident évoquant une sorte de dystopie désorientée préparant ses héros à la fin d’une ère chaotique et ses spectateurs à celle d’une période difficile du fait notamment de la pandémie. Le film sort en effet simultanément le 5 mars 2021 sur Disney+ et au cinéma outre-Atlantique. Au départ prévu pour être le Disney de Noël 2020, il cède finalement sa place à Soul à cause du chamboulement provoqué dans l’industrie du cinéma par la crise sanitaire mondiale. Outre les différents problèmes créatifs rencontrés en interne, c’est donc dans un contexte compliqué que la production du film s’est faite puisque les artistes, animateurs comme comédiens, ont dû rester confinés chez eux et terminer le film durant plusieurs mois. Au final, le film n’a pas à rougir de ses prédécesseurs dans sa réalisation visuelle quand on connait le contexte délicat dans lequel il a été fabriqué. On pourrait même dire que les retards liés à la pandémie ont pu être probablement bénéfiques.

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Le produit final rester malgré tout clivant. Certes, le film est une production raffinée, autant bourrée d’action que d’aventure fantastique. En cela, personne ne pourra nier l’affiliation directe du film à son studio, amenant sans mal la touche de magie Disney, qui fait la réputation du studio. Tout dans ce film a l’air en effet beau, soigné et maîtrisé. Aucune faute de goût n’est vraiment à relever. Le film réussit d’ailleurs à s’inscrire dans la lignée d’autres films de princesses Disney, sans pour autant proposer la moindre séquence musicale forte, un exploit à souligner. Mais c’est justement dans ce déroulé somme toute classique que l’originalité a ses limites. Le contenu reste inédit, mais le contenant n’est qu’une simple redite et, mis à part lors de son final, à aucun moment le film n’arrive à atteindre une pointe d’émotion ou de surprise qui le rendrait singulier. Au contraire, Raya et le Dernier Dragon souffre en permanence, bien plus que nombre des films précédents produits par le studio, de comparaison avec d’autres œuvres, si bien qu’il finit par en être réduit à une sorte de pastiche hybride de tout ce qui se fait de bien chez Disney depuis plus de dix ans.

Un scénario hélas bien trop lisse et creux

L’indigence du récit de Raya et le Dernier Dragon est probablement son gros point noir. Sans être mauvais, il n’amène jamais la fraîcheur que le spectateur est en droit d’attendre d’un Grand Classique Disney, d’autant qu’il s’agit là d’une culture et d’un monde totalement inédits pour les Studios d’Animation Walt Disney. Au contraire, le film se réclame presque ouvertement de grandes épopées comme Vaiana, La Légende du Bout du Monde, La Reine des Neiges ou Atlantide, l’Empire Perdu, usant des mêmes effets scénaristiques. Il ne permet pas, en outre, à son héroïne de s’émanciper de celles qui lui ont succédées. Ainsi, dans une histoire convenue au possible, déjà vue mille fois chez Disney, l’héroïne peut facilement elle aussi être comparée à une Vaiana ou une Mulan dans les motivations qui l’habitent. Bref, l’histoire par son manque cruel d’originalité démontre très clairement les failles béantes rencontrées dans la tumultueuse production du film, où plusieurs scénaristes et réalisateurs ont accouché d’un film faisant la synthèse de plusieurs années de développement.

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La maestria des studios à Hollywood en terme d’immersion reste quant à elle sauve. Disney parvient à proposer un spectacle des plus merveilleux ; c’est d’autant plus frustant quand l’histoire ne suit pas derrière. Raya et le Dernier Dragon se déroule dans le monde fantastique de Kumandra, un royaume qui est divisé en cinq régions distinctes inspirées de la mythologie des dragons. Ainsi, le voyage de Raya l’entraîne à travers les terres de Cœur du Dragon, où elle vit, qui est prospère et où règne la paix et la magie ; Croc du Dragon une terre puissante et prospère entourée d’eau ; Dos du Dragon, une terre insulaire et isolée dont les habitants se méfient des étrangers ; Griffe du Dragon, le carrefour des cinq terres et un marché animé ; et Queue du Dragon, une contrée lointaine et désertique qui s’isole de plus en plus à mesure que l’eau recule. Chaque pays de Kumandra possède sa propre topographie, architecture et personnalité, toutes influencées par les pays d’Asie du Sud-Est. Les environnements naturels impliquent des matériaux de construction différents qui ont un sens pour chaque peuple. Par exemple, la terre de Cœur du Dragon est liée au dragon, qui lui-même est lié à l’eau, donc les bâtiments, les pièces, etc. sont en forme de goutte, avec des lignes courbes. Alors que dans la terre de Croc du Dragon, tout est question de pouvoir, donc les structures sont puissantes et de taille imposante. Les différentes ambiances proposées invitent clairement à l’évasion et au dépaysement le plus total. Tout est beau !

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La beauté et la richesse de Kumandra

Chaque clan issu des régions de Kumandra a aussi sa propre éthique et les traditions diffèrent d’une tribu à une autre. On peut notamment le voir à travers les habits, les coiffures, les comportements sociaux et les langages, le tout dans un souci réaliste absolu. Pour donner vie à ce monde, des artistes ont effectué des voyages au Cambodge, au Laos, en Indonésie, en Thaïlande, en Malaisie, à Singapour et au Vietnam. « Nous nous sommes engagés, ainsi que tous nos collaborateurs, à mener des recherches approfondies, un engagement communautaire et une collaboration constante avec nos départements culturels », a déclaré le co-réalisateur Carlos López Estrada lors d’une entrevue avec la presse américaine. Disney a également travaillé en étroite collaboration avec leur « Southeast Asia Story Trust », un comité réunissant des spécialistes dans divers domaines, notamment l’anthropologie visuelle, la linguistique, la botanique, la chorégraphie, l’architecture, les artistes martiaux et d’autres disciplines.

Le film suit donc une fille nommée Raya (dont la voix originale est signée Kelly Marie Tran et la voix française Émilie Rault), qui est princesse de son pays et Gardienne de la pierre du dragon – un titre qu’elle partage avec son père bien-aimé, Benja (VO : Daniel Dae Kim ; VF : Frédéric Chau), chef de la terre de Cœur du Dragon. Raya et son père travaillent ensemble pour protéger la pierre magique, mais lorsqu’elle est trompée par la princesse de Fang, Namaari (VO : Gemma Chan ; VF : Jade Phan-Gia), la gemme se brise et les Druun reviennent, laissant Raya seule alors que son père est transformé en pierre. Avec seulement une rumeur selon laquelle le dernier dragon a survécu, Raya se met à la recherche du dragon mythique Sisu dans l’espoir de pouvoir réunir les éclats de pierres précieuses et rétablir la paix sur Kumandra. En grandissant, Raya devient une farouche guerrière à l’esprit aussi affûté que sa lame, et elle se lance dans une grande quête pour sauver le monde.

Une vraie épopée mêlant Mad Max, Lara Croft et Le Seigneur des Anneaux

S’en suit durant 95 minutes (sans crédits) une escapade effrénée. Le rythme du film, est, il vrai, assez intense même si le récit s’accorde par moments quelques moments de répit bienvenus. Mais ce qu’on retiendra avant tout, c’est l’effort des équipes créatives pour décrire un monde post-apocalyptique dans lequel évolue notre héroïne et les amis qu’elle rencontre au fur et à mesure de son périple. Dès lors, on était en droit de se demander si les enjeux émotionnels n’allaient pas être mis de côté. On en ressort encore une fois très mitigé car si les scènes d’action ont le mérite de convaincre le spectateur par le réalisme et la précision de la mise en scène, les moments plus doux où les personnages échangent entre eux, manquent cruellement d’authenticité. Les scènes d’humour, très potaches et lourdes, s’inspirant dans une petite mesure de Kuzco, L’Empereur Mégalo, n’apportent quasiment rien à la communion espérée de la petite équipe de héros. Le personnage du dragon Sisu, est, durant une bonne partie de l’histoire, réduit justement à son rôle d’amuseuse, par ses phrases drôles et sa maladresse, se confrontant à la réalité du monde qui l’entoure. Malheureusement, si Awkwafina pour la VO et Géraldine Nakache pour la VF, font de leur mieux pour essayer de proposer une itération du Génie ou de Maui dans leur interprétation, cela se transforme vite en pastiche de Mushu, avec la subtilité en moins. La faute à un scénario qui néglige finalement tous les seconds rôles en les exploitant très mal. Seules les quelques scènes d’émotion pourront ravir une partie des spectateurs.

Par ailleurs, tout semble trop beau et prévisible dans cette quête initiatique – y compris les rencontres que fait Raya. Son voyage pour réunir les fragments de gemme du Dragon semble trop facile. Les défis, proposés à chaque étape dans un pays différent, sont tous relevés avec succès sans aucune subtilité. Cela manque d’aspérités pour réellement parler d’une quête fantastique au sens noble du terme. Il n’en reste pas moins que le film propose quelques séquences haletantes comme la course-poursuite en plein canyon, qui pourrait évoquer Mad Max, permettant à Raya d’embrasser véritablement son statut de guerrière et aventurière. Il faut également saluer le travail effectué sur les scènes de combat, rendant un fier hommage, par des chorégraphies poussées et proches de la réalité, aux grands films de kung-fu.

Un conte Disney original

Si ce voyage semble de prime abord très facile, il n’en reste pas moins original dans le contenu mythologique qu’il propose, si bien qu’il est difficile de situer Raya et le Dernier Dragon dans le paysage cinématographique et littéraire. Bon point ! Là où Pixar se contentait avec En Avant de rendre hommage au genre de la fantasy, Disney va plus loin en créant sa propre Terre du Milieu, avec ses codes ethniques et ses croyances. La magie est omniprésente dans ce conte. Tout d’abord, elle s’incarne de manière maléfique par les Druun, sorte d’esprits vaporeux et éthérés, informes et destructeurs, nés des conflits humains. D’un simple effleurement, les Druun transforment une personne en statue de pierre et se multiplie. L’eau le repousse, mais seul le Pouvoir du Dragon peut le détruire. Les bases d’un vrai périple fantastique sont posées. S’ajoutent également la quête en elle-même, qui progresse grâce à des petits indices comme une carte etc. Certains des personnages qui gravitent autour de Raya participent de cet esprit comme le meilleur ami de Raya depuis sa plus tendre enfance, Tuk Tuk, à la fois cloporte, animal de compagnie et véhicule tout-terrain quand il grandit. En VO, c’est Alan Tudyk qui lui donne vie et en VF, c’est Bruno Magne. Autres animaux fantastiques, les Ongis. Moitié singes, moitié poissons-chats, les trois créatures sont des escrocs très ingénieux qui exercent leurs discutables talents dans le port de Griffe du Dragon. Ils font tout ensemble, y compris élever une petite merveille de deux ans nommée Noi (VO : Thalia Tran ; VF : Adeline Chétail). Enfin, les dragons participent grandement de cette mythologie foisonnante. Ces créatures occupent une place importante dans la culture asiatique. Elles sont très aimées par les peuples et non craints. Ce sont des êtres différents de ceux que l’on peut voir par exemple dans Game of Thrones. Ils sont synonymes de chance. Ils symbolisent le principe de vie et la force d’âme.

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Le film Raya et le Dernier Dragon appuie son récit sur deux thèmes récurrents et complémentaires, le vivre-ensemble et la notion de confiance. Le premier thème semble assez évident, compte-tenu de la topographie du royaume de Kumandra et des enjeux qui entourent la quête de Raya, qui doit réunifier tous les pays et ainsi préserver la paix. La dimension d’unité passe d’abord par celle de l’équipe formée inconsciemment par Raya ; elle est presque la condition sinéquanone pour justement permettre aux peuples de se rassembler de nouveau en une même nation. Le principe sur le papier est sympathique mais difficilement transposable à la réalité. Il est même assez étrange de constater que les personnes impliquées dans le chaos au départ n’aient pas, un minimum travaillé ensemble afin de sauver leur royaume, au moment où la catastrophe est arrivée. C’est le deuxième thème de la morale de l’histoire, la confiance. Il est entendu que son absence provoque le conflit qui entraîne la disparition du monde au départ. Mais si elle est vraiment fragile, pourquoi Disney propose par la suite des personnages secondaires si fades, qui se font justement confiance presque aveuglément les uns aux autres ? Le principe d’accorder sa confiance à quelqu’un qui peut être votre ennemi est valable, même si tout au long du récit, Raya est souvent honteuse de se méfier de la seule personne qui a causé les circonstances horribles de cette ère post-apocalyptique. Il s’agit de Namaari (VO : Gemma Chan ; VF : Jade Phan-Gia), fille de la cheffe de la terre de Croc du Dragon et guerrière implacable, qui (comme nous le voyons dans le prologue) se lie d’amitié avec l’héroïne pour finir par la trahir. Raya et Namaari ont une relation conflictuelle et amicale qui est un fil rouge du récit. Pourtant, le dragon Sisu n’a de cesse de rappeler à Raya (quitte à la faire culpabiliser presque) qu’elle doit malgré tout redonner sa confiance à la personne qui a semé le chaos dans son monde : c’est un peu gros et forcément symptomatique des schémas de narration de certains films Disney de notre époque, où les enjeux sont beaucoup trop lissés, sous couvert de subtilité scénaristique.

Les personnages de Raya et le Dernier Dragon

Raya rencontre également sur son chemin d’autres personnages, encombrant un peu plus l’histoire. Ils souffrent eux aussi d’un manque de profondeur malgré, quelques scènes émouvantes, comme mentionné plus haut. Derrière le physique massif, austère et féroce de Tong (VO : Benedict Wong ; VF : Paul Borne), le bûcheron solitaire cache un cœur d’or qui fond devant les tout-petits. À la fois rude et doux, c’est vraiment un formidable géant. Enfin, vif et débrouillard, Boun (VO : Izaac Wang ; VF : Aloïs Le Labourier Tiêu) est un gamin des rues qui vit sur la terre de Queue du Dragon. Précoce, c’est un adulte dans un corps d’enfant, autonome toujours prêt à faire des affaires. Il est le « propriétaire, directeur, chef cuisinier et capitaine » de son bateau, le Palais de la crevette. Mais au fond, Boun est un enfant vulnérable qui a perdu ses parents à cause du Druun.

Globalement, l’animation des personnages est de très bonne facture. L’idée est d’apporter suffisament de réalisme pour permettre aux protagonistes de Raya et le Dernier Dragon de se détacher de ce à quoi les spectateurs ont été habitués dans les films précédents des studios. Et cela fonctionne globalement à ceci près, que sans les codes disneyens, la comparaison avec DreamWorks peut être vite faite. Certains personnages, en revanche, peuvent évoquer d’anciens personnages de Disney. Boun peut faire penser au garçon danseur de hip-hop dans Vaiana, La Légende du Bout du Monde et Tong ressemble étrangement à la Main Froide dans Raiponce avec juste quelques modifications. Les dragons quant à eux sont plutôt réussis même si leurs visages peuvent évoquer le style très simple de ceux créés pour la dernière série Mon Petit Poney. L’animation de pointe cède certaines fois sa place à des moments plus ou moins bien choisis en animation semi-traditionnelle mêlant 2D et 3D. Mais ce qui fait l’unanimité reste sans aucun doute l’époustouflant travail fourni sur l’esthétique globale et les décors de Kumandra – un Pandora bis ! Les lumières et la photographie subliment des paysages à couper le souffle et le spectacle est garanti durant plus d’une heure et demi. On se laisserait même avoir à certains moments, pensant qu’il s’agit de séquences en prises de vue réelles comme quand l’eau est animée, alors qu’il s’agit bien d’images de synthèse. Le choix des couleurs tant dans la nature que l’architecture participe aussi de cet émerveillement constant, proposant des palettes originales typiques de ce que l’on peut voir dans certains pays d’Asie du sud-est. On n’a qu’une seule envie : voir un jour ce royaume s’ériger dans un Parc Disney !

Une partition envoûtante

Si Raya et le Dernier Dragon n’est pas une comédie musicale, la partition de James Newton Howard (Dinosaure, Atlantide, L’Empire Perdu, La Planète au Trésor : Un Nouvel Univers, Maléfique) ajoute beaucoup à la magie du film. Les sonorités mêlent subtilement le foklore asiatique à une dimension épique magistrale. L’un des moments les plus inoubliables qui nous revient est quand la sublime envolée musicale du compositeur se mêle à celle de Sisu acquérant de nouvelles capacités après être entrée en contact avec des éclats de la gemme du Dragon. La bande-originale, faite de chœurs vibrants et de cordes, reste en tête un bon moment après le générique de fin, et pourrait très bien se faire une place à la prochaine cérémonie des Oscars. La chanson « Lead the Way », interprétée par Jhené Aiko, accompagne les crédits de fin mais, pour le coup, est totalement oubliable.

raya et le dernier dragon

Raya et le Dernier Dragon sort donc partout dans le monde simultanément sur Disney+ en Accès Premium et au cinéma à partir du 5 mars 2021. Prévu au départ comme le Disney de Noël 2020, il se voit repoussé à mars 2021 du fait de la fermeture prolongée des cinémas un peu partout sur le globe. La France sort le film seulement à partir du 4 juin 2021 exclusivement sur Disney+ et sans surcoût d’abonnement. Cela s’explique simplement par le fait que la filiale française, dépendante encore de la chronologie des médias, ne peut appliquer la même stratégie que dans les autres pays. Un choix drastique devait s’opérer : Disney+ ou les salles de cinéma. La deuxième option est envisagée alors que la pandémie sévit encore et que les cinémas ne rouvrent pas. Le film est plusieurs fois repoussé au printemps et Disney France se résout finalement à annuler sa sortie cinéma dans l’Hexagone, la date fatidique du 4 juin approchant, marquant la mise en ligne du film gratuitement sur Disney+ partout dans le monde. Si Disney France avait voulu maintenir une sortie en salles à la fin du printemps, soit plus de trois mois après sa mise à disposition des spectateurs dans le reste du monde, cela n’aurait pas été viable pour plusieurs raisons : la faible fenêtre d’exposition du fait de l’embouteillage des sorties avec la réouverture des salles, la fin de la période de médiatisation du film, Disney étant tourné désormais vers Luca, Black Widow et Jungle Cruise et enfin la disponibilité très facile du film sur la toile (avec ou sans piratage).

Une intrigue passable, un ressenti fort

Au final, le film est appréciable davantage pour le ressenti qu’il offre au spectateur que pour son intrigue, qui remplit toutes les cases sans jamais décoller. Il plaira probablement aux plus jeunes en leur proposant une histoire sans complexité sauf au moment de sa résolution, moins conventionnelle qu’en n’en a l’air, même si très discutable sur bien des aspects philosophiques. L’histoire, plus adaptée aux jeunes dans les enjeux et le projet commercial (autant de personnages monétisables !) laissera indifférent une partie des adultes. Certes, nous sommes, une fois encore, gâtés par Disney, pour l’animation absolument superbe et la musique envoûtante que propose cette production qui s’est faite non sans mal, mais le film est moins poignant et engageant que tous les autres Disney de la dernière décennie. Si vous voulez une comédie d’aventure incroyablement animée qui met en avant des personnages plus ou moins amusants, une représentation apparemment authentique de l’Asie du sud-East, des performances vocales solides, des scènes de poursuite fortes et des combats à l’épée sans blessures, ce film a tous les ingrédients qui vous plairont. Mais il ne suffit pas d’une formule commerciale efficace pour faire un bon Disney.

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2 Commentaires

Rosedesvents2001 15 juin 2021 at 19 h 28 min

Je suis d’accord avec vous Disneyphile, un Disney très beau visuellement mais une histoire banale. Par contre, la musique est vraiment magnifique. Un gros coup de cœur sachant que c’était créé par James Newton Howard qui à part « Maléfique » n’a pas marqué les esprits avec ses autres films.

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pepou81 6 juin 2021 at 1 h 23 min

Étant d’origine asiatique, le film m’a énormément plu. La culture sud-asiatique est extrêmement bien retranscrite (enlever ses chaussures avant de pénétrer dans un lieu sacré, sa gastronomie métissée entre les pays avoisinant, ses rites, le salut, qui va être repris dans un mouvement pro-democratie ?)
L’univers du film est tellement riche, qu’on aurait souhaité que le film dure plus longtemps pour exploiter les différents pays et développer les personnages secondaires, qui sont juste survolés (dans une suite, qui raconterait les 6 années d’ellipse de tous les personnages, cette partie aurait apporté plus de substances aux personnages et une intensité dramatique jamais vu, même si désarmorcé dès le début, il est raconté que la pierre a permis aux gens de revenir à l’état normal ).
Aucune chanson, j’ai été surpris, le premier film de « princesse » sans chanson, un aspect moins niais pour certains (qui est rédhibitoire pour certains adultes).
Le déroulement de l’histoire est simple et sans accroc, c’est plutôt un film d’ambiance, où on voyage.
Très beaux combats, jamais vu aussi bien chorégraphié dans un Disney, voir d’autres productions américaines.
Dans d’autres circonstances, il aurait mérité de sortir au cinéma, tellement le film est beau (techniquement au niveau de Coco).
Le final au pays Fang est bouleversant (pour mon petit cœur de Papa) quand Boun décide de faire confiance, j’ai été submergé par l’émotion.
La thématique du vivre-ensemble et de la confiance à un inconnu est une thématique intéressante à aborder et d’actualité.
Peut-être considéré comme mineur à sa sortie par certains, il deviendra un grand classique.

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