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Courtoisie de Marvel Studios

The Marvels – Critique du Film Marvel Studios

The Marvels est loin d’être la catastrophe annoncée par les réseaux sociaux et les médias. Réunissant trois super-héroïnes déjà installées dans l’Univers Cinématographique Marvel, le film a la lourde tâche d’offrir à la fois une suite à Captain Marvel mais aussi aux séries WandaVision et Miss Marvel, puisqu’il réunit à l’écran Carol Danvers (Brie Larson), Monica Rambeau (Teyonah Parris) et Kamala Khan (Iman Vellani). Le film jouit de plusieurs atouts bien que son intrigue soit tiraillée entre des idées intéressantes et des passages sans intérêts malgré une très courte durée.

Ensemble c’est mieux ?

Retour en 2019. Captain Marvel ouvrait le bal des festivités d’une année super-héroïque dantesque avec la sortie au cinéma de Avengers : Endgame, point culminant de toute la Saga de l’Infinité érigée par Marvel Studios depuis les débuts d’Iron Man sur grand écran. Le film centré pour la première fois exclusivement sur une super-héroine issue de la Maison des Idées (qui plus est inconnue du grand public jusqu’à présent) était alors devenu un phénomène bien avant sa sortie. Il faut se souvenir de la gigantestque campagne de promotion offerte à ce blockbuster, le studio de Kevin Feige ayant la même ambition que pour Black Panther une année plus tôt, qui avait également marqué fortement les opinions.

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Aidé évidemment Avengers : Infinity War et sa suite, porté par une actrice oscarisée mais aussi, on peut le dire, le souffle de Wonder Woman deux ans plus tôt, le film Captain Marvel a permis d’installer une nouvelle franchise durablement au sein de l’Univers Cinématographique Marvel, tout en récoltant la coquette somme de 1,1 milliard de dollars à l’échelle mondiale. Il aura fallu attendre la Comic Con de San Diego dès l’été 2019 pour l’annonce officielle d’une suite en préparation. Les plans sont déjà clairs à l’époque : se servir du film pour réunir les personnages de Carol Danvers et Kamala Khan (mais aussi Monica Rambeau dont l’actrice avait déjà exprimé son intérêt dans un tel projet). Le développement du film démarre l’année suivante. Anna Boden et Ryan Fleck, co-réalisateurs de Captain Marvel, ne rempilent pas pour cette séquelle et Marvel Studios cherche une figure féminine. C’est Nia DaCosta (Little Woods, Candyman) qui se voit offrir le bébé. Le film est alors daté pour juillet 2022.

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Mais voilà, la pandémie passe par là et dès le mois de décembre 2020, le film est une première fois retardé à novembre 2022. Le tournage du film se déroule durant l’été 2021 à la fois aux studios Pinewood et Longcross en Angleterre mais aussi à Los Angeles aux États-Unis et Tropea en Italie. En octobre 2021, la sortie du film est de nouveau reportée à février 2023. En avril 2022, la sortie du film est déplacée à juillet 2023, échangeant sa place avec Ant-Man et la Guêpe : Quantumania étant donné que le film était plus avancé dans sa production et que The Marvels avait des reprises à effectuer tout l’été. Une quatrième et dernière fois, en février 2023, la sortie du film a été reportée à novembre 2023, Disney et Marvel Studios réévaluant alors leur stratégie de production de contenus et les coûts associés.

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Vous l’aurez compris, le contexte dans lequel The Marvels a été produit ne lui a pas facilité la tâche. Entre le retour de Bob Iger à la tête de la firme aux grandes oreilles qui a impliqué une révision complète du calendrier et des méthodes de production du MCU, l’épidémie mondiale, ses multiples reports, les polémiques autour de la création des effets visuels des contenus de Marvel Studios, une année 2023 en demi-teinte avec la catastrophe industrielle causée par Ant-Man et la Guêpe : Quantumania, la locomotive ratée que devait représenter Secret Invasion pour le film sans oublier les vagues de boycott menées par une frange du public contre le projet et / ou ses actrices, il y avait de quoi s’inquiéter.

Captain Marvel 2 mais c’est mieux à 3

Secundo, une suite à Captain Marvel allait-elle fait aussi bien quand on sait que le premier volet s’est hissé au 10e rang des plus gros succès du MCU à son époque, devenant le premier film super-héroïque en solo le plus lucratif de cette saga ? Enfin, et cette problématique n’est clairement pas à mettre de côté. The Marvels constitue la première offre cinématographique de Marvel Studios dont l’intrigue s’appuie majoritairement sur ce qui a été construit auparavant sur des séries Disney+ (Doctor Strange in the Multiverse of Madness est un cas à part puisque Wanda était déjà connue avant WandaVision). On pensera évidemment à l’introduction de Miss Marvel dans sa propre histoire l’an passée sur petit écran, à celle de Monica Rambeau adulte dans WandaVision mais aussi au sort des Skrulls sur Terre, étroitement lié aux actes de Carol Danvers et Nick Fury, qui a pris un tournant inédit dans Secret Invasion l’été dernier. C’est en somme assez difficile à admettre, mais pour un studio souhaitant faire respirer son public suite au trop-plein de contenus produits sur Disney+ (pointé du doigt par Bob Iger en personne), The Marvels imposerait presque à son public d’être à la page d’au moins toutes ces séries.

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Finalement, The Marvels réussit-il à tirer son épingle du jeu ? La réponse est oui et non et comme Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 ou Ant-Man et la Guêpe en leur temps, le film se situe dans le moyenne qualitative du MCU. Sans exceller, il réussit à nous faire oublier que des Thor : Love & Thunder et She-Hulk : Avocate ont existé il y a de ça quelques mois…

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Tout d’abord, The Marvels s’en sort bien rien qu’avec son postulat de départ, le rassemblement de trois super-héroïnes pour former une sorte de sous-équipe d’Avengers cosmiques. Si tout pouvait paraître au demeurant casse-gueule sur le papier, force est de constater que l’ensemble fonctionne plutôt bien, amenant un vent de fraîcheur dans la dynamique des relations super-héroïques traitée depuis The Avengers en 2012. D’ailleurs, le film ne fait pas l’écueil suprême de vouloir faire en une heure et demi ce que Avengers : Endgame avait proposé de manière assez ridicule dans une scène féministe et c’est tant mieux ! C’est d’ailleurs peut-être là l’élément d’intrigue le plus intéressant du scénario : ce qui réunit nos super-héroïnes est un élément mythologique (un de plus), un bracelet quantique (le jumeau de celui que s’est vue remettre Kamala Khan par sa grand-mère Nani) permettant d’ouvrir des Voiles interdimensionnels mais aussi de créer toutes sortes d’éléments lumineux.

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Ce petit gadget scénaristique, mine de rien, apporte beaucoup au film et lui permet – toutes proportions gardées – de s’émanciper de nombre de films du MCU, basées sur des scènes d’action finalement très linéaires dans leur approche. Là, le petit « twist » permet des effets surprenants par moments. Et ce n’est pas tant les scènes de bataille impliquant les super-héroïnes, qui à chaque fois qu’elles activent l’un de leurs pouvoirs respectifs, transmutent de place (entre elles… et dans l’univers), qui nous interpellent finalement mais bien les conséquences de tout cela. Dans une sorte de petit vaudeville cosmique, le chaos qui en découle permet au film de faire dans l’originalité deux tiers de son temps. C’est surtout, de ce point de vue là, la première partie du film, qui bénéficie avantageusement de ce running gag avec des idées de mise en scène intéressantes.

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C’est déjà plus brouillon dans le deuxième acte, qui ne parvient pas réellement à faire progresser l’intrigue, étriqué entre une introduction prometteuse et une conclusion écrite à l’emporte-pièce. Car oui, le potentiel de départ commence à faire plouf au bout d’une demi-heure. Le manque de temps et de soin apporté à la construction de la relation entre Carol, Kamala et Monica, gâche une grande partie du dénouement, les scénaristes Nia DaCosta, Megan McDonnell et Elissa Karasik n’ayant pas permis d’apporter un peu de nuances et d’enjeux plus approfondis. Tout est vite bâclé et ce n’est pas la mise en scène convenue pour ne pas dire plate, dépositaire d’un cahier des charges marvellien somme toute habituel, qui aidera à rattraper cela. Mais on peut saluer les efforts dans la construction de cette dynamique de ces trois héroïnes, finalement assez inédite dans l’approche au sein du MCU.

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Autrement, le film bénéficie d’un autre atout justement lié au point de départ de son scénario, ses effets visuels. Il faut dire qu’avec plusieurs reports, le temps de post-production de The Marvels s’est lui aussi allongé de plusieurs mois permettant à Industrial Light & Magic et ses studios associés d’offrir un travail plutôt de bonne facture et on revenait de loin avec le troisième volet de la saga Ant-Man, toujours autant décrié pour sa bouillie visuelle. L’année 2023 aura d’ailleurs été servie de ce point de vue là puisque The Flash n’a pas fait mieux. Alors oui, The Marvels s’en sort plutôt, grâce notamment à un refuge de Skrulls plutôt bien réalisé, des planètes magnifiques, des vaisseaux plutôt réalistes ou encore des pouvoirs assez convaincants à l’écran. Même les scènes de vol de Brie Larson sont mieux réalisées que dans le premier volet ! Ca pêchera un peu en revanche avec la petite colonie extraterrestre de Goose mais la CGI a encore ses limites (où l’ambition qu’on y met), même en 2023…

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Au-delà de ces considérations de mise en scène, le film montre du début à la fin qu’il a du potentiel mais n’arrive pas à trouver le bon bout pour chaque idée entreprise. Il constitue d’abord clairement une suite assumée des aventures de Captain Marvel. Les événements du final du premier film ont un impact direct sur son histoire et c’est tant mieux car on commence enfin à rentrer dans le vif du sujet dans la guerre de plusieurs décennies qui oppose les Skrulls aux Krees. Et cette fois, on a même le droit à un peu de nuance dans chaque camp. Tout n’est pas blanc ni noir même à des échelles galactiques et cela est souligné (effleuré plutôt). Dans cette intrigue parfois trop ambitieuse pour un film d’une aussi courte durée, Carol Danvers prend une place prépondérante. Cela interfère forcément sur les deux seconds rôles qui l’accompagnent et manquent parfois de temps d’écran. Mais – qu’on l’apprécie ou non – l’écriture du personnage principal devient peut-être la première fois dans le MCU plus intéressant qu’il n’y paraît. On découvre en effet une Avenger qui ne se soucie de pas grand chose si ce n’est d’abord et avant de son confort personnel. Ses responsabilités, elle les met de côté avant que ces dernières ne la rattrapent. Forte d’un ego assez gonflé, d’une confiance en elle à rude épreuve et de capacités infiniment puissantes, c’est finalement une Carol Danvers encore plus proche des comics qui nous est montrée ici.

The Marvels, un film dans la moyenne (basse)

Car si jusqu’à présent, Captain Marvel était davantage exposée comme une secouriste de dernière minute ou un frein ultime contre l’adversité, ici, le prix de ses actions passées la fragilisent un peu dans sa position d’être tout puissant dans le cosmos. Son existence même comme super-héroïne est d’ailleurs triplement mise en cause (décidément le chiffre trois est important). D’abord, dans les actes dont elle à l’origine au sein du peuple Kree et qui finissent par se retourner contre elle ; mais aussi dans une sorte d’orgueil qui l’a détaché de sa Terre natale et donc de Monica (mais plus généralement de sa place de terrienne – elle est adulée par une adolescente dont elle accorde au départ très peu de crédit).

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En ce sens, le film The Marvels dessine une sorte d’intrigue finalement classique pour une super-héroïne, qui après avoir brillé dans une « origin story », se retrouve confrontée à quelques zones d’ombre. N’allons quand même pas jusque là, car malheureusement tout le pendant psychologique de cet arc est plutôt malmené là encore par une écriture trop hâtive. On n’oubliera pas la fameuse scène dans le champ, où Brie Larson doit se demande elle-même ce qu’elle fait là. La direction d’acteurs n’est pas du meilleur acabit là aussi et l’actrice en fait les frais la première, offrant au public des passages d’une platitude déconcertante. Elle est rejointe par Teyonah Parris qui ne brille pas tant par son jeu que par ses pouvoirs ultra-brillants pour le coup…



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Seule Iman Vellani s’en sort haut la main dans ses rares scènes en solo mais aussi en groupe. Cela n’est évidemment pas étonnant tant la jeune actrice a démontré l’étendue de son talent dans sa propre série et elle parvient ici encore à divertir et apporter de l’émotion sincère durant tout le film. Certes, son personnage est justement l’angle rafraîchissant du trio et la dynamique joue sur cette carte générationnelle durant tout le film mais il faut saluer l’investissement de la jeune actrice qui se fond naturellement dans cette fresque, confirmant qu’elle aura probablement les épaules pour porter une partie du MCU dans les années qui viennent.

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Là où le bât blesse fortement, c’est l’humour. Le film The Marvels ne sait jamais sur quel pied danser, oscillant entre scènes gagesques flirtant avec le pathétique et l’ironie mal calibrée et des moments très pragmatiques (voire dramatiques) qui sont aussi vite occultées par une énième blague, qui cette fois-ci ne fait pas mouche. La scène d’introduction du film par exemple, amène avec elle quelques promesses dont un tout premier plan qui rappelera l’ouverture de certains Star Wars. Il suffit de quelques secondes pour se rendre compte qu’on est bel et bien dans une énième production fade du MCU, quelques mois seulement après l’inspiré Les Gardiens de la Galaxie Volume 3.

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Pour être synthétique, le film balade son spectateur constamment sans jamais vouloir prendre un cap fixe. Modelé de manière assez simpliste (pour le pire comme le meilleur dirons-nous), il renverrait presque à ce que Marvel Studios sait faire de mieux du côté du petit écran et non du grand. Car en fin de compte, The Marvels se présente comme une espèce de téléfilm en trois parties, avec un montage insipide, une structure scénaristique bateau et sans enjeux et même certains scènes parfaitement oubliables comme une séquence musicale, qui si elle a le mérite d’exister comme seule proposition artistique loufoque dans le film, amène avec elle une forme de lourdeur grandissante. N’est pas James Gunn qui veut ! Le film se veut ancré dans l’air du temps, en soulignant des sujets toujours actuels, et semble prendre ici et là tout ce qui a déjà été fait (en beaucoup mieux dans le MCU), du conflit politique sous-jacent aux menaces d’un génocide imminent en passant par une super-vilaine (jouée par Zawe Ashton) qui entre directement dans le Panthéon des méchants les plus ridicules de cet univers ou des intrigues parallèles avec des Flerken, un Nick Fury de plus en plus superficiel et des personnages secondaires surexposés pour rien (sauf pour combler les trous).

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Et donc, après visionnage, personne ne pourra nier que le film reste malgré tout enfermé dans un carcan lié au MCU, où toutes les cases (même les plus redoutées) sont cochées. Le dernier acte du film est expédié à la pelleteuse, la direction artistique (tant les décors que les costumes ou maquillages) est tout sauf excitante, la musique de Laura Karpman bien moins intéressante que dans le premier volet (le thème des Marvels n’imprimant pas), plus rien ne laisse penser que les motivations de la méchante Dar-Benn préoccuperont un tant soi peu le public, et tous les poncifs du climax tel qu’on l’a déjà maintes et maintes fois vu sont poussés à la file indienne, tout ça pour simplement justifier la préparation d’autres histoires à venir dans quelques années. Tout cela se confirme à la fin du film quand Kevin Feige et ses équipes nous vendent sans vergogne ce qu’ils laissaient miroiter depuis des années, dans une scène post-générique plus prévisible que jamais (et une scène finale qui l’est tout autant d’ailleurs).

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33e film de l’Univers Cinématographique Marvel et 3e de la phase V, The Marvels laisse à penser que la saga super-héroïque vieille de 15 ans désormais, a toujours des idées intéressantes à exploiter mais sans trop savoir par quel bout les mener. Pour sa première incursion dans le MCU, la réalisatrice Nia DaCosta ne parvient pas à capter suffisamment l’attention du public avec une histoire vaine et une mise en scène anecdotique. Tout ce qui est entrepris et pourrait être développé avec un minimum de sérieux, retombe à l’eau. La suite de Captain Marvel va toujours plus haut dans le prévisible, plus loin dans la frustration et surtout plus vite dans un récit hélas bâclé d’un bout à l’autre.

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Ce divertissement est loin d’être désagréable mais à moins d’être fans de ces héroïnes ou d’aimer Nick Fury jouant avec Goose, le film n’apporte absolument rien d’essentiel au MCU et est davantage présenté comme un produit fictionnel à même de préparer le terrain d’autres projets. Tout cela est-il suffisant à quelques années de la sortie de Avengers : The Kang Dynasty ? Il est clair désormais que la grosse machine Marvel Studios est sévèrement rouillée d’un point de vue créatif. Et c’est inquiétant pour la suite…

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