Disneyphile
Image default
Dossiers

Anthony Daniels revient sur sa carrière dans la saga Star Wars

Le mardi 8 octobre 2019, Anthony Daniels, comédien britannique de renom puisqu’il incarne le droïde C-3PO depuis la naissance de la saga Star Wars, était convié à une rencontre spéciale organisé par Disney France dans le cadre prestigieux de l’hôtel Le Bristol à Paris. L’acteur, venu à la fois pour la promotion internationale de Star Wars : L’Ascension de Skywalker dans lequel il incarne pour la dixième fois au cinéma C-3PO, mais aussi la présentation de son livre autobiographique, nous a conté durant une petite demi-heure différents événements survenus au cours de sa carrière, qu’ils soient heureux ou malheureux. D’une élégance et d’un flegme naturel, il s’est prêté au jeu des questions des journalistes et bloggueurs présents, pour se laisser aller parfois à la confidence émouvante, parfois à l’anecdote croustillante, le tout dans un « franglais » très abouti.

L’homme qui a traversé les générations Star Wars

L’interprète sémillant du non moins célèbre robot protocolaire dont le duo iconique formé avec R2-D2 restera à jamais l’un des emblèmes phares et populaires de la saga Star Wars, n’a pas manqué d’impressionner la galerie, en abordant des souvenirs récents ou plus anciens de ses tournages sur les plateaux de Lucasfilm Ltd., sa manière d’aborder cet univers ou encore sa connexion personnelle à son personnage qui lui colle à la peau, au sens figuré comme au sens propre.

anthony daniels

Natif de Salisbury au Royaume-Uni, Anthony Daniels vient au monde en février 1946. Son but premier n’est pas de jouer au cinéma. Il fait ses premiers pas comme artiste de scène et monte sur les planches dès les années 1970. Après avoir été récompensé en 1974 d’un BBC Radio Award, il décroche ses premiers grands rôles classiques en intégrant la Young Vic Company, avec qui il fait le tour du monde. Macbeth ou encore Beaucoup de bruit pour rien feront partie des pièces de sa théâtrographie. C’est à cette période qu’il fait la rencontre de George Lucas, en pleine phase de recrutement de son casting pour son futur film de science-fiction distribué par la 20th Century Fox. Certainement pas le premier fervent du genre, Anthony Daniels refuse dans un premier temps l’entretien mais finit par se faire convaincre par son agent de l’époque. Une fois engagé sur le projet, Anthony Daniels ne quittera plus son armure et son casque dorés. L’acteur a en effet la particularité, plus qu’aucun autre de la franchise, à avoir incarné le plus de fois son personnage. Non seulement, il apparaît physiquement et vocalement dans les neuf long-métrages de la saga Skywalker de 1977 à 2019 mais également sous forme de caméo dans le premier long-métrage anthologique Rogue One – A Star Wars Story (2016).

Son personnage devenant si populaire, la 20th Century Fox décide de le mettre en avant également dans des programmes télévisés spécialement conçus pour promouvoir la saga. The Making of Star Wars, Star Wars Connections et Science of Star Wars en font partie. Anthony Daniels a également repris son rôle pour les besoins du Le Muppet Show, 1, Rue Sésame ou de l’émission Disneyland’s 35th Anniversary Special (1990) et a également participé au nanard (devenu culte entre temps) Au temps de la guerre des étoiles (1978), un métrage télévisé musical de Noël totalement raté et mettant en scène les personnages de la trilogie originale. Anthony Daniels est la voix originale de C-3PO dans bien d’autres supports. Tout d’abord radiophoniques (sérialisation radiphonique de la trilogie originale). Il a prêté sa voix à son personnage pour plusieurs séries ou court-métrages animés : Droïdes : Les Aventures de R2-D2 et C-3PO (1985), Star Wars : Clone Wars (2003), Star Wars : The Clone Wars (2008), Star Wars Detours (2012), Lego Star Wars : The Empire Strikes Out (2012), Lego Star Wars : Les Chroniques de Yoda (2013), Rebels Recon (2014), Star Wars Rebels (2014), Lego Star Wars : Les Contes des Droïdes (2015), Lego Star Wars: The Resistance Rises (2016), Star Wars : Forces du Destin (2017) et Star Wars Resistance (2018). Il a repris son rôle dans plusieurs jeux vidéos par ailleurs. C’est également à lui qu’on a fait appel en 1987 pour enregistrer sa voix pour donner vie à l’audio-animatronique de la file d’attente de l’attraction Star Tours à Disneyland Resort puis en 2011 pour qu’il incarne à nouveau son personnage cette fois-ci à bord du vaisseau Starspeeder 1000 dans la version réinventée en 3D de l’attraction, Star Tours – The Adventures Continue ouverte pour la première fois à Walt Disney World Resort. Il a repris récemment son rôle vocal dans deux films d’animation, le Grand Classique Disney Ralph 2.0 (2018) mais aussi La Grande Aventure LEGO (2014).

L’homme qui connait les Fans Star Wars

Anthony Daniels fait partie des acteurs les plus proches des fans de la saga, n’hésitant pas à renouveller ses participations à diverses conventions à commencer par la fameuse Star Wars Celebration qui a lieu chaque année. Il anime aussi les spectacles Star Wars in Concert aux Etats-Unis en 2009 ou Star Wars en Concert : Le Réveil de la Force dix ans plus tard en Europe. Même dans le domaine littéraire, l’acteur britannique s’est illustré : on lui doit plusieurs papiers dans la rubrique « The Wonder Column » du magazine officiel Star Wars Insider dès l’année 1995 mais aussi le scénario du comic book The Protocol Offensive, édité par Dark Horse Comics en 1997, mettant en scène son personnage avec R2-D2 dans une histoire courte et originale. Il a participé à la création du jeu de société Monopoly Star Wars en 1997. Anthony Daniels a déjà quitté le rôle de C-3PO pour les besoins de la saga, ou plutôt pour son plaisir. Il a en effet pris le rôle caméo très discret du Lieutenant Dannl Faytonni dans la scène du nightclub dans Star Wars : L’Attaque des Clones. Il a également joué le rôle de Tak toujours sous forme de caméo dans SOLO : A Star Wars Story. Outre la saga Star Wars, il a prêté sa voix au personnage de Legolas dans l’adaptation animée des livres Le Seigneur des Anneaux en 1978. Il est apparu régulièrement dans des séries télévisées britanniques notamment Suspect Numéro 1 avec Helen Mirren. Il a aussi remporté un succès considérable dans la pièce policière de J. B. Priestley Dangerous Corner et apprécie enfin l’écriture. Il signe fréquemment des histoires pour enfants et des dramatiques radiophoniques pour la BBC. Le 5 novembre 2019, il publie un récit autobiographique, I Am C-3PO: The Inside Story, dans lequel il revient sa carrière dans le rôle de C-3PO.

anthony daniels george lucas
George Lucas et Anthony Daniels en Tunisie lors du tournage éprouvant de l’Episode IV

Anthony Daniels à Paris

Dans un premier temps, Anthony Daniels nous a parlé de son livre qui revient sur tous les films auxquels il a participé. Il y raconte des moments marquants drôles, moins drôles, sérieux, excitants ou extraordinaires. Il revient sur l’époque où il a endossé pour la première fois le rôle de C-3PO dans le désert tunisien qui a servi de décor naturel pour représenter la planète Tatooine. Il a eu l’impression de perdre alors son corps, les conditions étant très rudes. Et la toute dernière fois qu’il a incarné son personnage dans l’Episode IX, ça ne fut pas sans une certaine pointe d’amertume car ce film relie tous les films entre eux selon lui. Revenant sur l’évolution de son costume, il parle d’abord de la façon dont cela a été pensé pour son physique. Les équipes de Lucasfilm Ltd. ont commencé par mouler dans le plâtre son corps. Un mannequin de taille réelle a servi de modèle : la sculptrice Elizabeth Moore a alors utilisé l’argile pour créer une première version de C-3PO. Après cela, l’équipe s’est attelée à travailler chacune des pièces dans le détail sur six mois. Mais Anthony Daniels n’a pas pu essayer son costume en studio pour répéter. Il raconte ainsi que la première fois qu’il a essayé sa tenue très contraignante en Tunisie, ce fut un moment extraordinaire pour lui comme pour l’équipe de tournage. Ses difficultés à se déplacer ou les risques de fragiliser les éléments de son costume restent à jamais gravés dans sa mémoire. Sur le ton de l’humour, il rajoute que, deux jours plus tard, il n’attirait plus autant les regards vers lui et était davantage un accessoire de tournage qu’autre chose. Pour l’Episode VII, il a demandé à JJ Abrams de reconcevoir le costume en impression 3D, de façon à ce qu’il soit plus confortable à porter et manipuler.

L’acteur a révélé que le dernier film fourmille de « secrets » et qu’il est donc difficile pour lui de l’aborder. Il voit ce dernier opus comme un cadeau de Noël offert au monde entier. Espérant rester honnête dans ses propos comme il l’est dans son livre abordant des choses pas toujours heureuses, Anthony Daniels parle d’un film extraordinaire. Il est revenu sur la scène où l’actrice Daisy Ridley qui campe Rey se bat contre Adam Driver qui incarne quant à lui Kylo Ren. Cette scène, tournée en novembre 2018, est d’ailleurs représentée sur l’une des affiches officielles du film. L’acteur insiste sur les « vagues énormes » qui entourent les comédiens. Pour lui, la musique du compositeur John Williams tient une place primordiale dans la dramaturgie des films Star Wars. Il révèle avoir vu le film sans la musique et ça n’a pour lui clairement pas la même saveur. La musique fait le personnage : sans elle, « plus de Dark Vador, plus de Princesse Leia… ». Concernant Rey, Anthony Daniels pense que c’est très important que ce personnage soit féminin, non pas pour l’impact politique mais bel et bien pour l’histoire. Rey est réellement une héroïne si bien que son interprète Daisy Ridley effectue beaucoup de ses cascades elle-même dans les films.

Un rôle plus conséquent dans L’Ascension de Skywalker

Le comédien revient sur son personnage dans ce neuvième épisode. Les films les plus récents n’ont pas réellement valorisé C-3PO, qui était là davantage comme un bibelot pour rappeler l’héritage que véritablement comme un intervenant dans l’histoire. Dans Star Wars : L’Ascension de Skywalker, le droïde de protocole fait partie intégrante de l’équipe de héros. Il n’est pas un héros lui-même mais est toujours là dans les scènes d’action, notamment sur la fameuse planète désertique qui servira de cadre à l’histoire durant une bonne partie du film. L’acteur revient sur les difficultés à évoluer dans son costume avec le sable naturel. Ce film est important à ses yeux : le dernier de la dernière trilogie Skywalker. La fin est pour lui satisfaisante. Il se fait d’ailleurs la réfléxion amusante sur les fans de Star Wars, éduqués aux films depuis toujours. De temps en temps, ils sont déçus [comme ce fut le cas pour l’Episode VIII] mais accourent malgré tout dans les salles de cinéma au suivant. D’autant qu’il s’agit ici de la fin d’une histoire, qui s’imbrique dans un vaste puzzle et le termine. « Tous les gens intéressés » iront le voir selon lui car c’est quelque-chose qui se partage.

C-3PO
Anthony Daniels sur le tournage de Star Wars : L’Ascension de Skywalker

Anthony Daniels est le seul et unique acteur de la saga à avoir incarné son personnage dans tous les films. C’est une chance extraordinaire pour lui d’avoir pu participer aux trois trilogies et mêmes aux deux autres films anthologiques (dont un, une fois encore dans la peau C-3PO). Il est très difficile de mesurer cette chance pour lui, étant impliqué directement dans ce vaste univers. Ce qu’il a appris, c’est que la réaction d’un fan est plus importante que tout à ses yeux et qu’elle est une vision beaucoup plus intéressante. Ses récentes participations à des ciné-concerts adorés des fans ou le fait de piloter la Faucon Millenium dans une des attractions de Star Wars Galaxy’s Edge est pour lui ce qui a de plus important ; tourner les films est en soi moins intéressant selon lui. La magie n’opère pas vraiment sur un plateau. Il a ainsi réalisé que les fans voient l’univers Star Wars totalement différemment de lui. Il est bien conscient que ces films « comptent pour les gens ».

Lui qui avait refusé de s’engager dans l’aventure Star Wars au départ dans les années 1970 se dit fier aujourd’hui de véhiculer autant de messages et de représenter cette saga. Pour lui, son arrivée dans la saga a été probablement dû à quelque-chose de l’ordre du spirituel. C’était son destin. Anthony est revenu avec nous sur la première voix française de C-3PO, qu’il connait bien, Monsieur Roger Carel. Aujourd’hui à la retraite, le comédien est remplacé par Jean-Claude Donda. L’acteur britannique est bien conscient, même s’il fait des efforts au quotidien, que sa voix en français ne collerait pas au personnage dans le film et rend hommage à tous les acteurs de doublage qui prêtent leur voix au droïde dans chacune des versions internationales des films. Pour lui, le critère de casting est une diction parfaite, très claire et élancée, un peu à la parisienne selon lui.

Le film Star Wars préféré de Anthony Daniels ?

A la question prévisible de savoir quel est son film Star Wars préféré, il répond très simplement l’Episode IV, pour son aspect horrible durant le tournage. La météo, le costume, les scènes en plein désert, la canicule en Angleterre à cette époque sont autant de contraintes dont il se souvient. Rajoutez à cela les spots lumineux des plateaux en permanence fixés sur lui enfermé dans son costume, il décrit cette expérience pénible comme un « micro-onde » au quotidien. Il s’amuse d’ailleurs de ces moments : pendant que Harrison Ford ou Carrie Fisher se faisaient bichonner par les équipes esthétiques de la production, lui était dans sa tenue étouffante. Il souligne aussi la simplicité et la singularité du scénario de ce film, sans pression aucune.

Concernant l’Episode I, film préféré du journaliste qui l’interrogeait, Anthony Daniels s’amuse également de la réaction de certains Fans. Les plus anciens selon lui ont trouvé La Menace Fantôme affreux – notamment à cause de l’apparition du loufoque Jar Jar Binks – mais les « nouveaux » Fans qu’il rencontre ont une affection particulière pour ce film, eux qui avaient à peine dix ans à l’époque et ont baigné dans la prélogie créée par George Lucas. Jar Jar Binks fut un personnage créé avant tout pour les enfants, qui ont aujourd’hui grandi.

C-3PO : une création théâtrale

Au moment de cette interview, l’acteur n’avait pas terminé son travail sur le dernier épisode de la saga. Il devait en effet enregistrer sa voix la semaine d’après pour son personnage. Outre sa voix si particulière C-3PO, c’est aussi une démarche savamment inventée par le comédien. Encore une fois, la configuration même de son costume à la fois lourd (particulièrement au niveau des épaules précisait-il) et trop étriqué, lui a imposé cette démarche, sans qu’il ne répète auparavant. Au départ, son allure ressemblait davantage à un monstre. Pour offrir quelque-chose de plus élégant, il eut l’idée d’utiliser ses membres supérieures pour apporter un équilibre, une stabilité au niveau du poids du corps, mais aussi pour souligner l’aspect domestique du droïde, toujours prêt à servir autrui. Au final, il décrit cette allure un peu inspirée comme celle d’une Geisha. Tout son travail repose sur la façon de s’adapter à son costume. La vision en fait partie puisqu’il n’a que deux fentes circulaires devant ses yeux, lui offrant un angle de vue très rétréci. Souvent associé à R2-D2 sur ses scènes, il ne le voit donc pas forcément car le droïde astromécanicien se situe à sa droite, là où son champ de vue disparait. Pour être certain d’être toujours à ses côtés, il ajoute que certaines fois durant le tournage, il gardait sa main posée sur le petit droïde. Mais la dernière fois que cela est arrivé, le comédien dans la tenue de R2-D2 – Jimmy Vee – avait enlevé le dôme qui recouvre sa tête et Anthony a failli trébucher.

La dernière question portait sur les sentiments amoureux de C-3PO. Pour lui, il ne croit pas que le droïde aurait pu tomber amoureux de quelqu’un. Même s’il adore la compagnie des humains, il ne comprend pas leurs interactions (les baisers par exemple), mais reste au fond un solitaire. Ses amis les plus proches sont R2-D2 et BB-8 et garde un respect permanent pour Luke, Leia et tous les personages importants qu’il accompagne. Mais globalement, la vie sentimentale d’un robot reste selon lui assez triste. Un grand merci à The Walt Disney Company France pour l’invitation.

banniere suite et fin
Les fidèles C-3PO, Chewbacca, BB-8 et R2-D2 de retour.

Articles en lien

Vanity Fair lève le voile sur l’Ascension de Skywalker

Florian Mihu

Les coulisses de Galaxy’s Edge sur Freeform

Florian Mihu

Gary Kurtz, producteur de Star Wars, est mort

Florian Mihu

En poursuivant votre navigation sur Disneyphile, vous acceptez l'utilisation de cookies conformément à notre politique de données personnelles. Je comprends En savoir plus