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Black is King – Critique du Film Disney+

Beyoncé est passée maître dans l’art d’offrir à son public des clips musicaux d’une rare intensité et elle ne cesse de s’améliorer à chaque sortie de single. Mais cette fois-ci, en voulant revisiter son univers musical créée dans l’album The Lion King : The Gift, qu’elle a sorti l’année dernière en collaboration avec plusieurs artistes pour accompagner le remake en direct du (Le) Roi Lion de Jon Favreau, tout en approfondissant certains de ses thèmes par le prisme de la culture africaine et de nombreuses influences musicales. Elle prêtait d’ailleurs sa voix à la lionne Nala dans le film. Si cette première entrée dans l’univers de Simba avait eu du mal à nous convaincre, force est de constater qu’elle réussit haut la main son pari avec sa nouvelle création ambitieuse et envoûtante.

De Hamlet au Roi Lion à Black is King

La star est à l’affiche de son album visuel à la fois dans les chansons et à l’écran mais a également écrit, réalisé et produit le film diffusé exclusivement sur la plateforme de streaming Disney+ à partir du 31 juillet 2020. Elle décrit son œuvre comme “une lettre d’amour à l’Afrique” et c’est véritablement la définition qui ressort de notre visionnage, tant la célébration du premier continent de l’Humanité est prônée d’un bout à l’autre. Très collaboratif, Black is King est l’occasion de retrouver plusieurs personnalités artistiques de l’entourage de l’artiste à commencer par son mari Jay-Z, sa fille Blue Ivy et son ancienne coéquipière du groupe Destiny’s Child, Kelly Rowland. On retrouvera également tout un panel de stars, notamment l’actrice Lupita Nyong’o (Star Wars : L’Ascension de Skywalker, Black Panther, Queen of Katwee) et le mannequin Naomi Campbell.

black is king
“Otherside”

L’album visuel, concept en soi, modernisé ici, se veut encore plus somptueux, poétique et puissant grâce aux apports musicaux de Beyoncé, son scénario adapté avec finesse du (Le) Roi Lion, offrant une vision encore plus universelle de cette épopée mais aussi des costumes détaillés, des chorégraphies aux styles variés et inspirants ainsi qu’un mixage et un montage sonore savamment soignés. Tourné dans le monde entier, notamment à New York, Los Angeles, en Afrique du Sud et en Belgique, le film propulse son spectateur dans une aventure éblouissante, aux frontières du métaphysique, à travers des paysages naturels resplendissants et des panoramas dans l’espace, qui nous permet de revenir à l’essentiel, la source même de la vie. À ces thèmes des origines du monde et de l’Humanité s’incorporent des éléments de l’Histoire et de la tradition des ethnies noires dans le monde, pour mieux raconter le Monde avec un grand “M”.

L’Afrique célébrée de la plus belle des manières

Bourré de références toutes plus subtiles les unes que les autres aux cultures africaines, Black is King transpose l’histoire classique du passage à l’âge adulte de Simba dans un contexte contemporain et politique, transformant le rite initiatique du lionceau de la Terre des Lions qui le conduit à prendre en main sa vie et ses responsabilités, en une déclaration audacieuse sur le pouvoir de l’identité noire. Bien que l’on relèvera certaines séquences somme toute légèrement déséquilibrées dans la teneur du propos (notamment dans les dialogues pas toujours adaptés), le parallèle fonctionne plutôt bien, car nous voyons le jeune roi passer de l’exil à l’acceptation de soi, dans ce cercle de la vie revisité de façon brillante et aboutissant à une célébration de toute une communauté. Certains passages un poil trop “bling-bling” détonneront en revanche avec le projet global de mettre en avant des cultures, des visages. Peut-être aurait également fallu privilégier des langues africaines plutôt que l’anglais pour que cet album soit véritablement abouti et assumé jusqu’au bout.

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Certaines chansons sont malgré tout de pures pépites comme “Brown Skin Girl”, particulièrement émouvante, montrant Beyoncé, Rowland et Blue Ivy unies dans un seul et même élan et une formation de la féminité noire générationnelle. Bien que le film ne revendique pas clairement un message féministe, on constate un réel sentiment d’autonomisation des femmes partout. La voix de la narratrice, guide spirituelle et divine nous le fait remarquer : “Souvent, ce sont les femmes qui nous rassemblent. Les hommes m’ont appris certaines choses, mais les femmes m’ont appris beaucoup plus.” (traduction de l’anglais). Dans les premières scènes de “Bigger”, Beyoncé marque le visage d’un jeune garçon avec de la peinture blanche pour marquer sa lignée et sa destinée royale, un acte similaire à celui que Rafiki effectue au nouveau-né Simba dans Le Roi Lion. Voilà un exemple de référence modernisée aux films de 1994 et 2019.

Beyoncé dédie ce film à son fils

On retiendra d’autres séquences excellement bien retranscrites et réadaptées. Le futur roi est égaré dans sa propre existence dans le titre “Don’t Jealous Me” (où Beyoncé porte sur ses épaules un boa constrictor jaune) et “Scar” (où Mufasa est frappé par une moto, l’équivalent de la ruée des gnous dans le film original). Oubliez également “Hakuna Matata” bien que cette philosophie soit bel et bien présente mais encore une fois réinterprétée dans un environnement totalement surprenant. Pharrell Williams fait aussi une apparition remarquée sur “Water”. Mais la vraie vedette du film est assurément l’ensemble d’artistes issus du monde entier mettant en avant leurs cultures musicales ou encore chorégraphiques à travers tous les numéros, afrobeats pour certains ! C’est bien simple, l’objet musical est une ode à l’Afrique et nous permet de découvrir l’univers de stars musicales de ce continent comme comme Wizkid et Shatta Wale tout en utilisant des danses africaines populaires comme le gbese, le gwara et le zanku.

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“Find Your Way Back”

Beyoncé clôture son album visuel avec une performance céleste de “Spirit”, l’un des titres inédits qui figurait déjà dans la bande-originale du (Le) Roi Lion en 2019, chanson qu’elle interprète en pleine savane kenyanne aux côtés d’une chorale colorée et de Blue Ivy, qui s’offre de nombreuses apparitions tout au long de cette histoire passionnée de sa mère. Avec la résurgence du mouvement Black Lives Matter cette année, Black Is King tombe à point nommé, se voulant à la fois une déclaration de fierté pleine de sens et sans aucune agressivité dans son propos. L’art, quand il est exigeant comme dans cet album, fait passer les mots et les maux d’une façon exceptionnelle. “Let Black be synonymous with glory” ajoute Beyoncé. Que le monde regarde ce film et l’écoute tant cette prière est d’actualité.

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