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Le Roi Lion (2019) – Critique du Film Disney

Au fond de la savane africaine, tous les animaux célèbrent la naissance de Simba, leur futur roi. Les mois passent. Simba idolâtre son père, le roi Mufasa, qui prend à cœur de lui faire comprendre les enjeux de sa royale destinée. Mais tout le monde ne semble pas de cet avis. Scar, le frère de Mufasa, l’ancien héritier du trône, a ses propres plans. La bataille pour la prise de contrôle de la Terre des Lions est ravagée par la trahison, la tragédie et le drame, ce qui finit par entraîner l’exil de Simba. Avec l’aide de deux nouveaux amis, Timon et Pumbaa, le jeune lion va devoir trouver comment grandir et reprendre ce qui lui revient de droit.

Le Roi Lion de Jon Favreau est une expérience visuelle et sonore sans précédent au cinéma. Conçu comme un défi technique presque d’ordre expérimental pour les Walt Disney Studios, il entend respecter quasiment à la lettre le matériau de base dont il est issu – le Grand Classique de 1994 – sans lui faire d’ombre ou prétendre le détrôner. S’il ne prend presque aucun risque scénaristique par rapport à son prédécesseur, il reste un objet cinématographique surprenant, qui fait un peu avancer le septième art, et qui saura, par ailleurs émouvoir d’une façon différente pour rallier à la Terre des Lions de nouvelles générations.

Le roi des films d’animation

Le Roi Lion est le 43e long-métrage d’animation et le 32e Grand Classique d’animation des Studios d’Animation Walt Disney. Sorti en 1994, il est inspiré en grande partie de l’œuvre d’Osamu Tezuka Le Roi Léo (1951) et d’Hamlet de William Shakespeare. Le film est toujours considéré comme un bijou cinématographique comme le fut Blanche Neige et les Sept Nains en 1937. Ses musiques indissociables, son animation sublime, ses personnages émouvants et son histoire universelle marquent à jamais le savoir-faire de Disney dans les années 1990, correspondant à lui seul à l’apogée de cet âge d’or. Le film est devenu à l’époque le film d’animation le plus lucratif de tous les temps : il gardera son trône durant de nombreuses années avant de se faire détrôner par Toy Story 3, Le Reine des Neiges, Zootopie, Le Monde de Dory ou encore Les Indestructibles 2. Le film aura récolté en tout 987 483 777 $ à comparer avec son budget de production de 79,3 millions de dollars… En France, le film salué pour son doublage prestigieux, ses compositeurs talentueux (Elton John, Tim Rice, Lebo M et Hans Zimmer) et son pouvoir à capter l’attention de tous les publics, a terminé en tête du box-office de l’année 1994 avec plus de 10 millions d’entrées, loin devant ses concurrents immédiats.

Son succès va se perpétuer non seulement en vidéo (VHS, DVD, Blu-Ray…) mais aussi en 3D avec une ressortie en salles en relief en 2011. Le film entre dans l’inconscient collectif culturel mondial et devient, tout comme ses chansons, une référence à tous les niveaux d’analyse. Oscarisé pour sa musique, il figure aussi au prestigieux National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis. De nombreuses attractions dérivées dans les Parcs Disney permettront à la franchise de s’épanouir. Disneyland Paris à plusieurs reprises continuera d’exploiter le filon des animaux de la savane jusqu’au spectacle Le Roi Lion et les Rythmes de la Terre en 2019. Deux suites lui seront octroyées : Le Roi Lion 2 : L’Honneur de la Tribu (1998) et Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata (2004), sorties directement en vidéo, ainsi que deux séries télévisées dérivées, Timon et Pumbaa (1995-1998) et La Garde du Roi Lion (2016-), sans oublier une comédie musicale Le Roi Lion, créée à Broadway en 1997. Enfin, en 25 ans, les produits dérivés autour de cet univers n’ont eu de cesse de croître et l’on trouve aujourd’hui à peu près tout en rapport avec Le Roi Lion. Il était somme toute assez évident que Disney continue sa vaste entreprise de remakes initiée depuis 2010 avec Alice au Pays des Merveilles, en proposant une version moderne du (Le) Roi Lion.

Jon Favreau : le maître du photoréalisme

Pour offrir une nouvelle beauté à nul autre pareil à la Terre des Lions et une expérience immersive en 2019, Disney fait le choix de confier la réalisation de ce (Le) Roi Lion à Jon Favreau, qui s’était déjà illustré dans un registre similaire en revisitant Le Livre de la Jungle en 2016. Il débute sa carrière par des petits rôles. Il s’établit ainsi à Chicago pour étudier la comédie. Il se fait remarquer véritablement en 1993 en tête d’affiche de Rudy, de David Anspaugh. Il multiplie durant plusieurs années les rôles plus ou moins importants. Il tourne dans la comédie culte de Hart Bochner Pcu, ainsi que dans Mrs. Parker et Le Cercle Vicieux d’Alan Rudolf, Bad Things de Peter Berg, avec Christian Slater et Cameron Diaz, et le film catastrophe de Mimi Leder, Deep Impact. Son premier film, écrit et réalisé, remonte à 2000, Made, dans lequel il donne la réplique à Vince Vaughn. Changeant plusieurs fois de casquettes, Jon Favreau en vient à scénariser, co-produire et interpréter le film indépendant de Doug Liman, Swingers, qui lui vaut le prix du Meilleur Jeune Espoir 1997, décerné par la Chicago Film Critics Association. Sa première intrusion dans le monde des super-héros au cinéma remonte à 2003 dans Daredevil, où il joue aux côtés de Ben Affleck et Jennifer Garner. Il lie son nom à des projets tous plus variés les uns que les autres, de The Big Empty à la série télévisée Friends en passant par la comédie romantique Love & Sex. Charles Winkler lui confie par ailleurs le rôle principal du téléfilm Rocky Marciano. En 2003, Favreau revient à ses amours de réalisation avec Elfe, avec Will Ferrell, une comédie de Noël très modeste mais qui va trouver son public. Il continue d’enchaîner les rôles au cinéma, La Plus Belle Victoire (2004), sa participation aux séries Un Gars du Queen ou encore Monk, La Rupture (2006), dans lequel il retrouve son ami Vince Vaughn, Tout… Sauf en Famille (2008). Il est également connu comme étant le premier cinéaste bâtisseur de l’Univers Cinématographique Marvel en ayant signé de main de maître Iron Man, premier du nom en 2008, dans lequel Tony Stark, joué par Robert Downey Jr., a fait la connaissance du grand public. Jon Favreau incarne dans ce film le chauffeur de Tony Stark, Happy Hogan. Ce film constitue un fait marquant dans l’univers super-héroïque sur grand écran et ouvre la voie aux Marvel Studios pour créer un univers partagé hors du commun. Iron Man 2 (2010) est sa deuxième participation à un film de la Maison des Idées : non seulement ce film s’octroie le luxe d’introduire de nouveaux personnages et de préparer implicitement le terrain de Marvel’s Avengers (2012) mais continue également d’explorer en profondeur le destin des têtes d’affiche. Jon Favreau fait une apparition dans Thérapie de Couples avec Vince Vaughn et Jason Bateman. Outre quelques intrusions dans l’univers télévisé Disney au cours de sa carrière (Hercule, Les Aventures de Buzz l’Éclair), il intègre également à sa carrière l’univers de Star Wars en doublant Pre Vizsla dans la série animée Star Wars : The Clone Wars puis en dirigeant la première série exclusive Disney+ sur cet univers, The Mandalorian. Chez Disney, il campe également Thark Bookie dans John Carter en 2012. Ce touche-à-tout passe une nouvelle fois derrière la caméra en 2011 avec Cowboys & Envahisseurs qui lui vaut de diriger Harrison Ford et Daniel Craig au temps du Far West. Il se lance un énième défi en 2014 en mêlant deux de ses passions, les arts cinématographiques et culinaires. Il met en scène et s’offre le premier rôle du film Chef, chaleureusement accueilli par le public. Il suit parallèlement de près les affaires des Marvel Studios, restant producteur exécutif sur certains opus et en continuant d’assurer son rôle d’Happy Hogan.

Le Roi Lion = Copier-coller

Jon Favreau s’attaque donc à un mastodonte. Encore faut-il trouver une once d’âme du réalisateur dans ce film… Simple exécutant d’une commande marketing des studios Disney, celui qui avait su insuffler tant de poésie et d’audace trois ans plus tôt dans Le Livre de la Jungle bride tout son talent et s’efface derrière l’argument implacable de l’oeuvre intouchable. Résultat : il participe un peu plus de la sacralisation du (Le) Roi Lion, comme si l’oeuvre de base en avait besoin. Seulement, le cinéaste tire un poil son épingle du jeu en s’offrant quelques rares séquences supplémentaires ne figurant pas dans le film de 1994. Celles-ci n’ont pour but essentiellement que de rallonger des aspects narratifs déjà forcément bien explicités. Elles n’ont pas plus d’intérêt que de rallonger la durée du film pour espérer le « différencier » de son illustre prédécesseur. Cependant, on notera l’intégration de tableaux sublimes parmi ces scènes supplémentaires, qui pourraient, vues de manière isolée du reste du film, très bien figurer dans n’importe quel documentaire animalier tant elles regorgent de plans magnifiques. Toutes les parties purement cartoonesques et fantaisistes du film originel ont été évidemment éclipsées ou modifiées pour coller à l’ambiance crédible de cette nouvelle version. Jon Favreau s’est enfin amusé à développer davantage les arcs narratifs de Scar et Nala, bien que cela n’affecte pas le récit global. On notera que celui de Scar reste de loin le plus intéressant de tous les personnages, tant le traitement du personnage a été revu avec encore plus de subtilité qu’en 1994.

Passé ces quelques variations, il n’étonnera personne de retrouver un prévisible copier-coller du premier film. C’est bien simple, scène par scène, plan par plan, réplique par réplique, Le Roi Lion de 2019 ne prend aucun risque, respectant scrupuleusement, tel un opéra classique qu’il ne faudrait en aucun cas dénaturer, la trame du premier film animé. Certains s’en féliciteront pour justement le respect qui est du à cette légende, d’autres s’attristeront d’un tel aveu de paresse scénaristique. Dans tous les cas, le film divisera et fera débat même si il est assuré de s’envoler au box-office mondial, non pas parce qu’il est force de propos mais bel et bien parce qu’il s’appuie sur une savante stratégie marketing auto-promotionnelle dont seule Disney a manifestement la clef, à savoir la mise en avant d’un système d’animation par ordinateur révolutionnaire au service d’un rendu totalement inédit au et pour le cinéma, et deuxièmement la sempiternelle invocation de l’effet nostalgique que cela procure.

Le Roi Lion n’a, diraient certains, pas besoin de se sur vendre tant sa marque reste, l’une des valeurs sûres de la maison de Mickey, 25 ans après sa création. A celles et ceux qui pourfendront l’argument surutilisé que cette réinvention du (Le) Roi Lion est un moyen de reconnecter les nouvelles générations à une histoire qui a déjà un quart de siècle, il faudra leur rappeler que les enfants d’aujourd’hui et demain n’ont pas besoin – encore moins avec ce film – d’un remake pour cela, d’autant que l’animation traditionnelle en 2D reste une approche beaucoup plus accessible pour eux qu’un film d’animation en CGI – se voulant « live-action ». En revanche, un bénéfice certain de ce nouveau film est son message profondément écologique et, en ce sens, non moralisateur. Il fait même partie, d’un point de vue pédagogique, de ces rares films, qui par leur capacité à rayonner dans le monde entier, savent toucher et s’inscrire dans la pérennité car il est moins assuré que dans 25 ans, des lions sauvages par exemple seront encore observables sur Terre. En cela, Le Roi Lion de 2019 a une vertu, celle de rappeler qu’un patrimoine nature vivant existe bel et bien et qu’il est important de le préserver.

Immersion dans la savane

Si rien ne peut sauver ce « lion marketing qui se mord la queue », il est assez indiscutable d’en reconnaître les qualités visuelles absolument sans précédent. Mais en 2019 dans une année de remakes Disney plus ou moins qualitatifs, il est d’autant plus dommage de lire bon nombre d’avis encensant un film dont la seule plus-value finalement reste son esthétique. Elle n’est pas révolutionnaire par ailleurs, simplement la résultante de la perfection d’une technique en rodage depuis plusieurs années. Si tenté que l’on puisse parler de mode, ce parti-pris technique de représenter la faune et la flore de manière ultra-réaliste, au point que cela en devienne confondant avec notre propre vision du réel, ne date en effet pas d’hier. La société de production d’effets visuels à l’origine du (Le) Roi Lion (2019) est Moving Picture Company (MPC). Ayant déjà fait ses preuves en reproduisant sur grand écran dans L’Odyssée de Pi en 2012 un tigre en images de synthèses réalistes et à l’aspect totalement bluffant, elle continue de repousser les limites de sa recette magique. Dans Le Livre de la Jungle en 2016, c’est celle-là même qui avait été en charge de remodéliser des animaux mais aussi un écosystème dans lequel évoluait à la fois ces personnages et un être humain, Mowgli. Si MPC, qui fait désormais de l’ombre à l’autre grande société d’effets visuels d’Hollywood, Industrial Light & Magic – qui appartient à Disney – ne s’arrête pas à de la nature en CGI (elle a également travaillé sur la saga Harry Potter, Justice League ou Blade Runner 2049), elle reste à n’en point douter l’adresse incontournable des géants du divertissement pour ce type de performance visuelle.

Car oui, il s’agit bien d’une performance, presque même tape-à-l’oeil puisque tout est basé sur ce seul postulat. Disney a usé de stratagèmes pour vendre le film comme un défi technique à même d’apporter sa pierre au septième art. Il n’en est rien selon nous : la technique reposant sur la suprématie des images de synthèse générées par ordinateur atteint son paroxysme mais n’apporte rien de bien novateur. C’est d’autant plus vrai que les exemples de pure révolution technique abondent au sein de la Walt Disney Company, qu’il s’agisse du premier cartoon parlant au premier long-métrage d’animation en 3D en passant par la création de la caméra multiplane, la naissance du premier long-métrage d’animation en couleurs, l’ajout du son stéréophonique, le développement du mélange de prises de vue réelles avec des images animées de Mélodie du Sud jusqu’au (Le) Retour de Mary Poppins en passant par Dinosaure. Le Roi Lion en son temps avait même repoussé les limites de l’animation en offrant notamment une séquence devenue culte, et il faut le rappeler d’un prodige d’animation époustouflant, la mort de Mufasa. En 2019, Disney réitère l’expérience sans véritable défi technique à relever, la méthode étant plus que connue et maîtrisée dorénavant. Elle est simplement plus aboutie et c’est ce qui en fait sa valeur par rapport à de précédents films comme Le Livre de la Jungle. Bien qu’il n’en s’agisse pas d’un, le film se révèle être un formidable vecteur d’images en prise de vue réelles, alors, que nous assistons là au triomphe de la technologie à la pointe.

Le Roi Lion Teaser
Le Roi Lion Teaser

Le procédé reste assez simple à comprendre. Les magiciens travaillant derrière ce type de film accordent une importance à viser le photoréalisme à partir de rien. Cela doit passer par la conception d’un environnement numérique aux détails ultra-poussés et une photographie bluffante. Il convient également, pour coller au mieux à la réalité et faire de ce matériau un objet de cinéma, de le prendre comme tel, un décor dans lequel évoluent des personnages eux-mêmes générées par la machine. Partant de ce principe, il faut ensuite les filmer comme on pourrait le faire sur n’importe quel film. De vraies caméras ont ainsi été utilisées en studio devant des écrans verts, pour saisir au mieux l’intensité et le ton de chaque scène : le mouvement de chacune d’entre elles permet de bénéficier d’un rendu saisissant sur grand écran. On apprécie la nature parce qu’elle est non seulement belle et détaillée mais aussi bien cadrée, chose qu’il n’aurait peut-être été pas possible de faire des années plus tôt. Une fois cette réalité virtuelle captée, il n’y avait plus qu’à améliorer l’image et apporter le son tout aussi réaliste lui aussi et s’appuyant pour le coup sur de vrais bruits émanant de la nature. En cela, le film se rapprochera d’un live-action, bien que son image prouve le contraire. S’agit-il du coup d’un film dit « live-action » ou au contraire d’un film « d’animation » ? La frontière reste assez floue mais on aura tendance, d’un point de vue strictement cinématographique à le classer dans la seconde catégorie. Et cela reste d’autant plus paradoxal quand on sait que Disney s’efforce de mettre en avant son nouveau bijou comme un film fait d’images tournées dans le réel. Or, il faut s’arrêter au postulat de départ : il s’agit bien d’un deuxième film d’animation Le Roi Lion. Seule la technique change passant du crayon à la souris d’ordinateur.

Le Roi Lion Mufasa

Le film qui ne trouve pas sa propre identité

A mi-chemin entre un reportage détourné de Patrick Bouchitey et un pur documentaire Disneynature, Le Roi Lion dans sa version de 2019 surprend par un visuel d’une rare exigence donc. Tout d’abord ses animaux sont d’un réalisme fou et déroutant au point que l’on s’y méprendrait à croire qu’il s’agit de vrais animaux. Leur fourrure ou leurs plumes, leurs postures, leurs mouvements, leurs couleurs, leurs cris et même leur immobilisme parfois sont autant d’éléments tous plus réussis les uns que les autres. Passé ce point sur le photoréalisme des animaux de la savane, on ne peut que déplorer que cette animation surprenante ne fasse pas honneur aux personnages cultes de cette histoire. L’histoire de la vie comme il est narré en début de spectacle nous invite à une expérience hors-du-commun et il est assez notable de constater que la scène qui donnera assurément le plus de frissons est celle où les animaux ne parlent pas mais restent bel et bien les acteurs de leur propre histoire au son de l’imposante « Circle of Life ». Disney tenait là un concept fort pour réadapter Le Roi Lion dans un format différent tout en respectant le matériau scénaristique original. Les animaux n’auraient simplement pas du parler mais juste s’exprimer comme de vrais animaux : cette idée aurait d’ailleurs été dans le sens du réalisme à tout prix du film tout en permettant de préserver le charge émotionnelle de l’histoire, et qui passe entre autres par les musiques. Ces dernières auraient été interprétées par des chœurs et des voix-off rhétoriques, un peu à la manière d’un conte ancestral. Des narrateurs ou les pensées parlées des personnages nous auraient pourquoi pas guidé entre chaque chanson. Le Roi Lion aurait été revisité d’une façon beaucoup plus intéressante selon nous et ça aurait l’occasion de puiser dans les apports de la comédie musicale de Broadway. Mais Jon Favreau et Disney se sont manifestement refusés à toute prise de risque en misant tout sur une expérience visuelle et sonore implacable.

Circle of Life

La conséquence directe d’avoir fait parler des animaux supra-réalistes est qu’on ne sait pas trop comment les apprécier à leur juste valeur. Là où des Aslan (Le Monde de Narnia – Chapitre I : Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire Magique) ou des Bagheera (Le Livre de la Jungle (2016) étaient de franches réussites émotionnellement parlant, les nouveaux animaux de la revisite du (Le) Roi Lion n’ont pas la capacité suffisante pour transmettre quoi que ce soit, à ceci près que Disney réussit malgré tout à humaniser quelque-fois le regard de certains d’entre eux. On pensera par exemple à l’un des rares moments émouvants du film quand Simba vient de naître ou aux introspections de Rafiki, qui de par son espèce, est probablement le personnage le plus facile à humaniser justement. Mais c’est bien maigre pour pouvoir se revendiquer d’une retransposition authentique du film de 1994. C’est justement l’aspect photoréaliste qui pêche. Un exemple bien concret pour comprendre le problème inhérent du film : dans notre réalité, un animal sauvage qui va se tordre de douleur après avoir été abattu par des chasseurs par exemple ne pourra que provoquer un sentiment d’empathie ; dans la réalité virtuelle du film en question, la mort de Mufasa version 2019 fait totalement pshit et ni la douleur physique de Mufasa ni la souffrance psychologique de Simba ne nous convainquent. Certains paramètres réalistes n’entrent plus en jeu, les rugissements des animaux aux moments clefs, leur respiration et surtout l’expressivité de leur visage. Dans le film de Jon Favreau, un point fâche : le mouvement des lèvres des animaux. Là où nos exemples précédents d’autres films Disney prouvaient qu’il était possible d’apposer sur de « vrais-faux » animaux un pendant émotionnel significatif tout en rendant l’aspect réaliste crédible, Le Roi Lion oscille entre le pur documentaire animalier et le conte de l’enfance qu’il faudrait à tout prix respecter.

Disneyrature

Partant de ce principe, c’est tout le film qui se décrédibilise. Pas un seul animal, en dépit de son réalisme fou, ne parvient à porter sur ses épaules l’héritage de son aïeul des années 1990. Tout ce petit monde manque de consistance même si on essaye tant bien que mal de se détacher du premier film et d’analyser ce dernier de manière isolée. Et ça n’est pas le casting vocal aux petits oignons du film qui sauve cet aspect calamiteux car les voix sont toutes plus belles les unes que les autres – mention spéciale sera faite à Billy Eichner et Seth Rogen – mais ne collent pas aux personnages à l’écran. Il y a un réel fossé entre l’émotion véhiculée dans le timbre de voix des comédiens et le rendu sur les animaux. Et cet adage est tout à fait pertinent dans la scène de combat final du film : les dialogues entre Scar et Simba sont, comme dans le film de 1994, shakespearien au plus haut point, mais sonnent faux avec leur duel bestial trop réaliste pour rendre l’ensemble crédible. Tout est fait pour que le spectateur prenne une posture plus contemplative qu’autre chose. Aucun personnage n’a le charisme nécessaire pour se connecter au spectateur. L’émotion ressentie est donc soit absente soit différente selon les personnes qui verront le film Heureusement, les chansons sont là pour jouer les madeleines de Proust… Tout ceci nous amène à notre hypothèse de départ : le défi expérimental du (Le) Roi Lion version 2019 n’est simplement pas totalement rempli. Il aurait mieux fallu viser la force de frappe émotionnelle d’un documentaire Disneynature (Nés en Chine et Félins en sont de bons exemples) quitte à retransposer un chef d’oeuvre de façon ultra-réaliste. Ce film se prend à son propre piège de vouloir proposer la même chose en voulant faire différemment..

L’autoplagiat n’est pas une tare en soi. La compagnie aux grandes oreilles a prouvé depuis le début des années 2010 qu’il était tout à fait possible de proposer un contenu innovant à partir de bijoux de son propre répertoire animé. Dumbo de Tim Burton prouve notamment qu’on peut respecter le film originel tout en permettant à un réalisateur de renom de se réapproprier l’histoire en apportant de nouvelles propositions. Certes avec Le Roi Lion, l’idée même de changer la moindre scène paraît inenvisageable tant le film revêt depuis sa sortie un caractère sacré quasiment inaliénable. D’ailleurs Disney ne s’y méprend pas en déclinant cet univers dans de nouvelles séries télévisées avec de nouveaux personnages et non la « première » génération intouchable. Quoi qu’il en soit, en partant du principe qu’il fallait nécessairement se diriger vers une copie conforme du premier film, nous étions en droit de nous attendre à un film faisant honneur au précédent avec des personnages tout aussi forts. C’était être naïf quant aux réelles motivations plus terre à terre de Mickey, qui a oublié le sens du mot créativité et atteint avec ce film ses limites artistiques dans sa vaste entreprise de remakes. Pour résumer, tout est beau dans ce pastiche Le Roi Lion mais sans saveur quand le Grand Classique définitivement indétrônable, mariait si bien l’esthétique au sentiment.

Nature & environnement

Il est important malgré tout de souligner que le travail visuel ne s’arrête pas aux animaux. La photographie du film – peut-être un poil trop saturée – parle d’elle même mais surtout les environnements naturels sont tous plus époustouflants les uns que les autres. Les scènes les plus abouties surviennent quand la nature reprend, pourrait-on dire, ses droits, en s’abrogeant la parole et en permettant à sa faune et sa flore de briller du plus bel éclat. La vie des insectes en conscience collective arrive à nous émouvoir, le ciel étoilé de Rafiki  qui montre la voie à Simba et même un morceau de poils illustrant parfaitement l’adage du film, sont les seules prises d’audace ; les seuls moments où l’on perçoit un semblant de verve artistique de la part de Jon Favreau, noyé dans son propre défi d’avoir voulu révolutionner le cinéma, alors que le cinéma n’en demandait pas tant… C’est du gâchis. Doit-on blâmer le cinéaste exclusivement ? Certainement pas : il était certes en droit de refuser un film de commande, mais quel cinéaste refuserait de mettre en scène Le Roi Lion après tout ? On se soulagera avec les crédits qui insistent, à juste titre, sur le talent des réalisateurs du film de 1994, Roger Allers et Rob Minkoff, dont l’oeuvre a été tout simplement pillée dans un format désincarné. Ce sont eux les vrais génies à saluer !

La musique sauve l’honneur de la tribu

Il en saura de même pour les chansons composées par Elton John et Tim Rice dans les années 1990. On ne pouvait envisager Le Roi Lion autrement que leur présence. Peut-être aurait-il fallu les présenter d’une manière différente. Rien d’extraordinaire donc puisqu’elles sont déjà connues de tous et qu’il est toujours appréciable de les réentendre avec une orchestration plus fraîche et – dans ce film – plus fine et profonde. Mais même certaines séquences musicales ne passionnent pas de part, encore une fois le décalage entre l’ultraréalisme et l’identité très marquée qu’elles ont depuis 25 ans. « I Just Can’t Wait to Be King » (Je Voudrais Déjà être Roi) est insipide par exemple, tentant de reproduire au plan près la scène originale qui était plus chatoyante et exotique. Enlever tout cet aspect de la chanson est une erreur : la nouvelle version ne tient pas la route clairement. Autre offense remarquable : la balade « Can You Feel the Love Tonight » (L’Amour Brille Sous les Etoiles) reprise brillamment par Donald Glover et Beyoncé est retransposée… en plein jour ici ! Mais là où le bât blesse profondément, c’est avec la nouvelle chanson « Spirit » composée par Ilya Salmanzadeh, Labrinth et Beyoncé et chantée par la « Queen » exclusivement pour ce film, et s’intégrant à un moment qui ne s’y prête pas du tout. De plus, sa mélodie pop ne parvient pas à se fondre dans l’ensemble musical cohérent du film. Elle en devient totalement oubliable et nous fait regretter d’autant plus « He Lives in You », une chanson écrite par Lebo M qui fut utilisée à la fois dans le film d’animation Le Roi Lion 2 : L’Honneur de la Tribu et dans le musical de Broadway (et plus récemment dans une production de Disneyland Paris). Ironie du sort, cette chanson a été retravaillée remarquablement pour les crédits de fin du film, comme si Disney insultait son propre héritage.

Mais la musique du (Le) Roi Lion de 2019 a malgré tout énormément de qualités qui lui sont propres. Toutes les chansons ne sont pas à rejeter d’une part. « Circle of Life » revient plus grandiloquente que jamais grâce au talent vocal de la chanteuse sud-africaine Brown Lindiwe Mkhize, qui a interprété le personnage de Rafiki dans plusieurs productions scéniques anglaises, américaines et australiennes. En France, la chanson « L’Histoire de la Vie » est reprise par la sublime China Moses, voix française de la Princesse Tiana. On notera par ailleurs que la chanson n’a pas bénéficié de changements forts par rapport à la version de 1994. On a vraiment l’impression de revivre la scène du dessin animé de l’enfance… Les autres chansons ont quant à elles été plus ou moins réarrangées et réorchestrées. C’est le cas de « Be Prepared » (Soyez Prêtes) qui divisera probablement mais dont les nouvelles sonorités et l’ambiance collent parfaitement (justement) avec ce réalisme poussif. Finalement, c’est « Hakuna Matata » qui s’en sort le mieux, un peu plus rallongée que la version originale et tout aussi entraînante. Le générique de fin propose aussi une chanson inédite écrite par Elton John et Tim Rice pour ce film, « Never Too Late » chantée par Elton John en personne. Enfin, le film nous offre une reprise très sympathique de « The Lion Sleeps Tonight » du groupe The Tokens, par Timon et Pumbaa.

Mais ce qui nous a particulièrement marqué, c’est le travail inhérent de la bande son du film par Hans Zimmer. Car elle prévaut autant que celui de Elton John, Tim Rice et Lebo M. Zimmer a su se réinventer et réadapter des partitions qui semble-t-il, étaient déjà plus qu’abouties. Le compositeur émérite nous démontre toute sa maestria en apportant quelque-chose d’encore plus symphonique et onirique. Son travail sur « Stampede » et « Battle for Pride Rock » sont tout à fait remarquables.

Tous les personnages de retour

Côté personnages, la galerie est bien connue. Notre propos plus haut démontrait à quel point ils ne valaient pas le quart de leurs prédécesseurs animés. Au-delà de ce manque cruel de charisme, certains restent malgré tout appréciables dans certaines scènes.

Timon et Pumbaa sont peut-être les plus convaincants par leurs dialogues plus libres que dans le film de 1994. Il faut dire que Billy Eichner et Seth Rogen qui les doublent en version originale s’amusent à incarner ces personnages aussi cultes que le film lui-même. Ils se feront d’ailleurs remarquer à plus d’un titre mais on retiendra un passage ultra-drôle et inattendu avec nos deux compères. En France, c’est le duo Jamel Debbouze (Dinosaure, Monstres Academy, Toy Story 4) et Alban Ivanov qui a été choisi pour jouer respectivement le suricate et le phacochère.

Même s’il n’égale pas le talent de Jeremy Irons, l’acteur Chiwetel Ejiofor (Doctor Strange, Maléfique : Le Pouvoir du Mal) incarne un Scar encore plus shakespearien à la perfection. Le travail vocal très élégant qu’en fait Ejiofor se mêle parfaitement à la transformation physique opérée sur le personnage, dont la couleur de fourrure est plus claire mais qui nous rappelle malgré tout les traits du pendant animé avec la cicatrice notamment. Scar est doublé en France par Michel Lerousseau, dont le talent chez Disney France n’est plus à démontrer, lui a qui déjà prêté sa voix au personnage de Ernesto de la Cruz pour les chansons de ce dernier dans le film d’animation Pixar COCO.

Toujours du côté des réussites, les versions jeunes de Simba et Nala sont d’excellents choix de casting. JD McCrary et Shahadi Wright Joseph doublent à la perfection les lionceaux et rivalisent presque avec Donald Glover et Beyoncé.  En France, les dialogues de Simba sont de Lorik Saxena et ses chansons sont interprétées par Ismaël El Marjou. Nala est doublé en français par Lévanah Solomon.

le roi lion 2019

Simba adulte est campé par Donald Glover déjà aperçu chez Disney en Lando Calrissian dans Solo : A Star Wars Story et dans le rôle du Rôdeur dans Spider-Man Homecoming. Le comédien propose une performance assez proche de celle de Matthew Broderick dans la version de 1994, tout en apportant un groove supplémentaire notamment dans les chansons. La voix française de Simba est le comédien Rayanne Bensetti qui respecte à la lettre le travail fait par les américains sur le personnage.

le roi lion

Le parcours de Nala est davantage approfondi dans le film de 2019. Le « girl power » n’a décidément plus de limites dans l’agenda 2019 de Disney. Ces quelques explications supplémentaires sur le destin de Nala n’apportent strictement rien de pertinent au récit global. En revanche, on saluera l’exercice de style que nous offre Beyoncé plus inspirée que jamais avec ce personnage. En France, le rôle est assuré par la jeune chanteuse découverte dans The Voice, Anne Sila.

le roi lion

James Earl Jones fait du James Earl Jones. Il est évident que n’importe quel fan prendra un plaisir non dissimulé à retrouver cette légende dans la peau de Mufasa tout comme ce sera le cas pour Jean Reno qui prête à nouveau sa voix au père de Simba pour la version française. Ces deux grands acteurs font le job comme on dit sans apporter d’âme supplémentaire à leur personnage.

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Alfre Woodard (Captain America : Civil War) s’est vue confier le rôle de Sarabi, la mère de Simba. Cette lionne est la copie conforme de celle de 1994. C’est Juliette Degenne qui se charge de sa voix en France. Rafiki, en babouin beaucoup plus sage, calme et avenant que dans le dessin animé, est incarné par un acteur exceptionnel lui aussi et se démarque assurément du lot, John Kani, qui joue le papa de T’Challa alias Black Panther dans le Marvel Cinematic Universe. Sa prestation parvient à nous émouvoir notamment durant la scène où Simba se retrouve face à l’esprit de son père. En France Rafiki est joué par Daniel Kamwa.

le roi lion

On oubliera pas les célèbres hyènes du film. Les scénaristes ont préféré garder une certaine forme gagesque pour ces personnages bien que Ed et Banzai aient été supprimés de cette nouvelle version au profit de deux nouveaux personnages, Azizi et Kamari, respectivement doublés aux Etats-Unis par Eric André et Keegan-Michael Key (Toy Story 4) et en France par Jean-Baptiste Anoumon et Diouc Koma. Quant à Shenzi, elle presque conforme à la version de 1994, plus féroce encore. Florence Kasumba, qui n’est, elle aussi pas inconnue des fans de Marvel, en assure la voix originale tandis qu’en France, c’est Sabrina Ouazani qui l’interprète.

Enfin, la voix de Zazu, on la doit en anglais à l’animateur phare John Oliver, qui livre une prestation très correcte et en France à Sébastien Desjours – un vraie erreur de casting pour le coup.

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Plus de beauté, moins de charme : c’est ce qui définit la nouvelle version du (Le) Roi Lion. Nouveau carton en prévision pour les Walt Disney Studios après Captain Marvel, Avengers Endgame, Aladdin et Toy Story 4, Le Roi Lion incarne à lui seul l’agenda créatif excellemment paresseux et pauvre de Disney cette année. Sa technologie de pointe aurait pu être investi dans un film inédit. Gageons que son succès inéluctable donnera des idées à Disney pour utiliser ce nouveau style de film dans des productions inédites.

Le film est une réussite visuelle incontestable et incomparable. En ce sens, le remake stricto senso remplit ses promesse et le cahier des charges est intégralement coché. Son casting vocal est brillant et ses musiques continuent de nous transporter. Loin d’être le pire film Disney des dix dernières années, simplement par le fait qu’il parvient à faire aboutir la question expérimentale de l’animation dans le « réel »,  il manque cruellement d’identité et de supplément d’âme. Son manque d’émotion est un comble quand on sait que c’est ce que l’on attend du (Le) Roi Lion de base. Seule la scène d’introduction sera parvenue à nous donner des frissons. Jon Favreau tenait dans ses mains un bijou qu’il aurait pu retravailler différemment sans le dénaturer. Par crainte probable d’un mauvais traitement médiatique, Disney et Favreau ont décidé de choisir la voie très facile du « sans risque ».

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A force de vouloir à tout prix jouer la carte du copier-coller et la nostalgie, cette nouvelle version s’emmêle les pâtes en oubliant, l’essentiel, l’émotion. Et le constat est le même pour les séquences musicales qui font, exception faite de l’ouverture et « Be Prepared », font flop. Alors, le meilleur moyen de ne pas détériorer un chef d’oeuvre et donc de le respecter n’est pas de le répliquer à la lettre comme une partie de la presse laisse à penser, mais bel et bien de ne rien faire et de laisser l’oeuvre en question tranquille, qui n’a pas besoin d’un remake pour se pérenniser. Rien n’y fait. Le Roi Lion de 1994 reste le Roi au royaume animal.

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