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Conférence de Presse parisienne du Retour de Mary Poppins

A l’occasion de la sortie mondiale du film Le Retour de Mary Poppins, la suite du film culte de Walt Disney, 54 années après ce dernier, l’équipe Disneyphile a eu la chance de pouvoir participer le lundi 10 décembre 2018 à la conférence de presse du film donnée depuis l’Ambassade de Grande-Bretagne à Paris. Furent présent durant cet événement une partie de l’équipe du film composée de Rob Marshall, son réalisateur, John DeLuca, son producteur, Emily Blunt et Lin-Manuel Miranda, ses interprètes principaux.

Rencontre avec l’équipe du Retour de Mary Poppins

[Animatrice] Avant de démarrer cette conférence de presse, nous tenons à féliciter l’équipe du film pour les quatre nominations obtenues aux Golden Globes il y a quelques jours de cela. Merci d’accueillir le réalisateur Rob Marshall, Mary Poppins en personne, Emily Blunt, l’interprète de Jack, Lin-Manuel Miranda et le producteur John DeLuca. Merci d’être avec nous à Paris. […] Quelle a été la chose la plus excitante, la plus difficile, la plus effrayante quand il a fallu faire une suite au film emblématique qu’est Mary Poppins ?

[John DeLuca] Tout ! [rires] Toute les étapes !

[Rob Marshall] C’était intimidant évidemment. Mais en même temps, j’ai senti que s’il fallait une personne pour faire ce job, ce devait être moi, parce que, j’ai tellement aimé le premier film… Je pense que nous tous ?! Il nous est si cher. […] Quoiqu’il en soit, ce film signifie énormément pour beaucoup de gens, et surtout ceux qui ont été impliqués sur ce le nouveau. Et je savais que mon but durant tout le temps où j’ai travaillé [sur Le Retour de Mary Poppins] était de rendre hommage à ce film et m’assurer que l’esprit dans ce nouveau film était présent, celui d’un film musical. C’était un numéro d’équilibriste tout le temps. Et je pense que c’est venu directement du cœur, pour chacun d’entre nous. Nous savions que le défi à relever était élevé, c’était quelque-chose que nous avons cherché tous ensemble. Je parle pour tout le monde, nous avons le même ressenti sur cet objet qui occupe une place spéciale dans nos cœurs.

Emily Blunt Lin Manuel Miranda Rob Marshall

[Presse] Nous avons des numéros musicaux de jazz et de swing dans le film. Était-ce particulier pour vous, Emily Blunt, de chanter du jazz ?

[Emily Blunt] C’est très excitant à vrai dire de chanter les chansons dans ce film. Les compositeurs Marc Shaiman et Scott Whitman ont voulu rendre hommage au film original, en essayant de protéger son authenticité inspirante. Il s’agit de nouvelles aventures, c’est le prochain chapitre. Et comment justement faire honneur au premier opus ? Et pourtant musicalement, ils ont ouvert un espace de création incroyable pour eux-mêmes et pour nous, ce qui a rendu la chose terriblement excitante, terriblement dure à interpréter aussi. Et très certainement, ces grands numéros dans le film ont un impact important en terme de présence orchestrale, ce qui fait qu’on en devient ravis de pouvoir les chanter et les danser. Donc oui, j’ai adoré ça.

[Animatrice] Et pour rebondir là-dessus, si je ne m’abuse, il s’est avéré que les chansons ont été développées en fonction de chacun d’entre vous.

[Emily Blunt] Exactement. Je pense que les chansons ont été taillées comme des costumes sur mesure durant la période où nous les avons travaillées. Et certaines chansons ne ressemblent pas forcément à leur première version. L’une des miennes a eu trois ou quatre versions différentes. Une des chansons de Lin [Manuel-Miranda] a eu sept versions aussi. Il faut vraiment attendre avant de voir que ce que vous tenez est parfait, pour tout le monde, pour celles et ceux qui les ont écrites et composées.

[Lin-Manuel Miranda] C’est forcément exaltant de travailler sur un film musical original, une espèce en voie de disparition. Et cela nécessite un processus créatif. Et nous avons travaillé ; vous avez travaillé sur le script, mais depuis que nous avons été engagés dans le casting, nous avons testé beaucoup de chansons différentes, jusqu’à ce qu’elles nous conviennent en tant qu’artistes, mais pas seulement, aussi pour le moment présent.

[John DeLuca] Et nous avons eu le chance de savoir qui allait chanter quoi dans le scénario, ce qui a pu nous aider à personnaliser certains éléments pour les acteurs.

[Animatrice] Ça a du être excitant pour vous deux [s’adressant à Rob Marshall et John DeLuca] !

[Rob Marshall] Je pense qu’il n’y avait pas d’autre moyen possible. Parce que nous avons littéralement créé tout ça en partant de zéro. Et sans Emily et Lin impliqués depuis le début, je ne sais pas si nous aurions été inspirés. Je veux dire, je ne sais pas comment ils auraient fait eux. Ils étaient littéralement à nos côtés durant les trois années ; nous avons commencé à écrire en 2015. Ils étaient déjà presque là depuis le début.

[John DeLuca] Vous savez, nous avions un atelier de travail pour le scénario et ils en faisaient partie. Notamment comment nous nous sommes plongés dans les personnages et l’histoire. Et nous avons eu deux mois de répétition. Il est déterminant pour moi et Rob que nous nous impliquions tous dans ce processus, unis comme une famille. Et je pense que les relations sont devenues très profondes.

Le Retour de Mary Poppins Luminomagifantastique

[Presse] Emily Blunt, vous-êtes vous préparée vous-même pour camper le rôle de Mary Poppins ? Que gardez-vous du personnage ?

[Emily Blunt] J’ai du garder l’un de ses parapluies. Je ne vais pas dire que je l’ai volé mais probablement, je vais l’obtenir auprès du chef accessoiriste. J’ai donné ce parapluie à un parent que j’aime et j’affectionne. Mais je pense que nous avons un script exquis de David McGee, qui a créé vraiment quelque-chose de complexe et magique, très excitant à incarner en tant qu’acteur. J’ai été totalement ravie de jouer ce personnage. Il y a même quelque-chose de presque contradictoire finalement dans le fait de jouer quelqu’un de très pratique et en même temps fantastique, quelqu’un qui est au sol et pourtant vous savez qu’elle peut voler avec une telle humanité. Et elle est vraiment drôle en vain que ce fut très excitant de la jouer. Je pense avoir trouvé l’excentricité que Rob et moi voulions saisir chez elle et qui est très présente dans les livres, dans les sept livres. Donc, c’était une sorte d’alliage entre un scénario parfait et les livres.

[Animatrice] Lin-Manuel, il s’agit pour vous de votre première expérience cinématographique après avoir donné tant sur scène. Qu’avez-vous ressenti par rapport aux planches ?

[Lin-Manuel Miranda] Ca n’est pas si différent de la scène à la différence près que, quand vous avez terminé votre performance musicale, vous devez attendre un an et demi pour les applaudissements. C’était la grande différence pour moi. Mais honnêtement, Rob et John viennent de la scène et nous avons pu avoir une préparation adéquate durant deux mois de répétition, prenant la forme d’une compagnie en répétition. Et l’autre chose, c’est que nous construisons un spectacle musical inédit. C’était vraiment une joie de faire partie du processus de création.

[Presse] J’ai été particulièrement épatée par le formidable ballet des allumeurs de réverbères, qui ne sont pas seulement danseurs mais aussi d’authentiques gymnastes. Est-ce que c’était justement un critère de sélection et comment les avez-vous entrainés ?

[Rob Marshall] Cette séquence était un rêve pour moi et John. J’ai toujours voulu d’une production musicale « pilier » de huit minutes mettant en scène évidemment les danseurs mais aussi Mary et les enfants. Mais c’est aussi un numéro très viril, très masculin. Nous avons fait ça et j’en suis très fier. Je me suis concentré beaucoup sur les personnages, les tempéraments. J’adore les danseurs mais sans caractère, ça revenait plutôt à filmer un groupe de personnes. C’est important pour moi de trouver les danseurs qui avaient les bonnes personnalités, les bonnes sensibilités, quelque-chose de spécial, guidés par quelqu’un comme Lin-Manuel, qui a justement un peu de tout ça voire plus. J’adore travailler avec des acteurs qui savent aussi chanter et danser. C’est quelque-chose de très important pour moi. Vous cherchez toujours à ce que ces personnes amènent des personnages à la vie et chanter, danser ou jouer m’importe peut : tout cela vient du même endroit, la vérité. Et quand vous regardez ce numéro, vous sentez qu’il n’y a qu’un seul groupe d’hommes éclectiques, des petits, des grands…

[John DeLuca] A propos du recrutement. Quand nous avons demandé des personnes dotées de certaines capacités en gymnastique, nous avons fait une audition pour des cyclistes, des gens qui font des tours spéciaux etc. Nous voulions « poivrer » le tout avec ça, nous voulions utiliser tout l’environnement à notre disposition.

[Rob Marshall] Ces gars, cascadeurs, n’ont jamais été dans numéros musicaux auparavant.

[Emily Blunt] C’était très marrant d’ailleurs. Vous avez essayé d’enseigner aux coureurs de BMX. Vous aviez cinq des meilleurs coureurs de BMX du pays et vous avez topé « 3, 2, 1 » comme s’ils n’avaient jamais fait ça de leur vie !

[Rob Marshall] Ils ont été fantastiques et ont appris très vite.

Lin Manuel Miranda Emily Blunt

[Presse] Comment avez-vous réussi à redonner à une nouvelle vie à un classique de Disney pour la nouvelle génération, mais tout en offrant une touche de nostalgie pour l’ancienne génération ?

[Animatrice] C’est une très bonne question car tout au long du film, nous avons des allusions qui sont faites au premier volet, que ce soit musicalement ou visuellement. En quoi était-ce important pour vous Rob ?

[Rob Marshall] Nous jouions vraiment un numéro d’équilibriste tout le temps. Il faut d’un côté rester dans un grand respect et une forme d’hommage au premier film parfait et dans le même temps, vous avez envie de créer une toute nouvelle histoire. Donc, le sujet était de trouver notre propre histoire, comme dans les livres, de manière épisodique, sans lien entre chaque aventure. Donc, nous avons pu utiliser des parties de décors, des parties musicales et certains personnages mais pas tellement car David McGee, John et moi-même  avons créé notre histoire et notre entrée. Et comme le disait Emily tout à l’heure pour les livres, nous sommes allés d’abord dans les livres aussi pour débuter et trouver notre chemin. Et parce que les livres ont été écrits durant le Grande Dépression à Londres, c’était un élément clef pour nous. Et je pense que recadrer le récit durant la Grande Dépression me semblait très actuel parce que nous pouvons tous comprendre la noirceur de cette époque, en tenant à son propre foyer : c’est quelque-chose de très spécifique. C’est un équilibre constant. J’étais quand même plus motivé à l’idée de créer quelque-chose de nouveau et d’apporter à des moments très stratégiques de vrais hommages, et puis passer la plupart du temps à mettre l’accent sur la création d’une comédie musicale originale.

[John DeLuca] Je peux ajouter qu’il y avait effectivement des petites choses que vous voyez comme une boule à neige ou des parties musicales. Mais encore une fois, Rob était très exigeant dans ce qu’il voulait voir apparaître ou pas. Ces petits « Easter Eggs » rendent le film encore plus amusant et incitent à revoir le film plusieurs fois. Mais l’autre sujet était l’état du monde qui devient de plus en plus sombre et nous avions envie de donner un genre d’antidote au stress du monde. Les gens deviennent tellement habitués à la violence et au cynisme de notre monde que nous voulions voir les nuages ternes dans le ciel s’ouvrir et voir Mary apparaître d’une manière très métaphorique, pour apporter de la lumière à notre époque. C’est pour cela que c’était, je pense, le bon moment pour faire ce film. Et il y a aussi le fait qu’il y n’y avait qu’une seule personne pour ce rôle, Emily Blunt donc nous y sommes allés. Puis nous avions Lin-Manuel. L’aura de ces deux personnes est signifiante. Puis nous avons Rob Marshall : il n’y avait pas d’autre personne que lui pour s’attaquer à ce problème. Il a le génie de l’inspiration dans ce film. C’est sans précédent. J’ai pu être là chaque jour sur le tournage, il a abordé cette création avec la délicatesse qu’il faut pour chaque détail sans perdre l’essence globale. Et je pense que c’est un vrai artiste qui peut arriver à ça.

[Lin-Manuel Miranda] Si vous étiez nés plus tôt au XXème siècle, nous aurions pu parler de Stanley Donen, des décideurs de ces grandes comédies musicales de la MGM, nous aurions pu aborder tout ça.

[Presse] Vous évoquiez la dimension politique du film, qui était aussi présente dans le premier avec les suffragettes. Là, il y a une évocation des banques qui ressemble à un énorme désordre capable du meilleur ou de la pire des choses. Est-ce que c’est ce que vous avez voulu laissé entendre dans le film ?

[Rob Marshall] C’est un récit en pleine ère de la Grande Dépression à Londres. Le fait que les Banks perdent leur maison faisait partie de cette époque. A mon avis, c’est plus un film à message personnel sur la perte et comment la gérer. D’abord, la perte en tant qu’adultes pour Michael et Jane, qui doivent faire face aux aléas difficiles de la vie et du coup, oublier le merveilleux et l’imagination qu’ont les enfants, et qui disparaît, plus particulièrement pour cette famille. Elle fait face à la perte d’un être cher : comment réparer ça, en composant avec l’époque de la Grande Dépression ? Je veux dire, tout tombe en morceaux : comment, en ces temps sombres, trouver la lumière et la façon dont la trouver ? De ce fait, Mary Poppins revient et les aide de la plus belle des façons qui soit, car elle les conduit à ça, elle les aide à se chercher eux-mêmes leur propre chemin, à se redécouvrir ; c’est l’aspect extraordinaire de ce personnage et ce que Emily lui a apporté : elle leur laisse le soin de se retrouver eux-mêmes, de la manière la plus belle qui soit puis elle est repartie. Donc, ce que je veux dire, c’est que c’est évidemment le message du film. Comment on arrive à se lever le matin justement en gérant une perte, comment affronter ça ? Si vous pouvez atteindre la lumière, une lueur d’espoir d’une certaine façon, c’est comme ça que vous allez de l’avant. Et c’est ce qui traverse aussi les romans de P.L. Travers : si nous regardons la vie à travers le regard d’un enfant et la sensibilité associée, cela nous aide à avancer.

Le Retour de Mary Poppins bande-annonce 02

[Animatrice] C’est drôle Emily : tout le monde vous voyait déjà dans le rôle. Mais vous, vous êtes-vous vu dans la peau de Mary Poppins ? Qu’est ce que vous vous êtes dit avec Rob quand il vous a demandé si vous vouliez être Mary Poppins ?

[Emily Blunt] J’ai conscience qu’il y avait la réputation du personnage, parce qu’elle est tellement iconique, et aussi parce que Julie Andrews [première interprète de Mary Poppins pour Disney]. Vous sentez ce poids de responsabilité qui pèse sur vous. Je savais que j’allais le faire mais ça n’a pas été instantané pour moi. C’est un énorme morceau avec Rob avec qui j’ai déjà travaillé avant. Vous abordez ça avec de l’élégance, de la profondeur, du cœur. Et je savais qu’il fallait proposer une version 2018 de Mary Poppins. Comme me disait Rob, laisse-toi aller. Personne ne veut voir cette version de Mary Poppins parce qu’elle est flamboyante comme le film dans un sens nostalgique. Vous pensez forcément à votre enfance quand surgit Mary Poppins. Vous vous devez d’honorer ça et obtenir quelque-chose avec le personnage. Et quand vous vous lancez pour jouer le personnage, tout revient très vite par rapport à ce que vous ressentez.

[Presse] Il y a 50 ans, Julie Andrews et Dick van Dyke sont devenus des icônes de Disney, pour toute une génération. Est-ce que vous appréhendez le fait d’en devenir également pour la nouvelle génération, voire même des icônes du cinéma ?

[Lin-Manuel Miranda] Je suis vraiment flippé à l’idée de devenir une poupée Barbie ! [rires] Quand tout ça est devenu une réalité pour moi, ils m’ont montré la version de Jack, l’allumeur de réverbères en poupée.

[Emily Blunt] Poupée ?

[Lin-Manuel Miranda] Oui, c’est la gamme Barbie ! Et c’était vraiment surréaliste mais je pense que ce qui m’a préparé à ça, c’était d’amener tous les jours à mon fils un numéro chanté du film. Vous savez à ce moment là que vous venez de tourner la séquence de « Luminomagifantastique ». Je me suis assis à la place des enfants et j’ai réalisé, les yeux grands ouverts, tout l’émerveillement qui en découle. Je pense, que c’est comme ça que les enfants vont réagir à ce film. Ce fut d’abord le cas de mon fils qui a pensé que son père était vraiment cool.

[Emily Blunt] Le mot « iconique » est tellement écrasant, je trouve ! Je comprends évidemment la façon dont le film peut envoûter les enfants impatients de le voir. Mary Poppins est un personnage qui arrive à nous transporter. C’est surement ma super-héroïne : on est arrivé à une sorte de personnage Marvel avec elle. Ma version était super-héroïque. La première fois que ma fille m’a vu dans ce rôle, elle m’a demandé de faire sa voix. Fais Mary Poppins pour nous. « Spit spot and every go! » C’était la première fois pour elle, elle avait vu le film d’accord, elle savait que je jouais un rôle. Mais quand vous avez l’impression d’incarner un héros pour les enfants avant qu’ils ne deviennent adolescents, vous vous souvenez du regard incroyable qu’ils ont.

Rob Marshall

[Presse] On parlait justement de Dick Van Dyke. J’aurais aimé en savoir plus sur sa participation à ce film.

[Lin-Manuel Miranda] Dick Van Dyke a plus d’énergie à 92 ans que j’en aurai de toute ma vie… Les deux jours que nous avons passé avec lui sur le tournage étaient sans doute les plus magiques parce qu’il y a une connexion avec le premier film. Il complète un arc narratif issu du premier film sans donner de détails. Il est… magique ! Vous vous sentez davantage vivant et magique quand vous êtes dans la même pièce que lui. J’ai remarqué une chose : il peut obtenir deux ovations à la suite. Quand il rentre dans une pièce tout d’abord, juste parce qu’il existe et là, il commence à s’effacer au profit de son personnage et tout le monde commence à l’acclamer à nouveau.

[Rob Marshall] De mon point de vue personnel, c’est un rêve d’enfant qui s’est réalisé. C’était mon héros. L’avoir sur le plateau, ce fut tellement surréaliste pour tout le monde. Rejouer le même vieux banquier qu’il avait incarné dans le premier film 54 ans plus tôt. Il a attrapé ma main quand nous marchions sur le plateau et m’a dit qu’il ressentait exactement la même chose qu’avant et cela signifiait beaucoup pour moi, au fond de moi. Vous savez, il récite un magnifique monologue dans Le Retour de Mary Poppins aux enfants. Et la musique de « Nourrir les p’tits oiseaux » l’accompagne de manière très stratégique à ce moment-précis. Parce qu’il parle à ce moment là de la vieille dame aux oiseaux et de ses graines à 2 pennys. Et on se souvient tous de ça parce que je ne pouvais plus respirer et je pense qu’on venait de boucler la boucle. Il incarne vraiment le message de ce film. Et même dans son quotidien de vie, il trouve l’enfant qui est en lui et aborde l’existence avec ce genre de merveille. C’était magique.

[Presse] Vous dites que vous faites référence au film de 1964. On connait son succès et celui de ses chansons cultes. Pourquoi ne pas avoir réutilisé ces standards comme on l’a vu avec d’autres reprises avec Mission Impossible ? Était-ce juste pour des histoires d’argent ?

[John DeLuca] Non, car nous pouvions utiliser tout ce que nous voulions. Nous avions accès à l’ensemble du répertoire. Mais nous écrivions un nouveau musical. Nous voulions amener l’idée que Mary Poppins fait partie d’un tout, voilà pourquoi nous avons réutilisé certains morceaux comme « Nourrir les p’tits oiseaux », Rob l’a signifié. Nous voulions quelque-chose d’émouvant, mais parsemé ici et là. Mais nous devions trouver le moyen de nous faire notre propre chemin avec un nouveau scénario et de nouvelles chansons.

[Lin-Manuel Miranda] Sincèrement, si vous écoutez la bande-originale du film, et je vous recommande de le faire, Marc Shaiman a glissé plusieurs « Easter Eggs » de la partition du film original à des moments cruciaux. Et j’en retrouve de nouveaux à chaque fois que je la réécoute. Le moment où Mary Poppins apparaît, il dépose trois notes du moment dans le premier film où les enfants écrivent, réclamant une nounou. [chante]  Juste trois notes, puis on passe à autre chose. Il est constamment au service de l’histoire. A ce moment-là, on va vous mettre cette mélodie que vous aimez parce que nous savons que ça va vous faire ressentir des choses. C’est toujours une histoire avec des moments-clefs.

[Rob Marshall] Et il est également important de rappeler que les chansons du premier film l’ont servis si brillamment. Nous ne voulions pas ressasser cela ; comme John l’a dit, nous voulions trouver notre propre chemin, sans faire d’abus. Justement en déterminant des endroits spécifiques pour se poser et servir l’histoire si joliment ou les leitmotivs de celle-ci.

[Presse] Quel fut votre moment préféré, fun, à tourner ?

[Lin-Manuel Miranda] Je pense qu’avec Meryl Streep, nous avons ri toute la journée, un nombre de fois presque absurde. Elle incarnait avec un tel délice son personnage, avec un accent dont on ignore encore les origines. Et je pense qu’elle faisait le show pour les enfants. A chaque fois que nous filmions, elle prenait ce air très malicieux et je pense que c’était l’une de mes séquences préférées.

[John DeLuca] Mon passage préféré était celui avec le jeune acteur qui joue Georgie dans le film, et qui n’a jamais joué auparavant. Il n’avait pas conscience de son corps. Il ne sait pas ce que c’est que d’avoir conscience de soi ou de se restreindre soi-même. Il a juste laissé ses impulsions s’exprimer, se jetant dans quelque-chose de surprenant. Mais il faisait partie des moments les plus agréables du film. Quand Rob disait « Action », Emily va jouer la scène et vous voyez un enfant faire ce qu’un enfant sait faire. Moi, ça m’a remué.

[Rob Marshall] Nous riions toute la journée. La vie hilarante d’Emily… C’est un groupe de personnes très drôles… Mais je ne sais pas vraiment, je n’ai pas vraiment d’anecdotes.

[Emily Blunt] Il y a eu une blague qui est arrivée sur le tournage, je ne sais pas si c’est drôle mais bon…

[John DeLuca] Une chose qui m’a paru drôle mais qui n’a pas fait tellement rire Emily. C’est quand elle est montée très haut

[Emily Blunt] C’est vrai que c’était drôle mais effrayant.

[John DeLuca] Parce que Rob a dit « Ne t’inquiètes pas, on ne fait qu’une prise ». Et là, elle est montée si haut…

[Emily Blunt] … Comme 18 mètres !

[John DeLuca] Donc c’était très amusant. La pauvre Emily ne savait pas tourner sur elle-même.

[Rob Marshall] Je suis très fier du fait qu’Emily et Lin ont réalisé la plupart de ces cascades eux-mêmes dans ce film. C’est vraiment incroyable. Je veux dire…

[Animatrice] Et danser aussi !

[Rob Marshall] Oui, mais je parle d’un travail vraiment fou qu’ils ont fait.

[John DeLuca] Personne ne sait que c’est bien Emily un moment qui monte et tournoie dans l’eau.

[Rob Marshall] C’est elle !

[John DeLuca] Par exemple, ramasser les éponges sous l’eau, réaliser des roues aériennes. Tout ça, c’est Emily. Elle s’est entraînée et surentrainée. Et Lin, qui a sauté sur Big Ben et grimpé tout en haut. Il s’agit bien de lui. Tu étais épuisé…

[Lin-Manuel Miranda] Oui, mais c’était le meilleur !

[John DeLuca] Il y a des fois où je me sentais très mal avec toute cette charge de travail qu’ils avaient. Mais ils étaient vraiment deux cavaliers et se sont toujours proposés, n’ont jamais dit non. Et c’est un vrai bonus pour nous.

John DeLuca

[Presse] D’abord, bravo. C’est un beau rayon de soleil dans ce monde gris. L’industrie cinématographique américaine est dominée par les super-héros, les blockbusters. Est-ce que Mary Poppins est quelque-part un peu une exception culturelle ou est-elle aussi une super-héroïne ?

[Rob Marshall] Et bien, ce que j’apprécie du personnage, c’est qu’elle est mystérieuse ; nous ne savons rien. Elle est énigmatique. Qui est cette personne ? Est-elle une super-héroïne ? Est-elle réelle ou non ? Qu’est ce qu’elle est ? Ce qu’Emily a apporté à ce personnage qu’on ne peut pas retrouver sur Terre, c’est autant de strates que possède ce personnage. Parce que ça n’est pas facile à jouer. Vous en connaissez une ou deux dimensions. Mais quand Emily le joue, il y a une telle humanité dans son personnage dans une dimension unique. Vous avez l’impression qu’il y a juste une façade d’une nounou. Mais derrière ça, il y a l’humour qu’Emily a dans son coeur et la chaleur qu’elle apporte. Et c’est quelque-chose qui est très difficile à jouer parce que c’est très entier, très riche, avec beaucoup de couches. Donc, elle peut être une super-héroïne. Mais quoi qu’elle soit, il y a une représentation incroyable qui la rend si accessible et humaine. Vous sentez ça très profondément. Et je pense que c’est ce que tu as apporté, ma chère. [s’adressant à Emily]

[Emily Blunt] Parce qu’elle est si mystérieuse, elle ne révèle pas son fonctionnement interne à quiconque. Ce qui lui confère cette qualité énigmatique et qui donne également son plan général, une sorte de sens de l’énigme. Avec la plupart des super-héros, vous savez qu’il y aussi une part sombre de l’histoire qui en découle. Vous connaissez tout à leur sujet. Et ils aiment aussi s’accaparer le crédit de leurs actes super-héroïques. J’aime justement le fait que Mary Poppins ne le fasse pas. Elle prétend presque qu’elle n’y est pour rien. Elle n’en prend aucun crédit personnel. Elle s’attache à faire voyager dans une découverte de soi-même, en les [les Banks] guidant et disséminant des graines afin qu’ils changent et découvrent un nouvel angle de vue. Mais elle le fait d’une manière si délicate et intelligente : c’est ce que j’ai vraiment aimé de ce personnage. Elle ne commande pas l’environnement qu’il l’entoure. Elle ne le tient pas à bout de bras car elle sait qu’elle va devoir le quitter. Je me suis sentis dévastée comme une enfant quand j’ai regardé le film original et certainement ma propre fille quand elle l’a vu. Quand j’ai regardé mon reflet dans le ballon et qu’il était signifié qu’il était temps pour elle [Mary Poppins], ma fille a dit « Non ! ». Elle était si triste qu’elle parte encore. Elle est la super-héroïne qui connait tout de vous, mais pas forcément d’elle.

[John DeLuca] Ceci s’explique aussi par la part de création d’Emily. Car c’est une nouvelle interprétation nuancée. Ce n’est pas direct. C’est une performance plus contrastée qui nous amène à aller vers elle. Emily et Lin ont un tel talent qu’ils ne forcent pas le trait, ils ne le font pas beaucoup de fois dans une performance musicale mais ils arrivent à saisir quelque-chose qui est enfoui au fond d’eux-mêmes.

Mary Poppins Returns Cast

[Presse] Est-ce qu’il était prévu que Julie Andrews fasse une apparition dans le film ? Le rôle d’Angela Lansbury semble écrit pour une apparition de Julie Andrews.

[Rob Marshall] J’ai parlé à John [DeLuca], qui lui a parlé. C’est une très bonne amie de longue date. J’ai travaillé avec elle dans les années 1990. J’ai créé les chorégraphies pour le spectacle Victor Victoria à Broadway dans laquelle elle jouait donc je la connais depuis longtemps. Quand nous lui avons parlé du projet, elle en fut très excitée. Elle nous a dit qu’il était temps, 54 ans après. Surtout quand vous savez qu’il y a encore tout ce matériau littéraire à votre disposition. Elle était si ravie. Nous lui avons dit qui allait jouer Mary Poppins. Elle a littéralement levé ses bras au ciel en déclamant « Je l’aime ! ». Ce fut un magnifique moment. Puis nous avons commencé à lui parler de son éventuelle implication de quelque manière qui soit. Un caméo pour elle par exemple… Elle dit « Non, non, non ! C’est le spectacle d’Emily, elle doit porter ce film, c’est le sien. » C’était à un moment avant que nous commencions à écrire le film. Donc, nous n’avons pas fait le personnage de la Dame aux ballons pour elle. Il s’agit d’un personnage issu des livres et nous avons pensé à Angela [Lansbury] immédiatement, parce que pour le peu de temps qu’elle apparaît à l’écran, vous vous devez d’avoir quelque-chose de totalement magique et c’est ce qu’elle fait. Pour l’héritage qu’elle apporte de Disney, que ce soit L’Apprentie Sorcière et évidemment La Belle et la Bête, c’est ce qu’elle représente. Vous savez, elle avait 91 ans quand nous avons tourné le film. Elle porte quelque-chose de très spécial et original. Et ce magnifique passage entre elle et Emily Blunt. Elle regarde les gens s’envoler avec leur ballon et dit cette phrase, « les adultes auront évidemment tout oublié avant demain matin », et alors Mary lui répond, « Oui, comme d’habitude ». C’est la leçon du film à retenir. Elle apporte quelque-chose de vraiment spécial à ce film, mais je pense que c’est tout le casting plus généralement, même les enfants, qui sont si beaux à l’écran. Vous savez, j’ai commencé à travailler sur ce film il y a trois ans et quand je vois le résultat aujourd’hui, je perçois à quel point chacun revendique son rôle de la plus belle manière qui soit et c’est très étonnant.

[Applaudissements]

Nous tenons remercier notre consoeur Pixietubeuse pour l’aide apportée dans la rédaction de ce compte-rendu.

Mary Poppins Returns Poster7

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