Le 12 mars 2026, les portes des studios d’animation Walt Disney à Burbank se sont ouvertes à la presse pour une projection des derniers courts-métrages de la collection Short Circuit Experimental Films. Parmi eux figuraient deux œuvres particulièrement intimes : Maddie et l’Interro Surprise réalisé par Heather M. Roberts Russell et Dessins de Vie signé Larry Wu. Ces films, disponibles sur Disney+ depuis le 18 mars 2026 (y compris en France), incarnent l’esprit du programme : permettre à des artistes du studio de raconter des histoires très personnelles grâce à un processus de soumission anonyme.
Un programme ouvert à tous les salariés du studio
Clark Spencer, président de Walt Disney Animation Studios et producteur de Ralph 2.0, Zootopie et Encanto : La Fantastique Famille Madrigal, a rappelé que Short Circuit s’inscrit dans une longue tradition d’innovation chez Disney, de Steamboat Willie à Paperman. Les courts sont proposés par n’importe quel salarié via un pitch à l’aveugle. Heather M. Roberts Russell, responsable des départements Histoire et Développement Look, explique que cette confidentialité a joué en sa faveur : « Mon poste quotidien est un peu celui d’une prof principale pour les artistes. ».

Larry Wu, artiste expérimenté en Développement Look & Environnements (Volt, Star Malgré Lui, Raiponce, Les Mondes de Ralph, La Reine des Neiges, Vaiana 2), portait son idée depuis près de dix ans. Des responsabilités de leadership l’ont contraint à mettre le projet en pause à plusieurs reprises, mais ces interruptions lui ont permis de profiter de nouveaux outils développés sur d’autres longs-métrages.
Une annonce qui a bouleversé les réalisateurs
Quand Disney+ a confirmé la diffusion des deux films, la réaction a été intense. « J’étais choquée, je n’y croyais pas », se souvient Roberts Russell. « Voir son travail sur grand écran, c’était tellement fort que j’ai dû me retenir de pleurer dans la salle. » Wu partage le même sentiment d’incrédulité face à ce passage du rêve personnel à une diffusion mondiale.
Maddie et l’Interro Surprise : donner à voir la dyslexie
L’idée de Maddie et l’Interro Surprise est née d’une conversation en voiture. Roberts Russell raconte : « Ma fille aînée et ma nièce Amelia parlaient de leurs films, restaurants et plats préférés. Quand on a demandé à Amelia son livre préféré, elle s’est tue longtemps avant de répondre : “Je n’ai pas de livre préféré. Je ne lis pas bien.” » Amelia est dyslexique. Sa façon calme et forte d’expliquer ce qu’elle ressent a profondément marqué la réalisatrice.

Pour traduire cette expérience à l’écran, Roberts Russell a mené une recherche approfondie : des lectures de Maryanne Wolf (professeure à l’Université de Californie à Los Angeles, au sein de laquelle elle dirige le centre sur la dyslexie), des échanges avec understood.org et des tables rondes avec des artistes Disney dyslexiques. Le film a aussi révélé des réalités familiales : « J’ai découvert que mon père et ma sœur sont dyslexiques. Et depuis, j’ai appris que mon propre enfant est neurodivergent autrement. »
Dessins de Vie : un parcours artistique à travers les âges
Larry Wu a voulu montrer « toutes les étapes de la vie à travers différentes formes d’art ». Le court suit un artiste de l’enfance à la vieillesse : crayons de couleur, graphite sur cahier, puis le langage visuel utilitaire des manuels techniques pendant les décennies de vie active, avant un retour à la peinture libre en fin de parcours. Wu a volontairement allongé la partie « manuels » : « C’est la période la plus longue de la vie adulte. » Le film se clôt sur la transmission à sa fille, bouclant le cycle.

Des collaborations avec des légendes Disney
Les deux réalisateurs ont bénéficié de l’expertise de légendes de l’animation Disney. Mark Henn, animateur historique de Belle, Jasmine, Ariel et Mulan, a dessiné à la main tout ce qui apparaît sur la page de l’interro dans Maddie. « Lui demander “Qu’est-ce que tu veux ?” alors qu’il a animé Jasmine… c’était un rêve d’enfant », confie Roberts Russell, qui a vu Aladdin treize fois au cinéma.
Pour Wu, un échange déterminant avec Burny Mattinson (décédé depuis) a marqué le projet. La recommandation de garder la section enfance légère et joyeuse est devenue un fil rouge du film.
Une musique signée Lauren Harrold et des défis techniques
Les deux courts partagent la même compositrice, Lauren Harrold, responsable de la production musicale chez Walt Disney Animation Studios. Pour Dessins de Vie, elle a fait évoluer l’orchestration du toy piano à l’orchestre jazz puis retour au toy piano. Wu tenait aussi à enregistrer les sons réels des médiums (crayon, fusain, graphite). Pour Maddie, Harrold a créé deux lignes musicales parallèles : une jazz improvisée pour le personnage dessiné « Named Maddie », et une orchestrale cinématographique pour la Maddie réelle.

Wu a demandé à ses animateurs de dessiner avec les vrais médiums (charbon, crayon gras), scannés ensuite par Brandon Bloch. Les poussières et copeaux flottants sont en particules générées par ordinateur. Roberts Russell a travaillé avec Kee Nam Suong sur un système d’animation des lettres dyslexiques : mouvements aléatoires en apparence mais contrôlés, sans résolution complète – fidèle à la réalité.
Un message de transmission et de résilience
Les deux films convergent sur l’idée de transmettre. Wu voit dans Dessins de Vie une métaphore universelle : « Ça peut être parent-enfant, professeur-élève, mentor-mentoré. » Roberts Russell conclut : « Pour ceux qui n’ont pas la dyslexie, c’est une fenêtre. Pour ceux qui l’ont, c’est être vu. Mais au fond, on traverse tous des moments difficiles seuls, et on apprend à puiser dans nos outils intérieurs pour s’en sortir. »
