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Rencontre avec Kevin Nolting, réalisateur de 22 contre la Terre

Le 28 avril 2021, Disneyphile a pu s’entretenir virtuellement avec Kevin Nolting, à l’occasion de la sortie sur Disney+ le 30 avril du court-métrage d’animation 22 contre la Terre qu’il a mis en scène. Durant cette table ronde passionnante, le créateur du film est revenu sur le genèse du projet, ses thématiques abordées et ce qu’elles évoquent chez lui.

Kevin Nolting réalise pour la première fois

Produit par les studios d’animation Pixar comme le long-métrage Soul dont il est issu, il revient sur un bref moment de l’existence de 22 dans le Grand Avant avant l’arrivée de Joe Gardner pour lui donner le goût de la vie. Dans cette histoire, 22, plus cynique que jamais, montre l’étendue de ses talents pour pervertir de jeunes âmes et les convaincre du bien-fondé d’éviter la Terre et donc leur naissance à la vie, tout en essayant d’en empêcher d’autres de trouver leur vocation.

kevin nolting
Logo original du court-métrage

Il s’agit ici de la toute première réalisation de Kevin Nolting, lui qui affiche une carrière prodigieuse de monteur chez Pixar (Là-Haut, Vice-Versa, Soul). Il explique que passer à la réalisation de son propre film était quelque-chose d’évident pour lui, après avoir passé tant de temps au développement et au montage des films Pixar et notamment de Soul. Il était là au bon moment et au bon endroit pour se voir confier la tâche de mettre en scène 22 contre la Terre. Travaillant très étroitement avec Pete Docter et Kemp Powers et de nombreux départements de création de Soul, ce projet ne lui a paru pas si étranger que cela. Il rajoute qu’habituellement, ce type de court-métrage (proposé dans les bonus qui accompagnent les sorties digitales et sur support vidéo des long-métrages) est réalisé par une personne du département Histoire. Heureusement pour lui, Kristen Lester, à la tête de ce département, venait de réaliser son propre court métrage, Purl, et elle travaillait déjà sur quelque chose d’autre pour Pixar, donc elle n’était pas disponible. Un concours de circonstances a fait que Kevin a hérité du projet 22 contre la Terre.

Un monteur dans l’âme

À la question de savoir si le court-métrage s’implémente dans le message de Soul, Kevin Nolting répond que le long-métrage abordait largement le parcours de Joe Gardner et ses liens familiaux. Mais 22 n’apparaît pas au début du film et tout au long du développement du long-métrage, des questions ont émergé sur ses origines et son identité. Ce débat s’est vite transformé en projet de court-métrage et de nombreux gags et séquences amusantes ont été imaginées pour explorer davantage la personnalité de 22. Le court-métrage apporte donc une trame supplémentaire à Soul en recontextualisant un peu l’existence de 22 avant sa rencontre avec Joe. Ce court-métrage permet également de souligner davantage le contraste du personnage avec Joe, sur le sujet qui les oppose au départ, l’épanouissement sur Terre. L’une ne veut pas vivre sur Terre et l’autre ne veut pas mourir. C’est ce décalage qui a été le moteur du projet et donc aussi de 22 contre la Terre.

Il fallait d’ailleurs poursuivre le travail mené sur le long-métrage en restant toujours subtil dans la construction psychologique de 22, qui est à la fois cynique mais peut faire preuve de bonté. C’était ce mélange qui a permis de faire quelque-chose de plus amusant pour le public. 22 donne à son « gang imparable » un nom d’équipe, l’APOCALYPSE. Nous avons demandé à Kevin s’il s’agissait d’une référence à quelque-chose en particulier. Il répond qu’au départ, le scénariste Josh [Cooley] avait eu l’idée de CHAOS. Mais Kevin s’est souvenu de la série de télévision Max la Menace des années 1960, dans laquelle les ennemis du héros étaient réunis au sein d’une organisation maléfique, KAOS. Pour dissocier cette idée du court-métrage, Josh et lui ont commencé à chercher d’autres idées. Finalement, APOCALYPSE est apparue, puis Josh a imaginé quelques mots pour l’acronyme. Il révèle d’ailleurs qu’il est un grand fan du film Apocalypse Now de Martin Scorsese, ce qui conforte ce choix.

Il fallait évidemment garder toujours à l’esprit de plaire aux enfants et de pouvoir les divertir suffisament (avec de l’action et de l’humour notamment comme l’explique Kevin) tout en leur faisant comprendre certains messages sur l’objectif de la vie. En revanche, même s’il se sent profondément honoré d’avoir fait partie de l’équipe de production d’un film qui a reçu l’Oscar du meilleur film d’animation, il se rend compte à quel point réaliser est une tâche bien plus difficile et prenante que son métier de base. L’avantage de diriger un court-métrage est que ça n’est pas chronophage et énergivore. Les ressources sont limitées et on peut prendre des décisions rapidement sans devoir les remettre en cause plusieurs mois après. Il ne nie pas malgré tout que travailler sur un long-métrage est une forme de liberté (et de challenge). Les ressources sont illimitées et il faut apprendre à contrôler sa créativité car il est possible de faire ce que l’on veut et explorer plein de choses. Avec le court-métrage, il y a toujours cette idée de ne pas pouvoir aller trop loin. Mais c’est aussi un défi intéressant car dans la contrainte, la créativité peut être plus propice.

Une préquelle plus intéressante qu’une séquelle selon lui

Kevin a eu la chance de travailler un peu par le passé sur des films en prises de vue réelles. Il estime que si les processus de développement sont un peu différents, le travail reste semblable entre les deux genres. Il faut avoir les idées au clair sur le ton que l’on souhaite apporter à nos personnages et leurs performances. Mais si les choses semblent plus ou moins fixées à l’avance pour un film « live-action », elles peuvent changer énormément sur deux à trois ans de développement de storyboards pour un film d’animation.

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Monteur chez Pixar depuis plus de vingt ans

L’idée du court-métrage 22 contre la Terre est arrivée un peu après la production de Soul vers décembre dernier. L’histoire était encore fraîche dans l’esprit des équipes. Un groupe de personnes qui ont déjà travaillé sur le long-métrage se sont associés à Josh et Kevin. L’univers du Grand Avant, techniquement, est une chose complexe à mettre en scène, donc faire en sorte que les personnes qui avaient réellement créé ce monde le poursuivent était une opportunité. À la question de savoir pourquoi avoir voulu raconter une préquelle de Soul plutôt qu’une séquelle, Kevin Nolting explique qu’il y eu beaucoup de discussions et que son intention s’est finalement fixée sur l’identité même de 22 : qui est-elle avant de savoir ce qu’elle allait devenir ? Le réalisateur était clairement plus emballé à l’idée de travailler sur le passé de 22 plutôt que d’apporter des réponses à Soul, qui est un film qui pose justement des questions ouvertes, ce qui est selon lui plus satisfaisant vis-à-vis du public. En revanche, il ne sait pas ce que l’avenir réservera à cet univers. La possibilité d’une suite offerte à Soul n’est pas à l’ordre du jour. Il peut se passer au moins dix ans entre un film et sa suite quelque-fois.

Si Kevin espère un jour pouvoir travailler en tant que réalisateur sur un autre projet, il nous répond qu’il est avant tout heureux de faire partie de la famille Pixar et d’accompagner la nouvelle génération d’artistes pour continuer à faire vivre ce studio. Il pense également qu’il est avant tout un monteur dans l’âme plus qu’un réalisateur. Son but actuel est de transmettre aux plus jeunes tout ce qu’il a appris jusqu’à maintenant, notamment dans le montage, le domaine qu’il maîtrise vraiment depuis 35 ans. Interpréter la vision de quelqu’un d’autre à travers ses images est véritablement une passion pour lui. Le montage est cette capacité à traduire le plus fidèlement possible l’essence même de ce qu’un réalisateur souhaite montrer. Pour le moment, Kevin Nolting n’a pas d’autres projets en cours, a-t-il conclu.

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