La quête d’un successeur à Bob Iger, l’emblématique PDG de The Walt Disney Company, s’intensifie au sein de l’entreprise. Selon un rapport récent de Bloomberg, signé par Thomas Buckley, le processus est perçu comme une course à deux chevaux, avec Josh D’Amaro, responsable de la division Disney Experiences, en tête. Le conseil d’administration examine quatre candidats internes, dans un contexte marqué par des échecs passés en matière de transition. Iger, dont le contrat expire en décembre 2026, devrait voir son remplaçant nommé début 2026. Cette dynamique, supervisée par le président du conseil James Gorman, illustre les enjeux stratégiques pour un géant du divertissement confronté à des défis multiples.
Un processus sous haute surveillance
Le conseil d’administration de Disney, conscient des ratés précédents, mène une évaluation rigoureuse. En 2020, Iger avait poussé pour la nomination de Bob Chapek, alors chef des parcs, au poste de PDG, mais ce dernier a été évincé en 2022, ramenant Iger aux commandes. Pour éviter une répétition, le comité de succession, dirigé par Gorman – qui a orchestré une transition réussie chez Morgan Stanley avant de rejoindre Disney en février 2024, a tenu plusieurs réunions. Disney a communiqué sur leur nombre sans entrer dans les détails, et un porte-parole a refusé tout commentaire supplémentaire. L’objectif est clair : identifier un leader capable de naviguer entre les divisions historiques et les nouveaux défis, comme la rentabilité du streaming.
Josh D’Amaro : un profil ancré dans l’expérience Disney
À 54 ans – né exactement vingt ans après Iger, le charismatique Josh D’Amaro émerge comme le favori. Employé chez Disney depuis près de trois décennies, il dirige depuis 2020 la division “Experiences”, englobant les parcs à thèmes, les croisières, les jeux vidéos et les produits de consommation. Cette branche est la plus rentable de l’entreprise : sur les neuf premiers mois de l’exercice 2025, elle a généré 8,12 milliards de dollars de bénéfices, soit un tiers de plus que les opérations combinées de télévision, cinéma, streaming et sports.
D’Amaro supervise des investissements massifs, comme les 1,5 milliard de dollars injectés dans Epic Games, créateur de Fortnite, ou les jusqu’à 60 milliards prévus sur dix ans pour étendre les Resorts à parcs à thème – incluant de nouvelles attractions, des navires de croisière et un premier parc sous licence au Moyen-Orient. Ses succès post-pandémie, avec une croissance annuelle des ventes, renforcent sa position. Récemment, il a multiplié les apparitions publiques : aux côtés d’Iger et de Mickey Mouse pour les 70 ans de Disneyland en juillet, à des avant-premières de films à Los Angeles, ou lors de conférences comme MoffettNathanson en mai et South by Southwest en mars, où il a discuté de l’avenir du storytelling. Lors d’une retraite des 300 principaux managers en Floride en mars, sa présentation sur le potentiel de sa division a été qualifiée d’inspirante. Des anecdotes, comme sa défaite au pickleball contre des executives du cinéma, soulignent son esprit compétitif.
Dana Walden : une outsider intégrée avec des atouts en divertissement
Dana Walden, co-présidente du divertissement et principalement en charge de la télévision, représente l’autre pilier de ce duel. Arrivée chez Disney en 2019 suite au rachat de 71,3 milliards de dollars des actifs Fox, elle s’est distinguée en contribuant à rendre Disney+ rentable après des années de pertes, aux côtés d’Alan Bergman. Ayant supervisé des succès télévisés comme The Bear et Only Murders in the Building, elle a récemment géré la suspension puis le retour de l’émission de Jimmy Kimmel, suite à des propos controversés sur l’assassin d’un activiste.
Walden s’efforce de se rapprocher de Wall Street, avec une participation à un panel Morgan Stanley en mars et une interview sur Mad Money de CNBC en mai. Bien que perçue comme une concurrente sérieuse, son profil externe – par rapport à l’ancienneté de D’Amaro – pourrait jouer en sa défaveur dans une culture Disney attachée à ses racines.
Les prétendants Bergman et Pitaro en retrait
Les deux autres candidats internes sont considérés comme des outsiders par les exécutifs de Disney. Alan Bergman, co-dirigeant du divertissement avec Walden, a collaboré à la rentabilisation de Disney+ et participé au panel South by Southwest avec D’Amaro. Jimmy Pitaro, à la tête d’ESPN, a présenté la nouvelle offre streaming sportive lors d’une conférence Bank of America en septembre. Leurs chances paraissent minces face au duo de tête.
Réactions et perspectives du conseil
Bob Iger a réagi avec agacement à l’idée que D’Amaro lui succède, lors d’une conversation récente au restaurant Farmshop à Santa Monica, en Californie. Cette anecdote, rapportée par Bloomberg, souligne les tensions inhérentes à toute transition. Le conseil, sous Gorman, privilégie un candidat interne pour préserver la continuité, tout en évaluant la capacité à innover dans un secteur en mutation.
Cette succession intervient alors que Disney affronte des pressions, des investissements dans les parcs aux défis du streaming. Le choix final, attendu début 2026, définira l’avenir d’un empire bâti sur la magie, mais ancré dans des réalités économiques. Les observateurs guettent les prochains signaux, alors que D’Amaro semble consolider son avance.



