ESPN Films a surpris les amateurs de documentaires sportifs et politiques en publiant la bande-annonce de son prochain opus de la série 30 for 30, intitulé Berlusconi : Condemned to Win. Ce film en trois parties, réalisé par Sam Blair, explore le parcours hors norme de Silvio Berlusconi, de magnat des médias à propriétaire triomphant de l’AC Milan, puis à figure politique dominante en Italie. La diffusion est prévue pour le 16 septembre sur l’application ESPN (pour les abonnés Unlimited) et sur ESPN2 à 19 heures heure de l’Est nord-américain, marquant ainsi le retour de la série vers des récits croisant sport et pouvoir avec une profondeur inhabituelle.
De l’ombre des plateaux à la lumière des stades : le parcours de Berlusconi
Silvio Berlusconi, décédé en juin 2023 à l’âge de 86 ans, reste une personnalité italienne emblématique, dont l’influence s’étend bien au-delà des frontières de son pays. Né en 1936 à Milan, il bâtit sa fortune dans l’immobilier et les médias dès les années 1970, fondant le groupe Fininvest et lançant des chaînes de télévision privées qui révolutionnent le paysage audiovisuel italien. Mais c’est son entrée dans le monde du football en 1986, avec l’acquisition de l’AC Milan pour un euro symbolique, qui propulse sa trajectoire vers les sommets. Sous sa présidence, le club remporte cinq Ligues des champions et huit titres de Série A, transformant les Rossoneri en une machine à gagner qui captive le monde entier.
Ce succès sportif n’est pas fortuit : Berlusconi y voit un levier pour sa popularité. Les victoires sur le terrain masquent en partie les controverses judiciaires et les accusations de corruption qui jalonnent sa carrière. En 1994, fort de l’aura milanaise, il fonde le parti Forza Italia et accède au poste de Premier ministre, qu’il occupera à trois reprises (1994-1995, 2001-2006, 2008-2011). Son règne politique, marqué par des réformes économiques et des scandales personnels, illustre comment le sport peut servir de façade à l’ambition politique. Le documentaire Condemned to Win – un titre qui évoque à la fois la condamnation judiciaire de Berlusconi en 2013 pour fraude fiscale et son obsession de la victoire – décortique ces liens indissociables entre pelouse et palais.
Un récit en trois actes : ambition, pouvoir et legs controversé
Divisé en trois parties, le film de Sam Blair promet une immersion exhaustive dans l’ascension de Berlusconi. La première partie retrace ses débuts dans les médias et l’achat de l’AC Milan, alors en crise, pour en faire un symbole de renaissance italienne. On y voit comment des entraîneurs légendaires comme Arrigo Sacchi ou Fabio Capello, sous l’égide de Berlusconi, ont forgé une équipe invincible, avec des stars comme Marco van Basten, Ruud Gullit et Franco Baresi. Le deuxième segment aborde la bascule vers la politique : les parades de l’AC Milan deviennent des meetings électoraux, et les trophées européens un argument de campagne irrésistible.
La troisième et dernière partie interroge les ombres du triomphe. Le documentaire pose des questions essentielles sur le rôle du sport comme vecteur de pouvoir : comment la quête de victoire peut-elle occulter la corruption, les scandales sexuels (comme le Rubygate) et les atteintes à la démocratie ? Blair, connu pour son travail sur Maradona ’86 (2019), utilise des archives rares, des témoignages d’anciens joueurs et dirigeants, et une narration fluide pour éviter le sensationnalisme. La bande-annonce, d’une trentaine de secondes, tease des images d’archives vibrantes – des foules en liesse au San Siro, des discours enflammés de Berlusconi – sur une musique tendue qui souligne les contradictions d’un homme « condamné à gagner ».
Derrière la caméra : une production signée Box to Box Films
Réalisé par le Britannique Sam Blair, ce 30 for 30 est produit par Box to Box Films, le studio derrière des succès comme All or Nothing sur Amazon Prime. Blair, qui a déjà exploré les figures sportives complexes, explique dans un communiqué : « Silvio Berlusconi est l’une des personnalités les plus complexes de notre époque. Son histoire va au-delà du football ou de la politique – c’est une réflexion sur l’ambition, le pouvoir, et la manière dont le sport peut reformater l’identité d’une nation entière. » Marsha Cooke, vice-présidente et productrice exécutive de la série 30 for 30, ajoute : « Comme tant des meilleurs films de la série, l’histoire de Berlusconi relie sport, politique et culture de manière inoubliable. Elle nous pousse à réfléchir au vrai coût du pouvoir – et au rôle que peut jouer le sport dans son habilitation. »
Lancement en 2009, la franchise 30 for 30 d’ESPN a produit plus de 150 documentaires, souvent acclamés pour leur regard nuancé sur des événements sportifs marquants. Ce volet sur Berlusconi s’inscrit dans une veine récente explorant les interconnexions globales, comme The Last Dance sur Michael Jordan ou des portraits de dirigeants controversés. Bien que les interviews spécifiques n’aient pas été détaillées dans l’annonce, on peut anticiper des contributions d’anciens Milanais comme Paolo Maldini ou Adriano Galliani, l’ex-directeur général du club fidèle à Berlusconi pendant trois décennies.
Vers une diffusion attendue : enjeux et réception précoce
La sortie le 16 septembre coïncide avec une période de rentrée animée pour ESPN, qui mise sur ce documentaire pour attirer un public international friand d’histoires transfrontalières. Disponible en streaming sur l’ESPN App pour les abonnés payants, il sera diffusé en direct sur ESPN2, accessible via les câblo-opérateurs aux États-Unis. En Europe, une diffusion sur d’autres plateformes Disney pourrait suivre, bien que rien n’ait été confirmé.
Ce projet arrive à un moment où le football européen scrute son passé : l’AC Milan, sous propriété américaine depuis 2017, peine à retrouver ses heures de gloire, et les scandales de corruption comme Calciopoli hantent la Série A. Condemned to Win pourrait relancer le débat sur l’héritage de Berlusconi, entre génie entrepreneurial et figure toxique. Pour les fans de 30 for 30, il représente une extension bienvenue de la série vers la politique, rappelant que le sport n’est jamais qu’un miroir de la société. Reste à voir si ce portrait saura équilibrer admiration et critique, comme l’exige la complexité du sujet.


