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Dumbo – Critique du Film

Les enfants de Holt Farrier, ex-artiste de cirque chargé de s’occuper d’un éléphanteau dont les oreilles démesurées sont la risée du public, découvrent que ce dernier sait voler… Émouvant, original, ambitieux et optimiste. Tels sont les mots pour qualifier Dumbo de Tim Burton car au-delà de rendre hommage au chef-d’œuvre de Walt Disney, Burton propose bien sa version de l’histoire du petit éléphant volant.

Dumbo, un grand classique des studios Disney

Dumbo est le quatrième long-métrage d’animation des studios Disney sorti en 1941 (en 1947 en France). Contrairement à la légende, ce n’est pas une création originale mais une adaptation d’un livre pour enfants écrit par Helen Robson qui n’est jamais sorti dans le commerce. Le livre raconte l’histoire du petit éléphant Dumbo qui possède de grandes oreilles et qui vit des aventures dans un cirque. Le film de Walt Disney fait partie de ces chefs-d’œuvres qui ont traversé des générations ; tout le monde a en mémoire une scène particulière comme la scène déchirante des retrouvailles entre Dumbo et sa maman sous la musique de « Baby Mine » (« Mon tout petit »), la célèbre marche des éléphants ou encore la scène où Dumbo prend enfin son envol. Il n’est ainsi pas étonnant de voir Tim Burton mettre en scène une adaptation live se voulant résolument moderne.

Tim Burton et Disney, une histoire de haine et d’amour

Tim Burton démarre sa carrière chez Disney à la fin des années 1970, où il travaille en tant qu’animateur pour Rox et Rouky ainsi que TRON. Durant ses années chez Mickey, le jeune Burton rêve de réaliser. Il commence à concevoir des petits court-métrages iconoclastes, Vincent et Frankenweenie. Son univers sombre, onirique et mélancolique ne plaisant pas trop aux exécutifs de l’époque, le jeune Tim décide de quitter le studio et commence à développer son univers qui heureusement plaira au public. Durant sa carrière, il s’essayera à plusieurs genres : la comédie burlesque avec Pee-Wee et Beetlejuice, le drame avec Edward aux Mains d’Argent, le blockbuster avec l’adaptation cinématographique du super-héros Batman (pour deux films), l’horreur avec Sleepy Hollow et même la comédie musicale avec Sweeney Todd : Le Barbier de Fleet Street.

Auréolé de succès critique et public au début des années 1990, Tim Burton finit par revenir chez Disney en signant le scénario et produisant L’Etrange Noël de Monsieur Jack (adaptation d’un poème qu’il a écrit), aujourd’hui considéré par de nombreux fans comme le film d’Halloween et/ou de Noël par excellence. Tim Burton devient un des rares réalisateurs capables de toucher toutes les générations quelque soit le genre à travers ses films grâce à ses thèmes récurrents : la différence, l’isolement, l’extraversion, le deuil, la famille ou encore la féérie. Il fera par la suite plusieurs retours chez Disney que ce soit en tant que réalisateur (Frankenweenie, Alice au Pays des Merveilles) ou en tant que producteur (James et la Pêche Géante). En 2014, Disney annonce que Tim Burton mettra en scène l’adaptation en live-action de Dumbo. Si ça peut sonner comme une évidence tant l’histoire se rapproche des thèmes chers au réalisateur, l’idée de l’adapter est néanmoins un défi.

Dumbo prend son envol

Depuis 2010 et Alice au Pays des Merveilles déjà confié au maître du gothique, Disney réadapte en « live-action » ses grands classiques animés avec succès. Si certains comme Alice au Pays des Merveilles, Le Livre de la Jungle ou La Belle et la Bête arrivent à être des cartons au box-office mondial (plus d’1 milliard de dollars pour ce dernier), d’autres rencontrent des succès plus mitigés comme Jean-Christophe et Winnie ou encore Peter et Eliott Le Dragon.

Si habituellement, Disney sortait un ou deux films LIVE par an, le studio prend le risque de proposer en 2019, trois films tirés de hits animés cultes et dans un écart très resserré : Dumbo donc en mars mais aussi Aladdin en mai et Le Roi Lion en juillet. Dumbo inaugure cette année LIVE et s’avère être une réussite aussi bien artistiquement que commercialement parlant. C’est simple, Dumbo est peut-être le meilleur film LIVE Disney à ce jour et l’un des plus beaux titres de la filmographie de Tim Burton.

Le père de Jack Skellington rend un vibrant hommage au film de Walt Disney avec quelques clins d’œil ; par exemple, le train Casey Jr. qui ouvre le film (avec le thème du Train du Bonheur repris par le génial Danny Elfman, l’éternel fidèle partenaire musical de Burton), le monde du cirque, la marche des éléphants et la relation fusionnelle entre Dumbo et sa maman. Le réalisateur finit par proposer sa propre vision de l’histoire en mettant l’accent sur un autre thème central : la famille.

Car si la troupe du cirque existait à peine dans le dessin animé, ici, elle constitue un élément central du scénario comme ce fut le cas pour d’autres films de Burton, Ed Wood et Big Fish. Dumbo nous emmène dans les coulisses du cirque de Max Médici (hilarant Danny DeVito) à la tête d’une troupe ou plutôt d »une famille » sillonnant les terres américaines, plus soudée que jamais. Au sein de celle-ci se trouve Holt Farrier (émouvant Colin Farell) un ancien cavalier du cirque qui a dû partir à la guerre et qui, lorsqu’il revient parmi les siens, n’a plus de bras droit. Holt essaye de retrouver sa place dans le cirque tout en élevant ses enfants Milly et Joe (Nico Parker et Finley Hobbins, révélations du film) orphelins de leur mère.

Lorsque Dumbo arrive dans la vie de la troupe, cette dernière essaye de l’aider à montrer ses talents extraordinaires au monde malgré sa différence. Ses aptitudes vont être repérées par le PDG du parc d’attractions Dreamland, V.A Vandevere (Michael Keaton qui tient son meilleur rôle de méchant) qui va associer l’éléphanteau avec la célèbre trapéziste française Colette Marchant (radieuse Eva Green qui lors de l’avant-première française a reçu une standing ovation lorsque son nom est apparu au générique de fin). Malgré le succès, ce que veut Dumbo au fond c’est être réuni avec sa maman.

Paradoxalement, Dumbo est peut-être le film le moins « burtonien » de la carrière du metteur en scène puisque malgré ses nombreuses scènes émouvantes, le film est lumineux, très optimiste, à mille lieux des films contrastés auxquels il nous a habitué (notamment dans la première partie de sa carrière). Malgré la patte très identifiable de Burton, l’atmosphère qui se dégage est enjouée, joyeuse et positivement mélancolique. Néanmoins, le thème de la maltraitance animale est brillamment traité à travers la forme du cirque, non plus vu en tant que tel comme un univers stricto senso artistique mais plutôt comme un outil d’asservissement des individus, où la peur de la différence fait légion. Là où Burton ne tombe pas dans la redite, c’est parce qu’il propose un débat ouvert nous permettant de prendre de la distance sur les positionnements sociétaux actuels sur la souffrance animale et sur ce qui était pratiqué auparavant. Impossible d’en ressortir insensible, ni d’en émettre une opinion propre. La place de la femme dans la société est un sujet également développé.

Dumbo Burton
Dumbo de Tim Burton (2019)

Enfin, on ne peut pas parler du film Dumbo sans évoquer Dumbo lui-même : le petit éléphant est certes conçu en CGI, il n’en reste pas moins que c’est assurément le personnage le plus humain que Disney ait conçu avec cette technologie. Dénué pourtant de paroles, tous les sentiments de Dumbo se reflètent et se comprennent parfaitement grâce aux expressions réalistes et subtiles de son visage innocent et pur. Il est impossible de ne pas rester insensible à ses petits cris surtout lors des scènes déchirantes du film ; le spectateur ressent tout ce qu’il traverse et souhaite comme la troupe du cirque, voir cet éléphant heureux. Sans doute, plus que dans n’importe quel autre film, Tim Burton exècre à travers ce personnage toutes celles et ceux qui ne vivent qu’en imposant leur loi moralisatrice et leur fanatisme discriminatoire sur les êtres dits différents ou anormaux. Le thème de la pureté s’oppose diamétralement à celui de l’intérêt particulier, de l’avarice.

Dumbo vous transportera dans un voyage nostalgique mais original. Tim Burton signe ici un de ses plus beaux films, qui ravira aussi bien les petits que les grands.

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