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Annecy 2020 : la Leçon de Cinéma de Ron Clements et John Musker

Nous avions déjà rencontré Ron Clements et John Musker au Festival International du Cinéma d’Animation d’Annecy en 2016 pour la présentation de Vaiana, La Légende du Bout du Monde et ce temps fort nous avaient profondément marqué chez Disneyphile. Pouvoir assister à une conférence de presse offerte par ces deux réalisateurs de légende avait été pour nous un moment exceptionnel dont on se souvient encore. Le duo nous avait touchés par sa grande simplicité et sa gentillesse. En raison de l’épidémie de coronavirus, l’édition 2020 du Festival d’Annecy se déroule cette année en ligne. C’est donc depuis leurs foyers respectifs que nous avons pu retrouver Ron Clements et John Musker pour une masterclass de plus d’une heure et demie plutôt bien orchestrée. Les deux maîtres du cinéma d’animation avaient à cœur d’aborder plusieurs sujets différents, des anecdotes sur leur parcours, leur vision du cinéma d’animation d’aujourd’hui. Bref, difficile d’arrêter ce duo de passionnés qui semblent se connaître par cœur après toutes ces années de collaboration !

Ron Clements et John Musker, le duo prolifique

Ron Clements et John Musker, c’est plus de 40 ans de carrière, des long-métrages qui ont marqué plusieurs générations entières, on pense bien sûr à Basil, Détective Privé, La Petite Sirène, Aladdin, Hercule, La Planète au Trésor, Un Nouvel UniversLa Princesse et la Grenouille et plus récemment Vaiana, La Légende du bout du monde. Les deux réalisateurs ont su marquer de leur empreinte l’univers du cinéma d’animation et détiennent une place emblématique dans les studios Disney.

Des chefs-d’œuvre inoubliables de la filmographie de Ron Clements et John Musker

Cette leçon de cinéma était l’occasion pour eux de revenir sur leur parcours et de nous livrer quelques souvenirs. On apprend que c’est dès leur plus jeune âge qu’ils s’essaient au dessin et qu’ils font déjà preuve d’un grand talent. Étant de la même génération, Ron Clements et John Musker n’ont pas pu passer à côté des premiers classiques de Walt Disney. C’est Pinocchio (1940) qui les a profondément marqués et influencés. Ron Clements nous partage même plusieurs de ses dessins de la célèbre marionnette réalisés à l’âge de neuf ans. John Musker se moque gentiment des défauts et des petits ratés dû au manque d’expérience. Mais pour des premiers croquis, il faut avouer qu’il y avait déjà du potentiel ! John Musker cite aussi Cendrillon comme source d’inspiration. Ron Clements passait son temps à lire aussi beaucoup d’ouvrages sur l’art et le cinéma d’animation, à commencer par The Art of Animation de Bob Thomas.

john musker ron clements
Pinocchio, le dessin animé de leur enfance

Ron Clements et John Musker sont nés loin de l’univers d’Hollywood. Et il y avait encore très peu d’écoles d’art à l’époque aux États-Unis pour se former. Ce n’est que plus tard qu’ils ont intégré des programmes de formation. John Musker nous raconte que sa première candidature pour les studios Disney avait été rejetée. Peu après le succès du (Le) Livre de la Jungle, Walt Disney avant décidé de lancer une grande campagne afin de recruter de nouveaux talents. John Musker avait présenté son portfolio constitué de dessins réalisés à partir des animaux exposés au Musée d’Histoire Naturelle de Chicago. Mais il avait été recalé. Il retentera sa chance deux ans après et passera cette fois-ci l’épreuve du recrutement avec succès. Comme quoi, avec un peu de patience, beaucoup de travail et de persévérance, on peut réussir à entrer dans le milieu !

Des collaborations diverses…

Dans leurs échanges, nos deux cinéastes reviennent sur quelques-unes de leurs collaborations emblématiques de ces dernières décennies. Petit moment d’émotion lorsqu’ils évoquent par exemple le regretté Robin Williams qui a prêté sa voix au personnage du Génie dans Aladdin (1992). Les deux réalisateurs n’ont pas manqué de souligner l’extraordinaire talent de l’acteur qui avait délivré une performance exceptionnelle. Pour eux, recruter l’acteur pour incarner ce personnage à l’écran était une évidence !

L’une des performances de génie de l’inoubliable de Robin Williams

La musique a toujours tenu une place bien particulière dans l’univers Disney et bien entendu dans les  œuvres de Ron Clements et John Musker. Elle permet à la fois de retranscrire une ambiance, de rendre hommage à une époque, d’exprimer les sentiments des personnages. John Musker rappelle que la musique a toujours été choisie scrupuleusement dans leurs long-métrages. C’est ainsi qu’on pouvait entendre par exemple du gospel dans Hercule (la chanson des Muses), du jazz New Orleans dans La Princesse et la Grenouille, un mélange entre world music et chansons dignes de Broadway dans Vaiana, La Légende du Bout du monde. À propos de ce film, les deux créateurs ne pouvaient pas manquer de mentionner leur rencontre avec l’un des artistes le plus en vogue de ces dernières années que ce soit à l’écran (Le Retour de Mary Poppins) ou sur les planches de Broadway, Lin-Manuel Miranda.

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Lin-Manuel Miranda aux côtés de Ron Clements et John Musker

Le duo avait déjà rencontré Lin-Manuel quelques années auparavant, à l’époque de sa première comédie musicale, In the Heights. Ils avaient tout de suite été emballés par l’énorme potentiel de cet auteur-chanteur-compositeur qui avait réussi le pari de mêler pour la première fois hip-hop et musique cubaine dans un show à Broadway. Lin-Manuel Miranda leur avait déjà fait part de son étonnant projet de créer un spectacle musical autour de la figure historique d’Alexander Hamilton, projet qui en avait déconcerté plus d’un dont Ron Clements et John Musker. Mais lorsqu’ils ont vu peu de temps après le raz-de-marée occasionné par l’arrivée du spectacle sur scène, l’idée d’une collaboration était tout simplement inévitable. Pour la création des chansons de Vaiana, les deux réalisateurs se sont donc entourés de Lin-Manuel Miranda pour la touche musicale “moderne”, à la Broadway mais aussi de Marc Mancina qui s’était déjà illustré avec succès pour ses plages instrumentales dans Le Roi Lion, Frères des Ours, Tarzan ou encore la saga Planes et d’Opetaia Tavita Foa’i, le leader du groupe polynésien à succès Te Vaka, pour l’aspect world music.

Le cinéma d’animation de l’époque et celui d’aujourd’hui

Selon Ron Clements et John Musker, afin de faire carrière longtemps dans le cinéma d’animation, il faut savoir sans cesse se renouveler, expérimenter de nouvelles choses, toujours se remettre en question. Même lorsqu’on a une idée précise de ce qu’on veut faire, une vision définie du projet, il ne faut pas négliger les autres possibilités, il faut également explorer toutes les autres options disponibles pour pouvoir offrir aux spectateurs une création qui les marquera pour toujours. Lorsqu’on aborde le sujet des remakes en prise de vue réelles, ils affirment qu’ils ne sont pas contre. C’est une évolution voulue par Disney. Néanmoins, ils restent un peu plus sceptiques quant à la réalisation de certaines scènes. Ils abordent notamment le projet de création de La Petite Sirène dont le tournage débutera prochainement et notamment la scène de “Partir Là-Bas” où on peut voir Ariel chanter sous l’eau. Jouer cette scène à l’écran avec cette fois-ci une actrice en train de chanter représente un véritable challenge !

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La Petite Sirène, l’un des prochains live-actions prévu sur la liste

Parmi les questions posées à Ron Clements et John Musker, on retrouve le fameux débat de l’animation traditionnelle au crayon contre l’image en trois dimensions générée par ordinateur. Ron Clements et John Musker sont loin de faire la critique de la 3D. Au contraire, il faut savoir s’adapter avec son temps et la 3D permet d’autres possibilités et de créer par exemple des effets impossibles à réaliser avec la 2D (on pense au traitement de l’eau par exemple dans Vaiana). Mais ils n’oublient pas d’évoquer leur amour pour la 2D, pour la création à l’ancienne. C’est pour cela que dans Vaiana, une fois encore, cela leur tenait vraiment à cœur de mêler les deux dans certaines scènes ou pour la création des tatouages de Maui. Au cours de toutes ces années, même si ils ont su s’adapter aux nombreux changements que les studios ont connu, Ron Clements et John Musker ont conservé néanmoins une manière similaire d’aborder le processus créatif. C’est peut-être cela qui fait leur particularité et leur succès !

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Quant à leurs prochains projets, malheureusement nous n’avons pas eu beaucoup d’informations pour le moment, hormis le fait que Ron Clements travaille actuellement sur l’écriture d’un livre-rétrospective de ses 45 ans de carrière chez Disney. En tout cas, on espère les revoir très bientôt. Ron Clements et John Musker nous ont offert un moment fort sympathique. Nous avons pris beaucoup de plaisir à les entendre évoquer tous ces souvenirs et ces anecdotes. Ils nous ont fait part qu’ils seraient en tout cas ravis de pouvoir revenir à Annecy pour une prochaine édition du Festival car ils avaient particulièrement adoré l’événement. On les comprend ! Lorsqu’on a déjà eu l’occasion de participer à ce festival, on se rend vite compte que l’ambiance est un petit peu différente des autres festivals et la dimension chaleureuse et conviviale de l’événement nous a manqué un peu cette année mais ce n’est que partie remise ! Découvrez également notre rencontre virtuelle avec Dean DeBlois et Michael Woodside cette année là.

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