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Spider-Man Far From Home – Critique du Film Marvel

Les événements provoqués par l’invasion de Thanos sur Terre ont refaçonné beaucoup de choses, y compris la manière dont le jeune Peter Parker aborde le monde et son rôle de super-héros. Il faut dire que la disparition de certains de ses acolytes Avengers est un véritable fardeau pour l’Homme-Araignée et c’est dans ce contexte tragique que notre héros doit continuer à défendre les plus faibles. Peter et sa classe partent en voyage d’été dans plusieurs pays d’Europe. Si ce dernier pense qu’il va pouvoir en profiter paisiblement et conquérir sa camarade MJ, il se trompe puisque Nick Fury en personne le retrouve dans le fin fond de Venise pour lui confier une nouvelle mission de la plus haute importance…

La suite attendue au tournant

Spider-Man Far From Home a la double et lourde tâche de conclure la phase III du Marvel Cinematic Universe (MCU), dont le point culminant fut à n’en point douter le dyptique formé par Avengers Infinity War et Avengers Endgame mais aussi The Infinity Saga, regroupant les trois premières phases du MCU. Il entend également offrir un deuxième volet solo plus frais au Tisseur de New-York au sein du MCU. The Infinity Saga a donc démarré en 2008 avec le film Iron Man pour s’achever onze années plus tard avec ce film, autant dire une forme sériale jamais vue au cinéma. La phase III du MCU comprend des films sans le Tisseur : Doctor Strange (2016), Thor : Ragnarok (2017), Black Panther (2018), Ant-Man et la Guêpe (2018) et Captain Marvel (2019). Tous les autres, à savoir, Captain America : Civil War (2016), Spider-Man Homecoming (2017), Avengers Infinity War (2018) et Avengers Endgame (2019) ont permis à l’Homme-Araignée de s’imposer parmi les nouvelles stars des Marvel Studios, devenant en quelques années aussi populaire que les Avengers originaux. Il faut dire que le personnage reste le plus notoire de la Maison des Idées, fort d’une aura qui ne l’a pas quitté depuis sa création en 1962 par le scénariste Stan Lee et le dessinateur Steve Ditko.

Peter Parker Iron Man Death

Sony et Marvel : je t’aime, moi non plus

Bien plus qu’avec Batman, depuis près de vingt ans, on n’est plus surpris par ce type de phrase : « Qu’avez-vous pensé du dernier Spider-Man ? ». Depuis le début des années 2000, les adaptations sur Peter Parker et son alter-ego se sont multipliées à un rythme effrénée. Au cinéma, le Tisseur est passé par une première trilogie confiée à Sam Raimi et qui fait toujours office de référence à ce jour auprès des aficionados. Dix ans plus tard, c’est le comics The Amazing Spider-Man qui a eu droit à son adaptation à travers deux films qui n’ont pas convaincu plus que ça leur public ainsi que l’excellent film d’animation Spider-Man : New Generation (Oscar du meilleur film d’animation en 2019). Jusqu’alors, le studio Sony avait l’exclusivité des droits d’adaptation cinématographique du Tisseur, revendus par Marvel pour une bouchée de pain au début des années 2000, alors que la Maison des Idées était au bord de la faillite. Depuis le nouvel essor des super-héros au cinéma, Marvel regrette d’avoir cédé sa plus grosse star, d’autant que la maison possède désormais son propre studio de production cinématographique, Marvel Studios. Jamais deux sans trois, en 2016, les cartes sont rebattues et un accord de taille est signé entre Sony Pictures et Marvel Studios. Si Sony garde l’exploitation du super-héros, ce dernier peut désormais évoluer au sein du MCU érigé par les Marvel Studios. Sony continue de financer et distribuer ses films Spider-Man tandis que Marvel Studios s’occupe de les produire et a la main mise sur la direction scénaristique. Au-delà, Spider-Man peut interagir avec tous les autres personnages du MCU et donc apparaître dans d’autres films collégiaux tels que la saga Avengers. Pour assurer la cohérence nécessaire à cet univers partagé, les personnages apparaissant dans les nouveaux films solo de Spider-Man peuvent aussi apparaître dans ces autres films.

En revanche, Sony a un voire plusieurs atouts dans sa poche puisque le studio peut jouir d’une galerie de personnages secondaires faisant partie de l’univers du Tisseur et les adapter à sa guise dans d’autres films. Ce fut le cas de Venom qui a introduit une sorte d’univers parallèle, dans lequel il est dit implicitement que Spider-Man existe bien que celui-ci n’apparaisse pas ; ceci afin de préserver la cohérence avec le MCU et de bien séparer ce dernier des autres films Marvel / Sony. D’autres titres sont d’ores et déjà à l’étude ou déjà tournés en ce moment même : Venom 2, Morbius avec Jared Leto, Black Cat, Silver Sable… Et la question fâcheuse qui se pose est de savoir si Sony osera outrepasser l’accord qui le lie à Marvel Studios en faisant apparaître l’actuel Spider-Man joué par Tom Holland dans ces productions beaucoup plus sombres et adultes, et qui dès lors détonnent avec l’ambiance du MCU.

Peter Parker Bag

Exit New-York

Après Spider-Man Homecoming, Sony et Marvel Studios dévoilent donc Spider-Man Far From Home. Si le premier volet permettait au lycéen le plus célèbre de Marvel de faire son apprentissage dans un environnement confortable qui est la Grosse Pomme, ces nouvelles aventures ont pour objectif de le bousculer davantage dans sa zone de confort. Il faut dire que cette nouvelle version de Spidey n’a jamais connu autant de défis en si peu de temps, faisant ses marques dans une guerre civile entre super-héros à Berlin puis étant confronté au mal absolu en la personne de Thanos à l’autre bout de la galaxie. Cette fois-ci, toujours sous forme de teenage movie, Spider-Man Far From Home permet à Peter Parker de s’échapper de New-York une nouvelle fois pour explorer le Vieux Continent. Ce postulat scénaristique de départ de lui offrir un voyage scolaire quelque peu rythmé est à saluer pour son audace bien que cela ne soit pas très original au final.

Jon Watts, de nouveau à la barre du film après son excellente réalisation sur Spider-Man Homecoming, et ses équipes, n’hésitent pas à aborder frontalement les conséquences d’Avengers Endgame avec le quotidien de Peter Parker. L’idée était de traiter cet événement « post-apocalyptique » de façon cohérente sans surenchère et c’est, de ce point de vue, plutôt réussi. L’héritage qui habite désormais le super-héros Spider-Man et le poids des responsabilités qui l’écrase sont assez évocatrices de l’évolution naturelle du personnage. De ce fait, plusieurs questions sont traitées dans le film : quels choix de vie doit faire Peter Parker : une vie normale où Peter doit se laisser guider par ses passions et son épanouissement personnel ou au contraire un devoir super-héroïque lui fermant des portes ? Le film fait de la sorte écho aux thématiques travaillées par Sam Raimi en son temps (réalisateur de la première trilogie Spider-Man au cinéma) mais ne répond pas vraiment à ce dilemme ; il en expose plusieurs pistes.

Ned MJ

A la sauce Harry Potter

Le film est une nouvelle fois un pur un « teenage movie » assumé, axant dès lors ses directions scénaristiques vers un public ciblé. Le voyage scolaire est un thème peu original mais assez convaincant. Le casting de jeunes adolescents du premier opus est de retour, certes moins inspiré cette fois-ci mais toujours aussi drôle par des situations très cocasses – peut-être lourdes pour certains. L’histoire vendue comme une comédie pour ados au cœur d’une aventure estivale est en réalité un prétexte pour que le héros tente de conquérir la fille de ses rêves, MJ. Le film propose ainsi un premier récit romantique qui sert d’ancrage à la plupart de tous les gags. Mais cela permet aussi d’offrir de la profondeur à cette histoire : Peter Parker doit-il faire un choix entre ses déboires sentimentaux et et sa vie de super-héros ? Auquel cas, quelle voie est tracée pour lui et laquelle est la plus facile ? C’est ainsi que notre lycéen, déjà très appesanti par les événements qui ont frappé la Terre et ses acolytes Avengers, est persuadé qu’il va partir en vacances, délaissant sa tenue moulante.

Tom Holland Glasses Tony Stark

Dans le rôle du héros de New-York, Tom Holland prouve à quel point ce personnage est fait pour lui. Le comédien britannique qui a réussi, après déjà deux interprétations réussies – Tobey McGuire et Andrew Garfield – à imposer sa propre composition du personnage est devenu en un rien de temps l’idole des fans du MCU, porté par des mentors tels que Iron Man. Dans Far From Home, l’acteur bientôt à l’affiche de deux films d’animation des Walt Disney Studios, Les Incognitos (BlueSky Studios) et En Avant (Pixar Animation Studios), parvient à faire évoluer son personnage, plus investi, plus mature en super-héros tout en préservant la candeur et la spontanéité nécessaire de Peter Parker. Si McGuire a donné ses lettres de noblesse à Spidey et Garfield a offert l’interprétation la plus saisissante de Peter, Tom Holland parvient à émouvoir avec les deux casquettes ! Il est désormais loin le temps où le petit gars du Queens faisait ses classes sur une piste d’atterrissage de l’aéroport de Berlin. Outre l’authenticité du comédien et la manière qu’il a d’apporter autant de subtilité à son personnage, on saluera aussi ses prodigieuses cascades dont la plupart sont signées de lui-même. Enfin, il faut souligner le travail considérable apporté sur ses différentes tenues. L’une d’entre elles est inédite, il s’agit de sa combinaison noire furtive qui fait indirectement référence à une tenue que le Tisseur porte pour éviter les hurlements soniques du Bouffon Vert et le rendre invisible dans Amazing Spider-Man (vol.1) # 650. Dans le film, elle est créée pour d’autres raisons et offre des possibilités différentes à notre héros. Toutes les tenues que conçoivent Peter ou ses alliés participent de la construction de la stature héroïque de Spider-Man : c’est même un point symbolique essentiel des cinq films où il est déjà apparu. Le héros et ses tenues sont indissociables.

MJ Far From Home

Un casting secondaire en deça

Peter est donc épris de MJ alias Michelle Jones, toujours jouée par la talentueuse Zendaya, qui a fait les belles heures de Disney Channel et s’est distinguée dans le film musical The Greatest Showman (20th Century Fox). Les scènes romantiques qu’elle partage avec Tom Holland sont plutôt bien amenées loin des clichés habituels de films pour adolescents – ce qui n’est pas le cas de celles de Ned et sa copine sur lesquelles on reviendra plus tard. Il est donc agréable de retrouver ce visage dans ce film bien que son personnage n’apporte finalement rien de pertinent au déroulement du récit. MJ reste sans aucun doute le personnage le plus secondaire le moins stéréotypé : l’idée d’une petite amie qui rit jaune à chacune des blagues de ses camarades et qui n’hésite pas à les casser verbalement est un concept qui marche toujours autant dans ce film. Cela permet de tempérer sa condition de petite copine de lycée, que Jon Watts s’efforce de nuancer. Même si l’une des scènes post-génériques du film rattrape ce côté « potiche » de MJ qui avait davantage de relief dans le premier volet de la saga. Avec Ned, ces trois ados forment un duo à la « Harry-Hermione-Ron » qui reste toujours aussi plaisant malgré tout. Le hasard fait d’ailleurs très bien les choses puisque seuls les camarades les plus proches de Peter ont subi les événements d’Avengers Infinity War, ce qui n’impacte en rien leur progression chronologique dans le MCU : une facilité scénaristique désolante au passage.

Ned Happy Hogan Far From Home

Ned Leeds, meilleur ami et confident de Peter est donc de retour, toujours incarné par un Jacob Batalon plus en retrait, et les dont les saillies sont tantôt à même de nous faire sourire tantôt beaucoup trop lourdes. C’est notamment le cas avec les moments passés dans des scènes pseuso-romantiques du film. Parmi les autres camarades de classe, on retrouvera Betty Brant, jouée par Angourie Rice, Brad Davis, interprété par Remy Hii ainsi que Flash Thompson, tenu encore une fois par Tony Revolori. Ces derniers et le restant des camarades de classe de Peter tout comme leurs professeurs sont vraiment dispensables et rabaissent à chacune de leurs interventions le niveau de gravité que l’on est en droit de s’attendre pour un super-héros de cette trempe, qui en est à ses deuxièmes aventures en solo. Si la part de comédie reste globalement réussie bien que trop poussive à certains moments, le volet super-héroïque est selon nous totalement en adéquation avec l’évolution du protagoniste principal, dont les qualités et les défauts intrinsèques se mêlent à la confusion assumée d’un récit, dont les contours nous sont résumés en quelques phrases toutes aussi mystérieuses. Enfin, la tante May Parker est de retour tout comme Happy Hogan, interprétés par Marisa Tomei et Jon Favreau. Soutiens infaillibles de Peter, ces personnages restent très attachants bien que le rôle de tante de May s’efface totalement dans ce film.

Spider-Man Far From Home May

Elementaux, multiverse et mystères

Cet aspect est servi avec l’intervention de plusieurs nouveautés. Tout d’abord, les Elementaux font leur apparition pour la première fois dans le MCU. Ces entités sont au nombre de quatre et représentent chacune un élément fondamental, la Terre, l’Eau, le Feu et l’Air. On est, dès la promotion du film, en droit de se demander si les événements des deux précédents films Avengers ont précipité l’arrivée de ces monstres surnaturels. Le film apporte évidemment son lot de réponse sur les origines de ces personnages muets et non humains. Dans les comics Marvel, les Elementaux sont aussi au nombre de quatre et ont des noms, Hydron, Magnum, Zéphyr et leur leader Hellfire, contrôlant respectivement l’eau (le Seigneur des Eaux), la terre (le Maître de la Terre), l’air (la Maîtresse des Vents) et le feu (le Porteur de Flamme). Ils apparaissent pour la première fois dans le titre Supernatural Thrillers #8 en août 1974 créés par Tony Isabella et Val Mayerik. Immortels et capables de manipuler diverses formes d’énergie, les Elementaux des comics n’ont quasiment rien à voir avec leur déclinaison cinématographique beaucoup plus abstraite mais terrifiante. Trop peut-être ! Marvel Studios joue la carte de la surenchère d’ennemis pour le Tisseur après avoir lâché son plus gros mastodonte en la personne de Thanos dans son film précédent. Le studio de la Maison des Idées a pris peut-être peur de ne pas assez assurer le show : après un ennemi très intelligent dans le premier film (le Vautour), ce sont des ennemis plus terre à terre et dénués de toute émotion qui affrontent Spidey. Dès lors, le plus intéressant est bel et bien de savoir l’origine de leur existence.

Hydro Man Spider-Man

Autre personnage qui fait pour la première fois son apparition dans le MCU et plus globalement dans un film Spider-Man, Mystério. Là encore, Marvel Studios se permet un certain nombre de libertés scénaristiques pour introduire cette figure star des comics sur l’Homme-Araignée, ceci afin de mieux coller à la diégèse mise en place. Une partie des fans du MCU se réjouira des motivations de ce personnage et de son inclusion dans l’histoire. Interprété par l’oscarisé Jake Gyllenhaal, déjà aperçu chez Disney dans le film Prince of Persia : Les Sables du temps, et dont le talent est clairement sous-exploité ici, Mystério reste assez charismatique et convaincant tout au long du film et fait un allié de choix pour notre jeune super-héros. De son vrai nom, Quentin Beck, Mystério est l’un des tous premiers super-vilains à se voir affronter Spidey dans les comics, dès juin 1964 (dans le comic book Amazing Spider-Man (vol. 1) #13). Ce personnage fait partie des adversaires du Tisseur qui constituera avec le Docteur Octopus et ses confrères le fameux clan des Sinistres Six. Si Spider-Man reste son ennemi principal, il a également croisé la route de Daredevil ou Doctor Strange. Dans les comics toujours, Mystério fait partie de ces vilains qui ne bénéficient pas de super-pouvoirs à proprement parler. Quentin Beck est en revanche un expert dans la conception d’effets spéciaux mécaniques, visuels ou auditifs, un maître de l’hypnose et de la prestidigitation ainsi qu’un chimiste et un roboticien amateur. Son adaptation au cinéma sous les traits de Gyllenhaal est très convaincante alors qu’une grosse partie des fans était sceptique. Son costume très excentrique a très probablement donné du fil à retordre aux équipes de Marvel Studios qui s’en sortent brillamment : le personnage ne tombe pas dans le kitsch, d’autant plus que son inclusion dans le MCU, même si elle divisera forcément, reste elle aussi assez cohérente et l’on retrouve comme dans Spider-Man Homecoming, ce désir pour Marvel Studios de vouloir imbriquer l’univers élargi de son Tisseur de la meilleure manière qui soit avec des intrigues antérieures, dont personne ne soupçonnerait les liens.

Mysterio Peter Parker

On retrouvera aussi deux personnages incontournables du MCU, Nick Fury et Maria Hill, qui, par on ne sait quelle raison, se retrouvent directement impliqués dans les événements de Spider-Man Far From Home. Le scénario est d’ailleurs assez habile pour faire en sorte que ces deux ex-agents du S.H.I.E.L.D. soient les instigateurs de la mission confiée à Peter Parker. Ils sont toujours joués respectivement par Samuel L. Jackson, qui continue de littéralement s’amuser en roue libre dans ce rôle qui lui colle à la peau, et Cobie Smulders, beaucoup moins bad-ass que dans ses participations précédentes. Ils font néanmoins des premiers personnages à évoquer avec Mystério l’idée d’un multiverse, un concept très connu des fans Marvel puisqu’il régit différentes strates d’intrigues dans les comics. En effet, jusqu’alors, tout le monde pensait qu’il n’y avait qu’un seul et même univers, une seule dimension. Mais Spider-Man Far From Home (et même Doctor Strange en son temps) ont permis de semer le doute. Mystério révèle qu’il débarque de la planète Terre, mais d’une toute autre dimension, où sa famille et les milliards d’habitants ont été décimés par les Elementaux. Quentin Beck a réussi à voyager de la Terre-833 à la Terre-616, comme il le dit lui-même. Simple esbroufe ou véritable ouverture sur un multiverse ? Le film tente d’éclaircir certains points et il est d’ailleurs intéressant de voir que Kevin Feige continue de poser des briques scénaristiques ici et là pour mieux préparer dans les années futures l’arrivée de nombreux personnages dans le MCU, à commencer par les Quatre Fantastiques et les X-Men, qui sont pour le moment totalement inexistants de la dimension Terre-616 dans laquelle Spider-Man, les Avengers et le S.H.I.E.L.D évoluent.

Nick Fury Mari Hill Far From Home

Du grand spectacle estival

Mais ce qui fait la force de Spider-Man Far From Home, c’est la part de divertissement qu’il offre, apte à remplir toutes les conditions requises pour un film estival et frais. Car en effet, si la première moitié du film semble bien balisée et proscrite à un contexte post-Endgame très fort, où les destinations européennes de l’excursion scolaire de notre jeune bande se succèdent une par une, le deuxième acte est l’occasion pour Jon Watts de prouver ses talents de grand metteur en scène de spectacle. Tout d’abord, il réserve un certain nombre de surprises qu’il serait fâcheux de dévoiler ici. Bien qu’elles n’aient forcément pas le même degré d’intensité que celles des précédents films du MCU, elles se révèlent assez pertinentes pour offrir un scénario qui tient la route tout le long. Les choix scénaristiques qui s’opèrent pourront en déstabiliser certains ou en conforter d’autres dans l’idée que le MCU reste bel et bien un tout cohérent. L’écriture plus brouillonne du départ s’éclaircit peu à peu.

Venise Far From Home

Concernant l’aspect visuel du film, les séquences impliquant Mystério sont parmi les meilleures, d’une part parce qu’elles respectent plutôt bien les racines papiers du personnage, et d’autre part, parce qu’elles n’ont clairement pas à envier celles de précédents films du catalogue Marvel Studios, dont le succès tenait beaucoup au spectacle qu’ils offraient. Ainsi, Jon Watts peut désormais s’affirmer en tant que réalisateur de « scènes Marvel » à couper le souffle, tout comme le sont James Gunn, Joe et Anthony Russo ou encore Scott Derrickson.

Spider-Man Far From Home London

Si le renfort d’effets visuels tient ses promesses, ça n’est pas le cas du montage et du cadrage, très simplistes, sauf dans les passages les plus époustouflants mettant en scène encore une fois Mystério et Spider-Man. En effet, les scènes de visite dans les différentes villes européennes proposent, certes, une certaine forme de découverte pour le public qui n’a jamais été habitué à voir évoluer Spider-Man ailleurs qu’entre des tours de Manhattan (c’est d’ailleurs ce qui distingue fortement la saga de Jon Watts à celles de Sam Raimi et Marc Webb) ; mais le potentiel de ces décors pour certains historiquement et architecturalement très intéressants n’est pas exploité à 100 % et le surplus de CGI prend le pas sur ce qui aurait pu être une formidable expédition. Car toutes ces scènes sont gâchées par une caméra maniée avec peu d’élégance, privilégiant les clichés américains de visite dans des villes touristiques où les perches à selfies, les vues subjectives et les scènes tournées sur des ponts ou dans des hôtels beaucoup trop luxueux pour une classe du Queens, font légion. Ainsi, Venise, Prague ou Londres ne sont finalement que très peu mises en valeur alors que les possibilités d’y voir voltiger l’Homme-Araignée étaient multiples et diverses.

Spider-Man Far From Home Prague

Où est Michael Giacchino ?

Michael Giacchino revient à la baguette pour la bande-son de Spider-Man Far From Home, lui a qui a déjà officié dans le premier film. Malheureusement, le compositeur émérite ne propose rien de bien convaincant, essayant tant bien que mal d’imposer un style plus moderne notamment avec le thème très éléctro dédié à Mystério. Mais, la mélodie et les arrangements se révèlent beaucoup trop en deçà des attentes. Il y a bien le thème principal du film qui reste en tête et se voit même enrichi.

Quentin Beck Mysterio

On notera en revanche que Spider-Man Far From Home est doté de scènes mi- et post-générique incroyables. N’allons pas jusqu’à dire qu’elles font de l’ombre au film en lui-même mais le constat désolant est que la stratosphère marvelienne parle davantage de leur contenu que des qualités du film en lui-même. Pas forcément un bon signe… Mais il ne faut pas s’arrêter à cela car Spider-Man Far From Home nous prouve qu’il est possible de faire, si ce n’est mieux, aussi bien que Spider-Man 2 (2004), la suite la plus idolâtrée à ce jour, toutes sagas Spider-Man confondues. Les dernières aventures de Peter Parker nous offrent ce qu’elles avaient plus ou moins promis depuis le départ, un divertissement convenable incluant quelques menues surprises et une bonne grosse dose d’humour teenager.

Spider-Man New York

Un bon Spider-Man

Cette suite se laisse regarder, et passé le rebondissement du milieu du film, on se laisse bercer par toutes les scènes d’action qui se succèdent, plus réussies les unes que les autres sans pour autant s’attarder sur l’histoire qui perd petit à petit de sa substance. Le spectacle est au rendez-vous, l’amour aussi tandis que l’humour fait parfois sourire ou sidère. Quoi qu’il en soit, même s’il ne se surpasse pas, Jon Watts nous offre davantage du matériau nécessaire pour terminer The Infinity Saga et donc conclure dignement une troisième phase du MCU absolument démentielle, ainsi qu’une histoire permettant à Spidey de prendre en maturité, qu’un vrai blockbuster Marvel Studios qui n’aurait pas besoin des apports d’autres films pour se suffire à lui-même. Spider-Man Far From Home est à savourer comme un bon film d’été sans lui en demander davantage. Bourré de surprises mais aussi de défauts, il réussit malgré tout à déblayer un certain nombre de problématiques notamment le destin tourmenté de Peter Parker et les choix qu’il se doit de faire pour la suite. La gravité des événements d’Avengers Endgame continue de transparaître huit mois après dans Spider-Man Far From Home et malgré ce poids, le film réussit à s’en sortir sans être écrasé par ce poids lourd mais c’est surtout pour le héros que cela fonctionne, tous les autres personnages n’étant pas suffisamment à la hauteur des enjeux. L’histoire pose en outre beaucoup de questions sur le devenir de Spider-Man et de Peter Parker, en creusant sa trame personnelle et en la faisant éclater de la manière la plus surprenante.

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