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Rencontre avec l’équipe du film Raya et le Dernier dragon

Le mercredi 24 février 2021 se tenait la conférence de presse du film Raya et le Dernier Dragon, en présence de son équipe créative : les réalisateurs Don Hall (Les Nouveaux Héros), Carlos López Estrada (Blindspotting), la productrice Osnat Shurer (Vaiana, La Légende du Bout du Monde) et les scénaristes Qui Nguyen et Adele Lim (Crazy Rich Asians). Lors de cet échange virtuel sous forme de questions / réponses, les créatifs du film sont revenus sur les grands axes de sa production. Ce nouveau long métrage d’animation des Studios d’Animation Walt Disney met en scène une héroïne originale, Raya, dans une épopée rebondissante à la recherche du dernier dragon légendaire pour ramener la paix à Kumandra. Avec ce long-métrage abordant des thèmes forts comme la confiance et l’entraide, les membres de l’équipe technique et créative du film se sont fait une joie de partager avec nous leur expérience de réalisation. 

Raya et le Dernier Dragon : une équipe soudée en plein cœur de la pandémie 

La conférence revient dans un premier temps sur la manière dont le projet fut vécu à travers le contexte si particulier de la pandémie de la COVID-19. Les deux réalisateurs Don Hall et Carlos López Estrada expliquent que d’un point de vue technologique, les difficultés n’étaient pas aussi importantes qu’ils auraient pu l’imaginer. En revanche d’un point de vue culturel, ils ont ressenti de manière beaucoup plus flagrante le contexte du confinement. En effet, Don revient sur la « Disney Culture » qui veut que les équipes travaillent ensemble, dans les mêmes bâtiments, et réalisent des réunions régulières physiques, ce qui a beaucoup manqué durant cette période compliquée. Carlos revient pour sa part sur la spécificité d’être nouveau chez Disney, statut qu’il partage notamment avec Qui Nguyen, il exprime ainsi pour eux la particularité de devoir travailler avec des équipes, des animateurs, qu’ils n’ont jamais pu rencontrer en vrai. Toutefois, le projet leur a permis de tous s’entraider et devenir une équipe très soudée.

équipe raya
Osnat Shurer, productrice du film

Adele Lim et Qui Nguyen précisent également leur expérience en tant que scénaristes dont le travail a débuté trois ans plus tôt et ainsi, en amont de toute problématique pandémique. Tous deux viennent du monde du « live-action » et se sont donc introduits dans l’animation à travers le projet de Raya et le Dernier Dragon. Adele exprime combien il était plaisant et intéressant pour elle de travailler avec plein d’artistes autour d’elle, d’une manière complètement différente des films tournés en prises de vue réelles. Qui ajoute que contrairement au « live-action », il est impossible dans le cadre de l’animation d’apporter un projet avec un rendu définitif. Le travail du scénariste est en perpétuelle transformation avec celui des artistes visuels qui essayent et modifient les éléments tout le long du processus créatif. Le scénario et les visuels s’enrichissent mutuellement. Le scénariste note ainsi avec plaisir que le travail est intégralement collaboratif, et ce d’une manière qu’il n’avait jamais expérimenté auparavant. 

Une culture riche symbolisée dans un environnement fort 

L’environnement proposé dans l’univers de Raya est particulièrement riche et travaillé, nous explique l’équipe. Le monde de Kumandra est divisé en cinq terres que l’héroïne est amenée à parcourir durant son aventure. Cœur du Dragon est la terre originelle de Raya, Croc du Dragon est un territoire entouré d’eau, Dos du Dragon est une terre plus isolée habitée par des personnages particulièrement méfiants, Griffe du Dragon est un carrefour occupé par un marché vivant et enfin Queue du Dragon est la dernière terre désertique souffrant du recul progressif de l’eau. Chaque territoire a donc ses propres caractéristiques et est pensé comme un monde à part entière avec ses propres codes. Osnat explique que l’idée de diviser le monde entre cinq territoires formant un dragon était une idée qui germé très tôt dans la création du film. Ce principe d’avoir plusieurs terres indépendantes était nécessaire au développement de l’histoire et à son message. La productrice insiste ainsi sur la manière dont cela forçait les personnages à aller au-delà de leurs différences et à se faire confiance, à s’associer pour une même finalité. Le point le plus important était l’idée de communauté, d’amener des peuples différents dans leur culture, leur géographie et leur architecture à se rassembler. Elle explique également que chaque terre a dû être pensée avec sa propre histoire. L’élément de l’eau était également le plus important pour penser ces territoires puisque c’est l’élément traditionnellement associé aux dragons. 

équipe raya
Carlos López Estrada et Don Hall, réalisateurs du film

Par ailleurs, Raya et le Dernier Dragon est le premier film d’animation des studios à se dérouler dans un cadre inspiré de l’Asie du sud-est. Pour cette raison, les équipes du film ont voulu créer un environnement qui soit à la fois fantastique et adapté à l’histoire mais qui en même temps s’inspire suffisamment d’éléments vraisemblables avec cette véritable région. Carlos précise ainsi qu’il souhaitait que l’environnement du film puisse parler au public originaire d’Asie du sud-est en proposant une esthétique respectueuse de ces pays. Comme le veut la tradition des studios, des équipes se sont rendues sur place, au Laos, en Indonésie, en Thaïlande et au Vietnam pour visiter et croquer des éléments à intégrer dans l’esthétique du film. Le chef décorateur Paul Felix a ainsi pu prendre connaissance d’une architecture et une culture singulière qu’il pouvait ensuite retranscrire dans le monde de Raya. 

Dans cet univers, un autre élément très important qui revient à l’écran est la nourriture. En effet, c’est une des choses qui a marqué au préalable les équipes qui se sont rendues en Asie pendant leurs recherches. La variété mais parfois également les similitudes entre les aliments ont beaucoup inspiré les artistes. Osnat souligne combien la nourriture joue un rôle fédérateur et s’inscrit ainsi tout particulièrement dans le scénario et le message général du film. Visuellement, c’était un élément qui participait à symboliser la thématique du long-métrage. Don ajoute qu’il était effectivement évident de faire de la nourriture un élément fondamental du film comme un moyen d’établir la confiance et le partage entre les personnages ; pour le réalisateur, la nourriture joue comme un facteur de réunion qui sert de fil conducteur durant l’histoire. Adele explique que la nourriture est représentative des cultures et de la joie dans celles-ci. La nourriture asiatique est d’autant plus marquée par la diversité des ses inspirations. La scénariste confirme également l’idée de cette nourriture comme analogie de la confiance.

Des personnages attachants et authentiques réunis autour des valeurs de confiance 

En parallèle de l’environnement, ce qui fait la force de ce film ce sont bien sûr ses personnages. Sisu de son vrai nom Sisudatu, est le dernier dragon de Kumandra, celui que Raya recherche dans sa quête pour ramener la paix. Les dragons sont des êtres très important dans la culture asiatique, ils sont synonymes de chance. Il semblait alors évident de faire de cette créature dans le film un personnage bienveillant bien loin de l’imaginaire effrayant plus souvent associé à cet être fantastique. Le parti pris avec le personnage est ici de jouer avec l’attente faite sur un dragon vénéré et la réalité de ce dernier. Annoncé comme un dragon, mythique et imposant, l’héroïne découvre à la place une dragonne maladroite qui manque de confiance en elle. Adele revient sur ce personnage ambivalent en expliquant que Raya s’attend à découvrir ce dragon incroyable qui réglera tous ses problèmes, mais fait finalement face à une dragonne qui ne réussit pas encore à s’accomplir. Pour autant, ce qui caractérise ce personnage fantastique c’est sa joie de vivre, son enthousiasme, son humour, tous ses éléments qui font d’elle une créature inspirante, née de la collaboration et de différentes cultures. 

équipe raya
Adele Lim et Qui Nguyen, scénaristes du film

L’héroïne Raya est de son côté un personnage marqué par un traumatisme, incapable de faire confiance une fois devenue cette jeune adulte, nous explique l’équipe. Gardienne de la pierre du dragon et devenue une aventurière et guerrière aguerrie, elle se lance dans sa quête pour sauver son monde et ramener la paix. Personnage à la fois émouvant, fort, avec un sens de l’humour, Osnat revient sur sa situation dans le panthéon des princesses Disney. Elle explique que toutes les princesses sont des réflexions de leur temps, inspirantes et qui nous apprennent quelque chose. De la même manière, Raya est représentative de notre temps. Avant d’être présentée comme une princesse (de par son sang), la productrice insiste sur l’aspect guerrier de Raya. Ce personnage, grâce à tous les artistes qui ont travaillé à sa conception, est devenu une combinaison entre cet aspect de princesse et de guerrière.

Enfin, parmi les personnages phares de ce nouveau classique d’animation, la mascotte Tuk Tuk semble s’imposer dans la tradition du compagnon. Don envisage la créature comme quelque chose entre le pangolin, l’ours, et quelque chose de l’ordre de l’insecte. Le résultat est une créature adorable dont le nom est basé sur le célèbre pousse pousse d’Asie du sud-est. La créature est donc une véritable combinaison de tous ces éléments. 

Une animation singulière qui appuie l’épopée de Raya et le Dernier Dragon

Les réalisateurs prennent le temps de revenir sur la qualité d’animation du film. En effet, le long-métrage d’animation a la particularité de proposer un mélange de 3D et 2D au sein de son histoire, les passages en 2D s’appropriant des moments précis comme les scènes de flash-back. Carlos explique que toutes les personnes qui ont rejoint en dernier le projet (comme lui), voulaient apporter, une part d’eux-même et de leur sensibilité, et intégrer des idées plus surprenantes notamment avec la musique et les images de manière à se dire « on a jamais vu de choses pareilles dans un film d’animation Disney ». Deux séquences en particulier ont été remodifiées comme le prologue et une séquence fantastique réalisée à partir du point de vue de Raya où ils ont exploré quelque chose en 2D mais en utilisant la technologie 3D. Le challenge était d’intégrer cet aspect 2D dans un environnement en CGI. 

L’équipe du film Raya et le Dernier Dragon le 23 février 2021

Le film est véritablement tourné vers l’idée de confiance, et de faire confiance même à ses ennemis. Adele indique que l’histoire a beaucoup évolué et ce qui ressortait principalement, c’était cette idée de confiance. Les conflits et difficultés auxquelles Raya doit faire face correspondent à ce que l’on rencontre dans notre monde. L’idée étant d’imposer cet acte de confiance non comme un acte unique mais quelque chose de répétitif qui doit être continue, malgré le risque d’échec, le risque de perte, la coopération est le seul moyen de s’en sortir ensemble. La productrice ajoute que c’est vraiment ce qu’ils espèrent que le public tirera du film. Pour elle, le message ne pourrait être mieux adapté à la situation actuelle. 

Les réalisateurs reviennent également sur le choix quelque peu singulier de ne pas faire du classique d’animation un musical. Ce choix est notamment lié à la volonté de proposer une véritable animation d’action. La musique est malgré tout très importante dans le film non par le fait d’avoir des personnages qui chantent, puisque ce n’est pas le cas, mais dans la manière dont la musique instrumentale accompagne le film et participe à raconter l’histoire. Don insiste sur la capacité de leur compositeur James Newton Howard à proposer tout le long une musique qui soutient l’histoire avec des instruments pour certains traditionnels de la culture asiatique.

L’équipe de Raya et le Dernier Dragon donne le mot de la fin

Enfin, en conclusion cet entretien avec l’équipe du film, les participants de la conférence se sont vus adresser la question fatidique « y’a t’il des easter eagg » dans Raya et le Dernier Dragon. Après quelques rires, Carlos s’autorise une petite révélation : un personnage familier d’un film sur lequel Don et lui-même ont pu travailler, et lorsque Raya introduit les lands dans l’animation stylisée, il y a également un personnage important de l’histoire de Disney. Pour terminer, les participants de la conférence ont résumé en un mot le film : la productrice le qualifie de puissant, Don choisit le terme de confiance et Adele qui aurait voulu choisir également celui-là s’accorde sur communauté.

Les studios de l’oncle Walt ont produit un film novateur et surprenant dans son animation. Soutenu par des personnages attachants et également surprenants comme Sisu, l’histoire et l’épopée de Raya est une ode à l’action et à l’aventure dans un univers dépaysant et coloré, inspiré de l’Asie du sud-est. Emprunt des valeurs de confiance, de communauté et d’entraide, ce long métrage d’animation fera sans aucun doute sens dans une période troublée où ces valeurs semblent se retrouver au cœur de nos vies. Retrouvez notre critique détaillée et plus réservée.



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