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Black Widow – Critique du Film Marvel Studios

Les fans du Marvel Cinematic Universe ont toujours réclamé des aventures en solo pour le personnage de Natasha Romanoff incarnée par Scarlett Johansson depuis Iron Man 2. Après sa mort bouleversante à l’écran dans Avengers : Endgame (2019) et pas moins de 16 mois de retard suite à la crise de la COVID-19, le film Black Widow s’est enfin dévoilé au cinéma et sur Disney+ partout dans le monde. Le 24e film de la franchise de la Maison des Idées, et le premier film du genre depuis deux ans après Spider-Man : Far From Home (2019), s’est fait griller la priorité par trois séries Marvel Studios sur Disney+, alors qu’il devait justement introduire en douceur la phase IV du MCU en 2020. Le film arrive donc dans une ère où nous sommes déjà projetés vers le futur alors que son histoire a tendance à nous faire revenir loin dans le passé.

Black Widow est-il un film utile pour le MCU ?

La grande question est donc la suivante : le film est-il obsolète à ce stade en rattrapant une intrigue à laquelle les spectateurs n’attachent plus vraiment d’intérêt, celle du passé d’un personnage qui n’avancera de toute façon plus dans le MCU ? Au contraire, ce film apporte-t-il une valeur ajoutée à l’ensemble de cette franchise ? Auquel cas, faut-il le compter comme un film à part entière dans la Saga de l’Infinité ?

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Natasha Romanoff et Yelena Belova (Scarlett Johansson et Florence Pugh)

Situé juste après les événements de Captain America : Civil War (2016), le film réalisé par la cinéaste australienne Cate Shortland (Le Saut Périlleux, Lore) entend apporter un regard plus profond sur Natasha Romanoff qui avait été laissé un peu de côté jusqu’à présent par rapport à ses confrères Avengers. Le film développe (un peu) la complexité du personnage permettant à l’actrice Scarlett Johansson de construire une performance toute en retenue, pour apporter une note finalement douce à l’ultime apparition de son personnage dans le MCU. Nous assistons ainsi à un voyage (peut-être un peu trop précipité) en compagnie de Natasha, qui permet de combler une partie des zones grises de son passé. Si le pari est finalement assez tenu avec une histoire convenable sans être pour autant exaltante, il n’en restait pas moins risqué sur le papier puisque nous retrouvons un personnage à qui nous avons déjà dit adieu finalement en 2019. Ce retour en arrière forcé d’un film qui débarque bien trop tardivement dans la chronologie du MCU – il aurait été bien plus intelligent d’offrir un premier film de super-héroïne à ce personnage plutôt qu’à Captain Marvel en 2019, le rôle de cette dernière dans les événements de Avengers : Infinity War et Avengers : Endgame étant finalement mineur – laisse comme un goût amer. En somme, les enjeux du film perdent de leur sincérité et le film tombe mal dans une phase IV résolument tournée vers l’avenir même si elle continue à se chercher elle-même et faire du sur place (les trois séries existantes n’ont pas encore vraiment fait avancer les choses). Cependant, cela ne veut pas dire pour autant que Black Widow n’est pas appréciable à sa juste valeur.

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Natasha Romanoff (Scarlett Johansson)

Des enjeux sans intérêt ?

L’intrigue du film, bien que divertissante, souffre toujours d’un problème flagrant – rien de nouveau à l’horizon. Le travail a déjà fait et de manière plus remarquable et et soignée avec Captain America : Le Soldat de l’Hiver en 2014. Marvel Studios s’évertue malgré tout à vouloir absolument démontrer que chacun de ces film aborde un style cinématographique particulier. Cette stratégie marketing a ses limites désormais. Les critiques ne s’y trompent pas. La réalisatrice Cate Shortland n’avait clairement pas une vision à apporter ici mais simplement une mission à remplir tout comme l’héroïne qu’elle met en scène. N’est pas James Gunn ou Taika Waititi qui veut. En dépit de cela, Black Widow est un film qui de toute façon devait se faire. Les studios Marvel n’ont simplement pas eu l’audace de le faire plus tôt, préférant se faire la main avec l’histoire de Carol Danvers et se conforter dans cette idée avec le succès de la saga Wonder Woman au cinéma. C’est injuste pour Scarlett Johansson d’une certaine manière. En revanche, Black Widow pourrait facilement s’intégrer dans la phase II du MCU, c’est pourquoi il est un peu décevant de le découvrir seulement en 2021. Le film présente, on l’a dit, de nombreuses similitudes avec Captain America : Le Soldat de l’Hiver dans ses rythmes narratifs, son ton, son style visuel, etc. C’est peut-être une conclusion utile pour Natasha Romanoff, mais le film aurait eu tellement plus d’impact si l’ambition scénaristique avait été plus élevée. Le film fonctionne, loin de là l’idée de le placer dans le bas du panier de la franchise, mais n’a finalement que peu d’intérêt. Natasha se retrouve dans une histoire qui la replonge dans des événements qui se sont déroulés avant qu’elle ne devienne une Avengers, nous faisant naviguer entre son enfance et son intégration au S.H.I.E.L.D. Et finalement son passé qui nous intéressait le plus, celui de sa formation dans la fameuse Chambre Rouge n’est que survolé : une vraie frustation !

Yelena Belova (Florence Pugh)

Une autre figure crève l’écran, peut-être encore plus que l’héroïne principale, qui subit davantage ces événements qu’elle ne les mène : il s’agit de Yelena Belova jouée par Florence Pugh, qui parvient à garder l’attention du spectateur à chaque scène où elle apparaît. L’alchimie « amies ennemies » entre elle et Natasha est sans aucun doute ce qui fonctionne le mieux dans le film, quand le duo formé par Sam Wilson et Bucky Barnes paraissait un peu plus artificiel dans la série Falcon et le Soldat de l’Hiver. La dynamique entre ces « sœurs » réunies fait qu’on reste captivé du début à la fin dans le film. L’interprétation miroir que livre Florence Pugh, en espionne brisée par son passé, et qui ne peut s’empêcher de s’y accrocher au passé, fait d’elle un personnage extrêmement attachant à suivre pour la suite du MCU. Après cette belle introduction, les fans attendront impatiemment son retour, probablement dans la série Hawkeye.

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Taskmaster

Natasha et Yelena, duo gagnant

Comme le montre la relation entre Natasha et Yelena, Black Widow met l’accent sur la notion de famille, renouant finalement avec l’un des thèmes phares des films Avengers. Mais ces deux femmes ne sont pas les seules membres de l’équipe ici. David Harbour et Rachel Weisz dépeignent des « parents » d’une famille dysfonctionnelle, Alexei et Melina, et tous deux apportent une sensibilité particulière. Mais là encore, tout est amené de manière un peu brouillonne. Le personnage de David Harbour, ancien Red Guardian (un Captain America soviétique) désabusé, qui vit lui aussi dans le passé, est le pendant comique de la famille et ses saillies font de temps en temps mouche ; la plupart du temps, elles sont, il faut l’avouer, assez lourdes malgré tout… Quant à Rachel Weisz, en revanche, l’actrice amène un charme inattendu pour son personnage, qui, bien qu’il le soit le plus en retrait dans la famille, reste assez imprévisible.

Melina Vostokoff (Rachel Weisz)

L’impression finale est donc en demi-teinte pour ce quatuor, qui manque peut-être de temps à l’écran ensemble. Et tous les autres rôles dans Black Widow suivent cette mouvance et ne brillent pas. Qui dit héros forts, dit adversaire à leur taille. Les studios Marvel ont misé sur un super-vilain assez puissant pour affronter Natasha et sa famille, Taskmaster, un combattant rusé qui peut étudier et reproduire les compétences de son adversaire. Pourtant, le plus gros défaut du casting du film est sans doute ce personnage, qui est plus déshumanisé qu’un Vision. Les lecteurs de comics ont sans doute déjà entendu parler de Taskmaster dans les grandes lignes. Son attitude et sa personnalité forte de lui un antagoniste fascinant. Mais dans l’adaptation qui en est faite dans Black Widow, le rôle est réduit à celui d’un assassin silencieux qui ne fait que motiver l’existence des scènes d’action tout au long du film, ne partageant essentiellement aucune réplique avec l’héroïne elle-même.

Alexei Shostakov (David Harbour)

S’il fallait un peu schématiser tout cela, on pourrait très bien dire que Taskmaster n’est qu’une simple copie conforme du Soldat de l’Hiver, avec la profondeur psychologique en moins, Bucky Barnes nous ayant gratifié de la figure du combattant indéfectible bien avant ce film. Il est d’ailleurs assez dommage de voir que le personnage de Natasha Romanoff ne fait jamais une seule fois le rapprochement entre Taskmaster et le meilleur ami de Steve Rogers qu’elle connait désormais un peu à ce stade de la chronologie du MCU (alors que le film Black Widow ne cesse d’évoquer justement les événements de Captain America : Civil War et plus généralement l’équipe des Avengers et leur histoire). C’est vraiment dommage par ailleurs, car Taskmaster s’était constitué une petite communauté de fans durant toute l’année de promotion du film Black Widow et tout le monde pensait que le personnage allait surprendre. Son introduction dans le MCU est cependant très mal amenée, ce méchant n’étant plus qu’un simple faire-valoir de l’intrigue et des héros, dans une intrigue assez convenue. Cela n’entâche en rien toutes les scènes d’action dans lequel ce personnage apparaît, tout comme Natasha, Yelena et les autres. Taskmaster n’est peut-être pas aussi convaincant qu’une menace, mais ce personnage est une excellente base pour créer des scènes de combat au corps à corps magnifiquement chorégraphiées.

Yelena Belova, Alexei Shostakov et Natasha Romanoff (Florence Pugh, David Harbour et Scarlett Johansson)

Ajoutons également que la valeur sociétale du film est plus intéressante qu’elle n’y paraît. Ici, le message résolument féministe et humaniste dénonçant certaines atrocités physiques, mentales et sociales qui peuvent être commises sur des femmes et des enfants au nom du pouvoir, de l’enrichissement personnel et de la politique, est à la fois d’actualité et définitivement universel. Il s’agit d’ailleurs peut-être du film Marvel Studios le plus politique en ce sens, agissant avec intelligence sur des thèmes délicats. Même s’il n’est pas extrêmement capital pour le MCU en terme de complexification et de construction narrative, la pertinence thématique de Black Widow reste précieuse.

Natasha Romanoff (Scarlett Johansson)

Les événements du film se présentent comme le point de transition idéal entre le moment où Natasha culmine au sommet comme membre de premier plan des Avengers et celui où elle part en fuite avec Steve Rogers. Plus encore, son parcours et ses décisions dans le film vont jusqu’à mettre directement en place son sacrifice ultime dans le futur. Bien qu’il se dérouler avant sa mort, Black Widow est une autre manière de dire au revoir à ce personnage revoir à une figure aussi importante du MCU, qu’il s’agisse d’un projet attendu depuis longtemps.

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Natasha Romanoff (Scarlett Johansson)

Black Widow, un divertissement de haute volée et après ?

Black Widow ne peut s’empêcher de garder l’étiquette du film d’espionnage stéréotypé mais le réduire à cela serait finalement un peu malhonnête. Certes, il ne fait que peu d’efforts pour vouloir apporter quelque-chose de neuf au MCU. Pourtant, cela n’enlève rien au fait qu’il s’agit d’un épilogue qui fonctionne pour raconter sous forme de préquelle, les ultimes adieux de Natasha Romanoff au MCU. Malgré cela, ce blockbuster est un ajout solide au MCU, réussissant à mettre en valeur toute la maestria du studio de Kevin Feige quand il s’agit de divertir même s’il n’est pas exempt de défauts.

Yelena Belova (Florence Pugh)

Les aventures de Natasha sont peut-être terminées, mais Black Widow laisse des pistes à poursuivre et à développer dans les prochains films et séries. Si cela ne se ressent pas aujourd’hui, peut-être qu’à terme, ce film pourrait en fait avoir un impact plus fort sur le MCU. Espérons que ces détails soient explorés à l’avenir et que le contenu de ce film ne soit pas oublié dans les prochaines années. Cela lui permettrait de prendre une importance plus conséquente comme d’autres films de super-héros Marvel en solo l’ont fait avant. Les fans seront également d’accord sur un point, honorer l’héritage de Natasha Romanoff ne passe pas simplement que par un film.

Taskmaster et Natasha Romanoff (Scarlett Johansson)



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