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Cruella – Critique du Film Disney

« Elle est brillante. Elle est mauvaise. » Et même un peu petit folle ! Cruella d’Enfer reste l’une des méchantes de Disney – et plus généralement du septième art – les plus iconiques. Le personnage est introduit pour la première fois en 1956 dans le deuxième roman de l’auteure britannique Dorothy Gladys « Dodie » Smith, Les Cent Un Dalmatien. Dans ce récit, le personnage de Cruella est décrit comme une héritière londonienne choyée et glamour, qui, si elle semble riche au premier abord de par sa famille notoire, donne malgré tout l’impression d’être endettée. Elle est d’ailleurs mariée, même si elle ne mentionne jamais son époux et lui a d’ailleurs fait adopter son propre nom de famille contrairement aux us et coutumes de cette époque patriarcale. Dans le roman, Cruella et son mari finissent par quitter l’Angleterre, après que le stock de fourrures et de manteaux de cette dernière (gracieusement offert par son époux) n’ait été détruit par les chiens qu’elle avait fait enlever. Une suite du livre Les Cent Un Dalmatiens paraît en 1967 sous le titre La Grande Nuit des Dalmatiens, la méchante est de retour mais perd son intérêt pour les fourrures et les animaux.

Cruelle Diablesse depuis 1956

La première adaptation cinématographique du roman Les Cent Un Dalmatien permet de largement populariser le personnage. Le Grand Classique de l’animation Disney Les 101 Dalmatiens sort au cinéma en 1961. La voix originale de Cruella est signée Betty Lou Gerson ; le personnage est animé par le génial Marc Davis. Cette « femme diabolique », comme Perdita l’a décrite pour la première fois à Pongo, nous a donné des frissons – et des frissons – depuis. Elle devient grâce à ses créateurs un personnage emblématique et traverse les décennies pour devenir une légende cinématographique et littéraire. Le film la rend culte également grâce à la chanson « Cruelle Diablesse » écrite par Mel Leven et chantée par le personnage de Roger, qui méprise Cruella au plus haut point. Elle gardera d’ailleurs ce statut éminent durant ces trente dernières années chez Disney en apparaissant successivement dans les films Les 101 Dalmatiens (1996) et 102 Dalmatiens (2001) sous les traits de l’inoubliable Glenn Close, dans le film d’animation Les 101 Dalmatiens 2 : Sur la Trace des Héros (2003, doublée par par Susanne Blakeslee) mais aussi dans les séries Les 101 Dalmatiens, La Série (1997-1998, interprétée par April Winchell), Disney’s tous en boîte (2001-2003, incarnée par Susanne Blakeslee), Once Upon a Time – Il Était une Fois (2014-2016, interprétée par Victoria Smurfit), 101, Rue des Dalmatiens (saison 1, 2020, interprétée par Michelle Williams) ou encore dans le téléfilm Descendants (en 2015, sous les traits de Wendy Raquel Robinson).

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L’idée d’offrir un nouveau film au personnage de Cruella remonte à l’année 2013, alors que les studios Disney démarre à peine son ascension dans sa nouvelle entreprise de remakes en prises de vue réelles de ses contes de fées et autres films d’animation célèbres. Depuis l’avènement du genre avec Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton, plus rien n’arrête le studio (dirigé à l’époque par Alan Horn) pour offrir au plus grand nombre une vision tantôt fraîche, tantôt miroir d’histoires déjà adulées du public, si bien que la demande en vient à surpasser l’offre, en veulent pour preuve des franchises désormais incontournables comme Maléfique qui développe l’arc narratif autour de la célèbre méchante de La Belle au Bois Dormant ou Mary Poppins qui s’est vue offrir une suite en 2018.

Les remakes Disney ont leur place autant au cinéma que sur Disney+

En 2019, Disney choisit d’enchaîner en l’espace d’un semestre à peine le lancement trois nouveaux films en « live-action » tirés de films d’animation tous plus célèbres les uns que les autres. Dumbo a eu droit à une relecture par Tim Burton en mars 2019 avec un succès mitigé puisqu’il n’engrange que 340 millions de dollars sur le globe malgré un succès d’estime sur le sol français ; Le Roi Lion de Jon Favreau tentera en juillet 2019 de transformer l’essai de 1994 avec la technologie CGI. En mai de la même année, c’est Aladdin, autre histoire incontournable du folklore disneyen, qui a droit à une réadaptation en chair et en os. Le but est toujours le même : offrir une retranscription en prises de vue réelles des classiques animés. Ainsi naîtront Cendrillon en 2015, Le Livre de la Jungle en 2016, La Belle et la Bête en 2017, pas moins de trois films en 2019, Dumbo, Aladdin et Le Roi Lion et Mulan en 2020 directement sur Disney+. Ces derniers remakes tout comme les relectures de contes Disney et autres préquelles telles que Alice au Pays des Merveilles (2010), Le Monde Fantastique d’Oz (2013), Maléfique (2014), Alice de l’Autre Côté du Miroir (2016) ou encore Jean-Christophe & Winnie (2018) finissent pas lasser une certaine frange du public et des fans Disney, tant ils n’apportent quasi aucun défi créatif réel.

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S’ils subsistent, c’est parce qu’ils génèrent des recettes considérables que les studios historiques de Disney se garderaient bien de stopper. Au jeu de l’offre et la demande, la stratégie calibrée par Alan Horn et Bob Iger, respectivement patrons des Walt Disney Studios et The Walt Disney Company, reste toujours aussi payante en 2021 avec de nouveaux dirigeants. Le public plébiscite le genre plus qu’aucun autre parmi toutes les productions du label. Quand des films comme La Belle et la Bête en 2017 dépassent le milliard de dollars de recettes, la société aux grandes oreilles se dit qu’elle aurait tort de s’arrêter là. Malgré cela, elle poursuit une quête inespérée à vouloir proposer de nouvelles franchises dites « originales » mais, à ce jour, ni John Carter (2012), ni Prince of Persia : Les Sables du Temps (2010), ni Lone Ranger, Naissance d’un Héros (2013), ni A la Poursuite de Demain (2015) et encore moins Un Raccourci dans le Temps (2018) n’ont permis aux studios de trouver une alternative heureuse à cette entreprise facile de remakes effrénée.

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Alors que la seule franchise qui s’extirpait de ce schéma, à savoir Pirates des Caraïbes, s’essouffle, Disney, pris à son propre piège, se doit de continuer à faire tourner la machine. Peter PanPinocchioBlanche Neige et les Sept Nains, Le Bossu de Notre-Dame… Tous ces univers sont amenés à se voir transposer en prises de vue réelles eux aussi dans les années futures. La marque Disney « live-action » est définitivement trop « disneyisée » et le public ne s’y trompe pas, : la machine pourrait finir par s’user d’elle-même et emporter avec elle le label le plus iconique des studios Disney. Si beaucoup de ces productions ne sont pas certaines de traverser les générations, qu’en est-il de Cruella qui se calque davantage sur la recette de Maléfique ?

Cruella, un projet de longue date

Un premier script de cette ‘origin-story’ sur la Cruelle Diablesse est commandé en 2013 à la scénariste Aline Brosh McKenna, connue pour avoir écrit le film Le Diable S’Habille en Prada. L’actrice Glenn Close est rattachée au projet comme productrice exécutive ; Andrew Gunn et Marc Platt en sont les producteurs et Alex Timbers est choisi pour le mettre en scène. Kelly Marcel (qui est derrière le film Dans l’Ombre de Mary – La Promesse de Walt Disney) est chargée de réécrire le film en 2016. Les choses s’accélèrent : la même année, le rôle-titre est attribué officiellement à Emma Stone qui brille alors sous les projecteurs avec La La Land. En décembre 2018, en raisons de conflits d’agenda, le réalisateur Alex Timbers est remplacé par Craig Gillespie. Le casting se poursuit en 2018 et 2019.

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Craig Gillepsie vient au monde le 1er septembre 1967 à Sydney en Australie. Après avoir étudié l’illustration, le graphisme et la publicité à la School of Visual Arts à New York, il démarre sa carrière comme stagiaire à l’agence de publicité J. Walter Thompson. Il passe dans d’autres agences et gravit les échelons jusqu’à devenir directeur créatif. Il reçoit des premiers prix au début des années 2000 pour ses réalisations publicitaires. En 2007, il abandonne la réalisation du premier long-métrage de cinéma qui lui a été confié, Mr. Woodcock. Il est très rapidement envoyé sur la production de la comédie dramatique Une Fiancée pas Comme les Autres.

Il réalise par la suite plusieurs épisodes de la série United States of Tara co-créée par Steven Spielberg. En 2011 sort son deuxième film, Fright Night (sa première collaboration avec Disney via le label Touchstone Pictures), remake de Vampire, Vous Avez Dit Vampire ?. Son partenariat avec la Maison de Mickey se poursuit en 2014 avec le film Million Dollar Arm puis en 2016 avec The Finest Hours. En 2017, il propose un biopic de la patineuse artistique Tonya Harding dans Moi, Tonya, avec Margot Robbie en tête d’affiche. Il se retrouve donc à la tête du film Cruella.

Un Disney profondément adulte et original

Le film Cruella brille ainsi par sa singularité et son postulat de départ : expliquer de manière originale les origines d’une célèbre méchante des studios Disney, sans pour autant devoir s’imposer toute une trame scénaristique propre au film d’animation original voire au roman qui l’a inspiré. Bien qu’il existe de nombreux moments qui rendent hommage au film Les 101 Dalmatiens (comme une dame promenant son chien qui lui ressemble ou la multitude de tâches et effets bicolores noir et blanc dans la photographie ou les décors du film), Cruella reste avant tout un savant mélange de plusieurs concepts déjà vus auparavant de Batman : Le Défi au (Le) Diable s’Habille en Prada en passant par Joker. La transition qu’effectue le personnage principal, Estella vers Cruella est similaire à celle de Selena Kyle qui prend le pseudonyme de Catwoman et la performance d’Emma Stone est au moins inspirée par celle de Michelle Pfeifer. De même, la Baronne est taillée dans le même tissu que Miranda Priestly, deux antagonistes que le spectateur aimera détester.

Le film étonne malgré tout par sa capacité à s’affranchir des adaptations précédentes des (Les) 101 Dalmatiens (n’étant ni la préquelle de ce dernier ou celle du film de 1996 avec Glenn Close) et des films dont il s’inspire plus ou moins indirectement. La Cruella que nous connaissons tous est une femme qui l’intention de dépecer des Dalmatiens pour se faire un manteau de fourrure. Ici, Emma Stone refaçonne cette méchante en l’adoucissant par certains aspects et en la rendant plus ambitieuse. Avec un chien fidèle comme acolyte – afin que vous sachiez avec certitude qu’elle n’aura pas pour but de tuer elle-même des animaux pour la mode – ce film s’inscrit aussi dans un dialogue plus contemporain (même une petite blague jetable est faite sur le dépecage des chiens), qui va jusqu’à retirer même aux personnes les plus méchantes, leur fond le plus crasse. Dans cette édulcoration générale qui n’est que le reflet de la nouvelle ère hollywoodienne, Cruella ne fume plus non plus. Son porte-cigarette signature est absent (le tabagisme étant proscrit de tous les films du label Disney depuis 2010) de tout le film bien que l’alcool et la violence soient plus que suggérés dans certaines scènes.

Emma Stone est Estella et Cruella

Mais Emma Stone réussit malgré tout à convaincre tout le long avec des performances très variées à l’écran, et toujours un grain de folie qui finit par se tranformer en véritable névrose irréversible au point culminant du film. Partez du principe que vous ne retrouverez pas la Cruella que vous avez aimé pendant tout ce temps et qu’un autre personnage est né avec ce film, sans pour autant remplacer les versions précédentes. Malgré l’absence d’obsession pour la fourrure ou son tabagisme, la Cruella qui est dépeinte n’est pas sans machiavélisme, cynisme, frasques et bizarreries en tout genre, tout en gardant une certaine classe, grâce notamment à une garde-robe assez sophistiquée et des apparitions toujours plus surprenantes les unes que les autres. Malgré cela, il s’agit ici, qu’on le veuille ou non, d’offrir un nouveau sens à cette méchante iconique. Dès lors, Disney s’emploie à bien doser la vilainie de son héroïne, insistant, une fois n’est pas coutume, davantage sur sa position victimaire que son réel désir de faire le mal gratuitement ou par vengeance, même si cet aspect n’est pas laissé de côté pour autant.

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Le film commence avec la naissance de Cruella, dépeignant sa tignasse de cheveux mi-noirs et mi-blancs comme un choix naturel plutôt qu’esthétique. Un peu poussif au départ, le film nous laisse découvrir très lentement la jeunesse de l’héroïne passée au milieu des années 60, incarnée alors par Tipper Seifert-Cleveland. Le monde ne sait pas quoi faire d’elle, c’est peut-être le message à retenir tant elle gêne les personnes qui l’entourent et perturbe son école. Elle finit par en être expulsée. Elle est déjà seule dès sa plus tendre enfance, son seul compagnon est un chiot fidèle dans qui elle trouve du réconfort. Mais ce qui finit par provoquer un réel traumatisme dans sa vie est assurément la mort de sa mère. En cela, le film offre à voir une véritable lecture psychanalitique d’Estella, retraçant sa lente évolution vers la perfidie et l’hystérie narcissique tout en relevant certains éléments propres de sa personnalité changeante et en appuyant ses troubles bipolaires plus ou moins assumés, le tout dans différentes phases du deuil, qui ne trouve que comme résultante Cruella.



Une histoire de duos

En cela justement, le film apporte un plus, celui de proposer la dualité de différentes façons. Estella et Cruella se confrontent sans jamais vraiment se renier l’une de l’autre. Le passage de l’une à l’autre apporte beaucoup aux rebondissements de l’histoire, et notamment au dénouement. Le binôme – Horace et Jasper – qui accompagne l’héroïne n’est pas là simplement comme simple faire-valoir mais façonne sa propre destinée également, même si elle reste plus ou moins liée au personnage d’Emma Stone. La Baronne et Estella forment un duo à la fois touchant et jouissif quand on connait tous les tenants et les aboutissants du récit. L’idée de faire (re)naître le personnage sombre et diabolique de l’esprit d’Estella est simple mais très réussi.

Une fois arrivée à Londres, Estella tombe sur les touchants et loufoques Jasper (Joel Fry) et Horace (Paul Walter Hauser). Ils deviennent des amis pour la vie, ce qui propulse l’héroïne dans un univers d’escroqueries et de petits larcins. La majeure partie du film se déroule dans l’atmosphère londonienne de la fin des années 1970, un parti pris original du fait des divers soulèvements et dynamiques de contre-culture de cette époque, soulignant un peu plus l’ambiance de rebellion qui accompagne notre trio de voleurs. Finalement, Estella décroche contre toute attente un emploi chez la Baronne von Hellman (Emma Thompson), papesse de la mode classique et chic du moment, créatrice aussi puissante qu’hautaine, et terriblement cruelle envers son personnel. Estella la considère comme une mentor, mais se met en colère lorsqu’elle en apprend davantage sur le comportement horrible de sa patronne. C’est à ce moment-là qu’Estella décide de devenir Cruella, cherchant à usurper la Baronne en se faisant passer pour la nouvelle styliste émergeante.

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Le mouvement punk comme cadre du récit

Cruella, le film et le personnage, assume sa sensibilité punk-rock hors du commun, comme si Disney voulait affirmer une sorte d’amour de la contre-culture passé alors que Disney s’impose propose tout sauf de la contre-culture. Si vous regardez attentivement, le film Cruella est révélateur de la culture même qu’il prétend critiquer : son personnage central est une femme blanche dont les préoccupations et la politique commencent et finissent avec elle-même. C’est une battante qui prétend se battre contre les pouvoirs en place. Elle ne veut pas renverser l' »Establishment » mais le devenir. Le film sous-utilise même le mouvement punk-rock en s’en servant en simple outil marketing pour apporter de la profondeur aux motivations de la protagoniste principale, sans pour autant véritablement révéler les causes qui l’ont inspiré. Cruella use de l’un des archétypes narratifs les plus riches du septième art – la folle pour parler de manière familière – et la réduit en un monstre brillant, qui approuve tout le système capitaliste en place. Seul l’idée d’ascenseur social est mise en avant ici mais la manière dont les femmes font le monde n’est finalement qu’effleurée quand le film aurait pu justement explorer cet aspect politique. Cela ressemble à une occasion manquée pour une subversivité qui aurait approfondi et élargi la vision du film.

Cruella est une succession de réussites sur le plan esthétique. Des effets visuels avec de gros titres de journaux superposés à une scène aux fabuleuses scènes de nuit imagiénes par le directeur de la photographie Nicolas Karakatsanis tout est brillament exécuté pour recréer une atmosphère à la fois dynamique, volontairement brouillonne et glamour. Seul le point culminant du film aurait mérité des éclairages et des détails plus soignés afin de rendre davantage lisible l’action. Mais ce qui fascine autant que déroute, c’est la manière dont Disney joue des codes de la fin des années 1970 pour servir le propos. Quand Cruella s’enivre avec le whisky de son patron et redessine une vitrine dans le magasin Liberty of London par colère – une façon d’amener aussi des thèmes pop-féministes – on comprend que Cruella – le personnage – est aussi le fruit de son époque.

Des costumes à couper le souffle signés Jenny Beavan

La conception des costumes, dirigée par Jenny Beavan, est à saluer. Elle s’inspire des œuvres de Vivienne Westwood, John Galliano et Alexander McQueen, conférant à Cruella un air punk et à la Baronne une qualité austère. Vous trouverez des rames de taffetas cramoisi, des styles capillaires façonnés en couronne, des colliers dorés plongeants, des robes moulantes, des talons imposants, des corsages épais avec des bijoux et des désossages. Cet univers très enrichissant et foisonnant permet d’apporter aussi d’apporter un peu d’angoisse au spectacteur qui se sent noyé dans cette profusion esthétique. Du costume glamour à carreaux dorés de la Baronne et des robes époustouflantes aux gants ornés de dentelle, aux jupes à basque et à une robe aventureuse en papier journal de Cruella, les costumes sont des exploits architecturaux et esthétiques. Toute cette beauté est au service d’une histoire qui porte son personnage principal vers de sommets de frénésie existentielle. Plus généralement, la scénographie est transportante, avec le monde de la Baronne aussi ordonné et opulent que possible, tandis que la maison de Cruella avec Horace et Jasper est délabrée et encombrée.

Emma Stone et Emma Thompson sont toutes les deux au sommet de leur art dans chacun de leur rôle respectif. Emma Stone amène sa folie quasiment pathologique de manière convaincante pour devenir Cruella tandis qu’Emma Thompson aborde chaque scène comme si elle était la vraie héroïne de ce film, comme si finalement l’une et l’autre voulaient se tailler la part du lion jusqu’au bout. Paul Walter Hauser est hystérique alors qu’Horace et son chien Wink volent toutes les scènes dans lesquelles ils se trouvent. La performance de Mark Strong dans la peau du majordome John  fournit le calme nécessaire pour mieux comprendre le passé d’Estella et le présent de Cruella. Kirby Howell-Baptiste incarne une Anita qui ne trouve pas sa place dans une histoire où deux femmes prennent déjà beaucoup de place. Comme autre clin d’oeil au film Les 101 Dalmatiens, Kayvan Novak incarne le personnage de Roger, dont la présence au départ anecdotique est plus intéressante qu’elle n’y parait. Un personnage plus que secondaire et pourtant très charismatique est à retenir, celui de Artie joué par le talentueux John McCrea, une sorte de patron bohême d’une friperie haut de gamme, apportant beaucoup au mouvement de révolution culturelle décrit dans le film.

La musique sert un rythme effréné

L’anarchie est finalement le maître mot du film, même s’il est un peu galvaudé quans il réduit ironiquement le cynisme propre au mouvement punk. Mais le réalisateur Craig Gillespie offre aussi un vrai film de casse avec une dose supplémentaire de vengeance. Le rythme est maîtrisé et les moments de comédie bien sentis, en plus d’une bande sonore très intense, où le compositeur Nicholas Britell décline de différentes manières un thème principal en utilisant notamment des sonorités propres à la fin des années 1970 comme des tambourins (la Baronne a droit également à son propre thème). Mais c’est bien la longue liste de chansons, toutes choisies avec goût, qui permettent au film d’offrir des moments très intenses, de « Whole Lotta Love » et « Come Together » de Ike & Tina Turner à « Stone Cold Crazy » de Queen en passant par « Bloody Well Right » de Supertramp ou « Five to One » des Doors, tout est fait pour se replonger dans les années 1970. Notons également la présence de la chanson « Cruella de Vil », dont la mélodie se retrouve également dans le générique des crédits de fin, « Call Me Cruella » interprétée par le groupe Florence and the Machine.

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Initialement prévu fin 2020, le film Cruella est décalé à cause de la crise sanitaire et sort simultanément au cinéma ET directement en streaming sur la plateforme Disney+ le 28 mai aux États-Unis et un peu partout dans le monde. Le film remporte un beau succès en vidéo à la demande sur le service de Mickey et réussit malgré tout à se faire sa place au box-office. The Walt Disney Company France décide de maintenir sa sortie en salles et ne peut se résoudre, chronologie des médias dans l’Hexagone oblige, à lui offrir le même type d’exploitation hybride. Le film sort chez nous le 23 juin, plus d’un mois après la réouverture des cinémas autorisée après un nouveau confinement sanitaire. A peine sortie, Disney envisage déjà la production d’une suite en juin 2021.

Cruella est un des meilleurs Disney en live-action

Au final, celles et ceux qui qui acceptent le film pour ce qu’il est, une nouvelle version de Cruella d’Enfer qui ne correspond pas au premier concept de l’adoratrice de fourrure qui tuerait quatre-vingt-dix-neuf chiots pour faire un seul manteau, se retrouveront dans ce film, qui n’oublie pas pour autant de rendre de fiers hommages à l’univers canin dont il s’inspire. Mis à part quelques passages ratés en CGI et un contexte socio-politique plus marketing que véritablement utile pour l’histoire où la philosophie punk est finalement trop survolée, Cruella reste sans aucun doute l’un des Disney en prises de vue réelles les plus originaux qui soit, et aussi l’un des plus matures dans son propos sombre, anarchique et torturé. On passe un excellent moment devant ce film de plus de 2h15 ! Après une année 2020 si misérablement contrainte et resserrée, qui n’est pas prêt à se délecter d’un peu de chaos ?



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